Le Nouveau Monde

Marguerite sortit du vaisseau et regarda autour d’elle, ébahie. Sept années de voyage intersidéral pour ça? Une grosse planète glaciale et hostile qui, malgré les efforts de tous, conservait un climat tellement froid qu’il fallait en dynamiter le sol dès qu’on voulait y planter quelque chose :poutre, fondation, canalisation, etc.

Au moins, on pouvait y respirer. Bien entendu, l’air vous brûlait l’intérieur du nez, mais au moins l’oxygène était en quantité suffisante. L’immense dôme de l’aérodrome offrait une vue à 360 sur la plaine environnante, permettant de voir toutes ces cheminées qui crachaient le précieux gaz, espérant atteindre un pourcentage critique et ainsi permettre l’adoucissement de l’air.

Trois millions. C’était le prix qu’avait payé le père de Marguerite pour leur permettre, sa mère et elle, d’atterrir ici. Son père les rejoindrait dans 5 ans (en années terrestres), lorsqu’il aurait de nouveau accumulé la somme nécessaire au voyage. L’adolescente se réconforta en pensant qu’il était déjà en route depuis deux ans, si tout se déroulait comme prévu. Si le vaisseau construit à la va-vite tenait le coup. Si les émeutes n’avaient pas encore atteint le secteur 62. Si le Régime était toujours en place.

Malgré tous les sacrifices des adultes autour d’elle, Marguerite ne pouvait s’empêcher d’être furieuse contre eux. Elle avait tout lu, tout vu, ces images du paradis perdu, du soleil qui bronze au lieu de brûler, de l’air doux, des vastes étendues vertes… Tout ça perdu sous l’eau, impossible à stopper, puis sous cette couche de glace de quelques kilomètres d’épaisseur, qui broyait tout sur son passage. Ils vivaient tous sous terre depuis, comme des vers.

Et maintenant tous ces efforts, tout cet argent, pour ça ? On leur souhaita la bienvenue et les dirigea vers leur quartier. À peine furent-ils entrés qu’on verrouilla les portes. Le système s’arrêta progressivement, et ils furent plongés dans un silence lourd, vide de tout bruit parasite, ce que Marguerite n’avait jamais connu. Pas de ventilation, pas de chaleur nouvelle. Les plus perspicaces comprirent qu’ils venaient de se faire avoir et les cris de désespoir fusèrent. Sa mère laissa échapper une série de mots que Marguerite n’avait jamais entendus avant, des mots interdits, des mots qu’on n’avait même plus le droit de penser. Voilà, se dit-elle, maintenant, tout est vraiment fini.

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