Anthropomorphisme

banc

Y’a le chef, en avant,
et y’a nous, en arrière.

Il nous crie des ordres
pour que ça fasse beau qu’il dit.

On fait ça pendant des heures,
mais ça change rien au fait d’avoir l’air d’une grosse baleine nerveuse.

J’ai compris que si je me plaçais au milieu du groupe,
le courant créé par les autres fournissait l’effort à ma place.

Des fois, quand je veux, j’ai pas de volonté.

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Jetez-vous des fleurs

Des brassées
Des gerbes
Des bouquets lâches
Des corbeilles débordantes

Jetez-vous des fleurs les plus hautes
Pour atterrir ras les pâquerettes
Vous mesurer au lichen
Vous rouler dans la flore du minuscule

Ensevelissez-vous les uns les autres
Parez-vous de délicats compliments
Parfumez-vous d’effluves rares
Nourrissez-vous de luxuriantes éphémères

Ornez votre maison de fleurs mortes
Glissez-en entre les pages vos livres
Garnissez votre tête en peine
De marguerites en berne

Prenez la pose confiante
De celui qui a vu
Les champs de belles sauvages au printemps
La rose éclose insolente

Peaufinez votre fanage
Au gré des allées et dérapages
On vous enterrera avec cérémonie
Votre plus belle photo pour tout sourire

Soignez votre sillage d’idéal
Entourez-vous d’aromatiques muses
D’odoriférantes entêtées
Nimbez-vous de musiques olfactives

Votre plus belle photo pour tout souvenir
Des trépassés pour toute compagnie
Un cercueil pour toute demeure
Et toutes ces fleurs que l’on vous jettera
Vous donneront un instant l’impression d’être un peu chez vous

Le Nouveau Monde

Marguerite sortit du vaisseau et regarda autour d’elle, ébahie. Sept années de voyage intersidéral pour ça? Une grosse planète glaciale et hostile qui, malgré les efforts de tous, conservait un climat tellement froid qu’il fallait en dynamiter le sol dès qu’on voulait y planter quelque chose :poutre, fondation, canalisation, etc.

Au moins, on pouvait y respirer. Bien entendu, l’air vous brûlait l’intérieur du nez, mais au moins l’oxygène était en quantité suffisante. L’immense dôme de l’aérodrome offrait une vue à 360 sur la plaine environnante, permettant de voir toutes ces cheminées qui crachaient le précieux gaz, espérant atteindre un pourcentage critique et ainsi permettre l’adoucissement de l’air.

Trois millions. C’était le prix qu’avait payé le père de Marguerite pour leur permettre, sa mère et elle, d’atterrir ici. Son père les rejoindrait dans 5 ans (en années terrestres), lorsqu’il aurait de nouveau accumulé la somme nécessaire au voyage. L’adolescente se réconforta en pensant qu’il était déjà en route depuis deux ans, si tout se déroulait comme prévu. Si le vaisseau construit à la va-vite tenait le coup. Si les émeutes n’avaient pas encore atteint le secteur 62. Si le Régime était toujours en place.

Malgré tous les sacrifices des adultes autour d’elle, Marguerite ne pouvait s’empêcher d’être furieuse contre eux. Elle avait tout lu, tout vu, ces images du paradis perdu, du soleil qui bronze au lieu de brûler, de l’air doux, des vastes étendues vertes… Tout ça perdu sous l’eau, impossible à stopper, puis sous cette couche de glace de quelques kilomètres d’épaisseur, qui broyait tout sur son passage. Ils vivaient tous sous terre depuis, comme des vers.

Et maintenant tous ces efforts, tout cet argent, pour ça ? On leur souhaita la bienvenue et les dirigea vers leur quartier. À peine furent-ils entrés qu’on verrouilla les portes. Le système s’arrêta progressivement, et ils furent plongés dans un silence lourd, vide de tout bruit parasite, ce que Marguerite n’avait jamais connu. Pas de ventilation, pas de chaleur nouvelle. Les plus perspicaces comprirent qu’ils venaient de se faire avoir et les cris de désespoir fusèrent. Sa mère laissa échapper une série de mots que Marguerite n’avait jamais entendus avant, des mots interdits, des mots qu’on n’avait même plus le droit de penser. Voilà, se dit-elle, maintenant, tout est vraiment fini.

Transport en commun

« … Un achalandage important cause un ralentissement de service sur la ligne jaune en direction Berri-UQAM. La STM vous remercie de votre patience… » Calisse! Un achalandage important?? Ils auraient pas pu le prévoir?? C’est le jour de la terre tabarnak! Ça fait des semaines qu’ils parlent de la marche!! Ils attendent un nombre incroyable de personne!!! C’est pas parce qu’on est dimanche qu’on peut pas avoir plus de trains!!!

Ça fait déjà 20 minutes que ma fille Rose et moi on attend pour aller marcher. J’vais vous avouer que c’était pas mon idée. Mais ma fille, elle a 13 ans pis a en a dedans!! Elle a pas arrêté de me le demander : « papa on va tu marcher?? C’est important papa!! Moi je veux contribuer!! » Moi j’aurais ben préféré rester à maison tranquille, mais je me suis dit que c’était pour une bonne cause, après tout c’était pour la Terre, celle de ma fille et de ses enfants pis ses petits enfants.

En tout cas, moi je vous le dis ça ferait longtemps que je serais reviré de bord, 30 min d’attente pour prendre le métro… Ç’a pas de calisse de bon sens. Mais à chaque fois que je me retourne pour dire « on s’en va! » je regarde dans les yeux de ma p’tite fleur pis je me dis que je peux pas lui faire ça. Déjà que je lui ai pas permis d’aller aux manifestations étudiantes…

Rose c’est pas une tite fille comme les autres, elle joue pas avec des poupées. Elle lit les journaux et regarde les nouvelles, vous seriez surpris de l’entendre débattre son point contre la hausse des frais de scolarité. Elle aurait tellement voulu  participer à une des manifestations, mais je la trouve jeune encore. Pis même si je sais que les étudiants c’est pas du monde de violent, y’a toujours une ou deux pommes pourries dans gang qui veulent juste faire du trouble. Pis en plus y’a toujours un jeune policier, ben énervé qui perd les pédales et qui fesse dans le tas. Je voulais pas voir ma tite Rose recevoir du poivre de cayenne d’in yeux….

Calisse!!! Ça pas de criss de bon sens tabarnak! On attend encore le criss de métro ça fait presque 40 minutes! Pis j’t’gage qu’en plus on va être tassés comme des sardines! C’est le jour de la Terre gang d’épais!! Pensiez-vous qu’on était pour prendre notre char!!!!

le luxe insulte la misère

J’ai entendu dire que les «roses» ont été nommé ainsi en l’honneur d’une chanson de Johnny Cash.

J’ai entendu dire que les musulmans ne mangent pas de porc parce qu’ils cachent leurs sous dedans.

J’ai entendu dire que le réchauffement climatique engendre des catastrophes naturelles.

J’ai entendu dire qu’on devrait tuer tous les pauvres parce qu’y’a pas assez de place sur la planète.

J’ai entendu dire que l’argent règle tous les problèmes, même si c’est cela même qui les a créé.

J’ai entendu dire que si t’es pauvres, t’as pas le droit d’avoir des opinions.

J’ai entendu dire qu’on va avoir besoin de renfort.

C’est quand?

Ostie de société de consommation de marde de cul d’épais d’criss!
Consomme, consomme!!
Tabarnak, ça fait un an que je ne consomme plus, pis j’essaie ben fort de ne pas flancher…

8 mois dans un ostie de centre de désintox de cul, à me faire parler du bon dieu… Calisse… Si jamais y’existe, ton dieu de BS, viens surtout pas me dire qu’il est bon…

8 mois à me refaire une p’tite force qui vaut pas grand-chose, pour me promener dans le métro souillé pis voir les ostie de junkies se shooter devant mes yeux. Avec leurs seringues qui trainent partout! Criss de ville sale de marde, jamais nettoyée, jamais prise en main, dégueulasse. Calisse d’argent qui pue, qui sert juste aux riches… Pis nous autres, le p’tit peuple de regards baissés qui se traine les pieds dans dèche. J’sais pas si c’est à cause de Charest, de Tremblay ou de Harper, mais c’est d’la marde, juste d’la criss de marde…

Tant que tu fais rouler l’économie…
Tant que t’achètes… Tant que tu consommes…

Awèye, calvaire! Consomme, ostie d’épais! Achète pis jette! Des bébelles, des batteries, des écouteurs, des bonbons, des télés couleur, des dvds, pis même les affaires de cœur. On consomme, pis on jette. Quand ça marche pu, quand ça fait pu ton affaire, calisse ça dins vidanges pis calisse-moé patience. Non seulement on jette ce qu’on achète, on jette même les gens, les relations. C’est dur de garder quelque chose de solide, de vivant, d’entretenir… Pareil avec les fleurs… On les arrose pas, pis on jette le pot quand ça meurt. Who cares si j’ai pas le pouce vert, who cares si l’amie a fait une erreur, on calisse tout aux poubelles, sans regarder derrière. Le cœur pis les poings serrés, on marche la tête baissée dans ce monde de consommation de marde qui nous appauvrit l’esprit, comme le corps. Facilité. Faiblesse. Lâcheté.

J’ai d’la misère. J’ai d’la misère à lâcher prise, j’ai d’la misère à avancer… Même dans les bras de Mikaël, quand il me dit « ça va aller, Rose… ça va aller… », j’ai d’la misère à rester droite. À rester forte. D’la misère en tabarnak à croire à un monde meilleur, un monde de cœur pis de têtes bien hautes. Un autre monde que c’te monde de lâches pis de pas fiables pis de têtes dans le sable. Tabarnak, c’est quand qu’on va se lever pis se tenir debout, main dans la main, pis avancer, AVANCER CALISSE! C’est quand, hein?! C’est quand qu’on va se dire que non, c’est pas facile, mais que oui, ça se peut!? Qu’on va faire des efforts, des vrais? Qu’on va mettre un pied devant l’autre, qu’on va réparer au lieu de détruire, qu’on va s’aimer??

C’est quand, hein, qu’on va s’aimer?!