Par la fenêtre

L’amour de ma vie m’a laissé un sale souvenir.
Des mois, maintenant, que je n’ai pas bougé, pas mis le pied dehors. Je n’entends que les roues dans le couloir et cette femme, aussi, mais rarement.
L’infirmière, surement.

Les rideaux de ma chambre blême s’ouvrent et se referment, au même rythme que mes paupières.
J’écoute.
Et j’attends.
Je n’en ai plus pour très longtemps.

J’entends le tchchchchchchchchch tchchchchchchchchch qu’émet la machine qui me transmet de l’oxygène. J’aurais voulu aller dehors, en respirer du plus frais. Ils ne me laisseront pas sortir. Plus maintenant. Du moins, pas avant d’avoir trouvé quelle est cette maladie qui me gruge le corps. Parait-il que c’est nouveau…

Je regarde par la fenêtre. Je remarque le plumage coloré des oiseaux dans le jardin. J’aurais voulu entendre une dernière fois leur chant. Mais la fenêtre ne s’ouvre pas.
Je vois et je regarde.
Tout ce que je ne toucherai plus.

Je ne sais si c’est l’amour… Ou peut-être la dope. Sans doute un heureux mélange des deux… Il est trop tard pour y penser, trop tard pour en jaser. Je suis fatigué, épuisé. Je suis au bout du rouleau. Même que j’ai l’impression de gratter le carton depuis longtemps.

J’étais amoureux et j’ai abusé. Des bonnes choses comme des mauvaises. Sans faire attention. À pleine gueule et les deux mains dedans. De la drogue et du sang.
Trop.
Sans être capable de m’arrêter.
Jamais.

Des ecchymoses violacées naissent sur ma peau. Mes cheveux tombent comme la pluie, là, dehors. Je n’ai plus d’appétit et j’ai l’impression de disparaître en voyant les kilos qui me quittent. Je perds aussi peu à peu l’amour que j’éprouvais pour mon amoureux qui est allé se brûler sous d’autres feux. Je perds du poids et l’amour que j’avais pour moi. Je perds la foi.
Je sais ce qui vient et je n’y changerai rien. Ni moi, ni l’amour, ni la foi.

J’ai froid. Tellement froid.
Je ne sais pas si c’est parce que je dors tout le temps, mais il me semble qu’il y a longtemps que je n’ai pas vu le soleil.

La mort.
Je sens son souffle sur mon cou. Je n’aurai pas de deuxième chance cette fois.
La mort ne frappe qu’une fois.

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