La réponse

Elle allait avoir bientôt 38 ans. Seize ans plus tôt, elle s’était mariée avec un bel homme qui l’avait charmée par sa sensibilité, son humour et son intelligence.  Tous deux avaient maintenant une fille de 14 ans et un fils de 12 ans, qu’ils aimaient du mieux qu’ils pouvaient.  Les années, déjà, s’accumulaient derrière; ponctuées par de petites et grandes épreuves, allégées par de petites et grandes joies, ils avaient traversé le temps, ensemble, au quotidien.

Ils habitaient une maison coquette, entourée d’arbres, dans l’un des nombreux villages d’une belle région éloignée du Québec. Une contrée tout en vallons et en forêts, veinée de lacs et de rivières.  Elle enseignait au primaire, tandis que lui cumulait les emplois.  Il buvait un peu, aussi. Beaucoup, parfois.  Elle n’était pas parfaite non plus; contrôlante un peu, colérique, parfois.  Mais ils s’aimaient.  Se complétaient.  Se tapaient sur les nerfs, et se pardonnaient. Ils allaient continuer longtemps, comme ça. C’était un couple d’irréductibles, de la trempe de ceux qui s’aiment encore malgré le pire, grâce à tout ce qui a été.

Elle se posait des questions, à ce moment-là; elle songeait, entre autres, à l’hystérectomie.  La famille était complète, d’abord. Pourquoi prendre des précautions jusqu’à la ménopause?  Elle ne se posa pas la question longtemps. Elle eut sa réponse.

J’étais là.

Au fil des mois, il devint évident à tous ceux qui la rencontraient qu’elle attendait un autre enfant.  Des médecins, prophètes de malheur, l’avisèrent qu’à son âge, une grossesse était plutôt risquée ; son bébé, peut-être, allait naître handicapé.  Mais elle n’en fit pas de cas.  Sa mère, qui avait accouché de dix enfants, l’avait mit elle-même au monde à 42 ans avant de donner la vie une dernière fois à sa soeur, un an plus tard.

C’est ainsi que je me pointai le bout du nez en 1982, par un soir de janvier, à Ville-Marie au Témiscamingue.  Un nez pointu, à ce qu’il paraît – certes, mais aucune trace de handicap.  J’étais saine et sauve.  On me donna le prénom de mon arrière-grand-mère maternelle, prénom qui se tient dans le mot mélodie lui-même.  Derrière le M, comme « aime ».  Que j’aime la musique, c’est peu dire.  Le choix, admettons-le, fût judicieux.

Depuis 30 ans, donc, je suis là.  Il y a des hauts, des bas.  Mais très certainement, mon arrivée ici en valait la peine.  Alors merci à toi, la vie.

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