Aux Portes du Désert

–   Debout Gringo, allez, lève ton culo ! C’est la dernière fois que le dis !

Un gros bonhomme au teint basané était assis à cheval sur une chaise en bois. Il portait un t-shirt gris de transpiration, de saletés et de tâches de salsas de toutes sortes; ses bras poilus aux épaules couvertes de tatouages pendaient au-dessus du dossier de la chaise et ses mains se rejoignaient autour d’un énorme fusil dont le canon scié se situait à quelques centimètres de ma tempe.

Un homme s’est approché. Il m’a saisi violemment par les cheveux et la mâchoire pour m’assoir contre le mur face à l’homme qui semblait être le patron et qui maintenant faisait mine de viser un point sur mon front.

Ma tête avait cogné contre le mur, et tout résonnait à nouveau, je craignais de vomir et de m’évanouir encore. Il faisait très chaud et j’avais très soif.

Je voyais la pièce pour la première fois. Au plafond un ventilateur grinçait et peinait à faire son 360 tant ses pales étaient tordues et sa base bringuebalante. Il n’y avait aucune fenêtre, pas un souffle d’air, que la lumière d’un abat-jour dans le coin de la pièce et la percée du jour avançant sur le sol sous le pas de la porte.

–   Où est la fille je demandais.

–   La fille ! ou bien elle est déjà vendoue; ou bien elle est en pièces détachées éparpillées aux quatre coins dou désert; ou alors son corps alimente un feu de camp sour oune plage déserte de la Riviera Nayarit.

J’avais si soif et ma langue semblait si épaisse que chaque mot prononcé m’arrachait une douleur terrible.

–   Mais toi, personne y veux, pas d’argent contre toi, rien, nada, il faut ké tout té rachette tout seul.

Il y avait de la poussière partout, par terre, dans l’air; des hommes de main se massaient derrière celui qu’ils appelaient maintenant Ràmon.

J’entendais à l’unisson de temps en temps – Màtalo ! Ràmon Màtalo ! Puis le cliquetis des chiens qu’on armait.

Une musique soudain s’échappa de ce qui se révéla être un Iphone et je reconnus la mélodie d’un succès des années 80 : « Voyage, voyage »  je crois.

Ràmon me dévisagea et je soutins son regard autant que je le pus; ces quelques secondes me parurent une éternité. Puis il éclata de rire et je découvris qu’il lui manquait deux dents; je fus à mon tour pris d’un fou rire spontané trop longtemps retenu qui contamina tous ceux qui se tenaient dans la pièce, laquelle soudainement s’éclaira de mille feux.

–   Coupez ! Coupez ! s’écria alors le réalisateur bleu de colère.

–   Faites chier – Faites franchement chier là !

–   Toi – avec le cellulaire – oui toi – toi – Dehors !

–   Est-ce que vous savez seulement combien ça me coûte chacune de vos conneries sous le soleil du Mexique ?

–   Merde !

–   Merde !

–   Bon allez ! On la refait tout de suite !

–   Silence !

–   Merde !

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Une réflexion sur “Aux Portes du Désert

  1. Sympa! J’aime bien que ce soit « Voyage, voyage » version sonnerie de cellulaire qui brise l’illusion en provoquant l’hilarité générale.

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