Lettre citoyenne au 100e jour du conflit étudiant

Cher concitoyenNE,

Je t’écris parce qu’au fil des jours (rouges de plus en plus noirs) j’ai réfléchi longuement sur notre Québec. Je ne suis qu’une citoyenne parmi tant d’autres, je ne détiens aucune vérité, mais je questionne tout, et maintenant, je veux te faire part de mes réflexions.

Le Québec se distingue par ses valeurs sociales de justice et d’équité. Elles ont été acquises au fil du temps grâce aux citoyens qui se sont levés avant nous pour réclamer ces droits, pour que s’améliorent leurs conditions de vie et que nous puissions aujourd’hui en bénéficier.

Comme dans un couple, dans une société, chacun doit faire sa part. Mais il y a des éléments sacrés dans un budget dans lesquels on ne peut pas couper si on veut rester en santé. L’éducation fait partie de ceux-là. L’éducation est un gage de santé pour une société. À tous les niveaux. Moins de pauvreté. Moins de criminalité. Meilleure santé générale = moins de frais de santé pour le gouvernement.

Non seulement je suis contre la hausse des frais de scolarité, je suis pour la gratuité scolaire. Du primaire à l’université. Je ne suis pas irresponsable. Je ne suis pas irréaliste. Certains diront que je suis idéaliste… À cela je répondrai que je suis altruiste, mais surtout prévoyante et économe. Je sais qu’en ouvrant toutes grandes les portes de l’éducation, davantage de gens pourront et voudront y entrer. Et qu’ils en ressortiront grandis. Plus riches. Que la société en ressortira grandie, plus riche. Que ma vie, donc, en ressortira grandie, plus riche. Plus riche de toute cette richesse collective.

Il y a des gens plus manuels dans la vie. Des électriciens, des maçons, des chauffeurs, des ébénistes, des chefs cuisiniers, des horticulteurs et des masseurs. Il y a des gens plus intellectuels aussi. Des avocats, des journalistes, des artistes, des philosophes, des géologues, des biologistes, des médecins, des professeurs… Aucun n’est plus important qu’un autre. Il n’y a pas de sot métier. Tout est essentiel.

Ce n’est plus toujours vrai que celui qui termine un BACC aura un meilleur salaire que celui qui fait un DEP. Cela dépend des domaines. On peut très bien gagner sa vie comme ouvrier et frôler le seuil de la pauvreté avec une maîtrise en histoire. On choisit son métier d’abord et avant tout parce qu’il nous ressemble, parce qu’il nous intéresse et que nous anticipons avoir du plaisir à le faire. Et parce qu’il nous permettra de vivre, aussi.

Les universités doivent être financées davantage pour continuer d’offrir un enseignement de qualité, et même pour l’améliorer. Mais on ne doit pas couper dans ce qui est le plus important pour nous à long terme : l’enrichissement collectif. L’argent n’est pas dans les poches des pauvres. On ne peut et on ne doit surtout pas leur demander de verser leurs économies dans un bas troué. Il faut réparer les fuites. Aller chercher l’argent là où il se trouve. Il faut investir, tout de suite, pour nationaliser toutes les ressources naturelles du Québec. Cesser de les donner aveuglément aux compagnies privées et aux multinationales étrangères. Ces ressources nous appartiennent! Ne les appelle-t-on pas aussi «les richesses naturelles»?

Il faut exploiter nous-mêmes ces ressources d’abord pour s’assurer de leur bonne gestion (développement durable), mais aussi pour bénéficier directement de tous les profits qu’elles engendrent (et non que de redevances) et pour assurer la pérennité de nos emplois à long terme. Terminé l’eau publique embouteillée par le privé! Créons Aqua-Québec. Chaque cent de chaque bouteille d’eau vendue reviendra dans les fonds publics. Terminé les minerais exploités par des étrangers: créons Minerais-Québec. Chaque cent de chaque gramme de minerai vendu reviendra dans les fonds publics. Créons Bois-Québec. Vent-Québec. Pêches-Québec. Agri-Québec! Il faut reprendre tout le contrôle de nos territoires et de nos ressources naturelles – avant que le Québec au grand complet n’appartienne à des intérêts étrangers, et qu’on n’ait tout simplement plus… de pays!

Imaginez le nombre d’emplois qui seraient créés et assurés dans l’avenir en créant ces gros morceaux semblables à Hydro-Québec. En effet, aucun danger que notre compagnie ferme ou déménage sa production en Inde… Nous serons collectivement les patrons de l’entreprise. Elle restera toujours ici et nous la gérerons de notre mieux.

C’est certain que ça va coûter cher, très cher; ça demandera beaucoup d’investissements, le temps de tout mettre en place… La dette augmentera logiquement – avant de redescendre enfin pour de bon. Nous aurons besoin d’argent mais ne la demandons pas aux banques privées, qui vont encore une fois s’enrichir sur notre dos avec leurs taux d’intérêts… Ne demandons plus jamais d’argent aux banques! Créons simplement la Banque du Québec! Demain matin j’y mettrais personnellement mon argent (plutôt que chez Desjardins) pour que ce projet puisse naître. Mettons dans la Banque du Québec tout notre argent collectif, et faisons-nous un prêt sans intérêt pour nationaliser nos ressources avant qu’il soit trop tard. Ça en vaut tellement la peine. En quelques années, nous aurons pris le contrôle de notre territoire, les profits commenceront à entrer et la dette nationale sera enfin épongée. Nous serons même aussi riches que… l’Alberta! Mais sans porter le lourd poids moral des sables bitumineux sur la conscience. Une société toujours aussi juste et équitable, en santé, avec des citoyens éduqués, responsables, libres de penser et libres de dettes.

L’éducation pourrait être financée très facilement si le gouvernement du Québec mettait enfin ses culottes en agissant comme un gouvernement qui veut le bien de son peuple et non plus pour servir avant tout les intérêts de l’entreprise privée. Plutôt que de créer une loi 78 répressive qui opprime la liberté de sa population, le gouvernement du Québec devrait créer des lois et les appliquer rapidement pour empêcher le plus tôt possible que des étrangers puissent continuer de nous voler notre bien commun. Je le répète, il faut nationaliser nos ressources naturelles. Ouvrir toutes grandes les portes de nos universités! Et la richesse commencera à s’installer pour de bon au Québec.

Si je suis contre la hausse des frais de scolarité, c’est parce que je ne suis, à la base, même pas pour les frais de scolarité. Surtout pas pour les prêts étudiants avec leurs taux d’intérêts! Un prêt étudiant SANS intérêt, déjà, ce serait un minimum, et surtout, une question d’équité. Car un étudiant en médecine paiera son 25 000$ en prêts étudiants beaucoup plus rapidement que le maître en Beaux-Arts, et ce dernier paiera donc plusieurs milliers de dollars de plus en intérêts.

En cas de gratuité scolaire, certains prétendent qu’il y aura des abus. Des étudiants pourraient passer leur vie aux études et compléter quatre doctorats sur le bras des contribuables. On s’entend qu’il s’agit d’une minorité. Et qu’en bout de ligne, peut-être que ce ne serait pas si mauvais d’avoir des gens aussi instruits dans notre société… Chose certaine, pour prévenir les abus on pourrait augmenter de beaucoup la taxe à l’échec. Ainsi, si l’étudiant désire étudier gratuitement, il se doit d’être sérieux et d’obtenir son diplôme sinon, hé bien… il faut qu’il paie!

Ce qu’il faut se rappeler, surtout, c’est que l’éducation, même en cas de gratuité, n’est jamais réellement gratuite pour l’étudiant. Car même s’il ne paie pas sur le moment, il va payer plus tard! En effet, une fois entré sur le marché du travail, il paiera des impôts au gouvernement pendant plus de quarante ans. Combien de fois aura-t-il payé son éducation à la société? Il fera alors sa juste part. À ce moment-là. Mais on ne le fera pas payer pendant ses études. Parce qu’on veut qu’il les fasse. Il est très important, pour lui-même mais surtout pour nous tous, qu’il les fasse.

Merci d’avoir lu jusqu’au bout. Merci de continuer de vous questionner. De proposer. De réfléchir plus loin que le bout de votre… télé! Merci de tout remettre en doute, et merci d’inventer! Grâce à nous, peut-être, nos enfants et tous ceux qui suivront vivront dans un monde plus transparent, plus juste, plus équitable, plus humain, plus vert, et plus ouvert.

Car malgré toute la haine et le mépris, malgré l’égoïsme et l’indifférence, je crois en l’humain et en sa capacité de s’améliorer. Et je ne vais pas cesser d’y croire.

Élodie Jolette
Artiste à temps (très) partiel
Commis de bibliothèque
Citoyenne très curieuse qui a un fort penchant pour la réflexion.

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