Un câlin

Donat quitta son lit puis sortit sur son balcon dans un brouillard matinal. Marchant d’un pas lourd, il fila dans la cour, sifflotant la Bolduc d’un air distrait. L’air frais rafraîchissait son front toujours chaud. Un vilain virus l’avait fait souffrir dix jours; il avait failli partir, mais ça priait fort dans la maison, alors il survivrait.

Au bout du champ, il vit Victor, son plus gros cochon. Il siffla. Aussitôt l’animal trop dodu vint au galop, non sans mal, mais confiant. Il courut jusqu’au paysan dont il poussa la main du bout du groin. Donat offrit un fruit à son compagnon qui l’avala, d’un coup. Victor, au nirvana, montrait sa satisfaction, grognant, tournoyant, dansant, souriant – il parlait là par tout son corps, par tout son gras.

Alors Donat prit un rapala dans son pantalon puis s’approcha du cochon: il flatta son cou du tranchant – du sang quasi noir gicla illico. Donat chuchota moults mots au cochon, qu’il calma par sa main, dans un câlin. Il avait toujours mal quand il tuait un animal. Mais il lui fallait nourrir son clan: huit gamins, plus sa Mathilda, qui au mois d’août aurait son nourrisson.

Ça faisait un bail qu’il n’avait pas farci son jabot d’un jambon…  Mais là, surtout, il voulait du bacon.  Il lui fallait du bacon.

Pour midi, s’il travaillait fort, il aurait du bacon.  Alors il amorça son travail, sifflotant la Bolduc d’un air satisfait.

6 réflexions sur “Un câlin

  1. Effectivement j’ai pensé à Maude pour le bacon… et même aussi pour le comportement du chien, que dis-je, du cochon, qui fait penser à un chien. 🙂 L’intelligence et l’amitié dont peut faire preuve un cochon ne sont plus à prouver. Il y a une centaine d’années, si on voulait manger du bacon, il fallait sacrifier un ami, une bête qui portait un nom… Les gens étaient tellement plus conscients de ce qu’ils mangeaient, et de l’importance de la vie animale. Maintenant, on achète un paquet de bacon à l’épicerie, en tranches très proprettes, bien emballées; on ne pense même pas à ce cochon qui est dans nos mains, en morceaux. Et à tout ce qu’il a vécu avant de finir dans notre poêle en train de frire. Bref… les temps changent… mais le bacon reste au menu!

  2. Wow ! En effet, quel authentique et descriptif fait d’antan. Quel souvenir! Doux rappel à mon coeur, ces prénoms de famille. Je suis retournée dans la cour de mon enfance. Eh! que Marie-Rose n’aimait pas ces saignées! Merci de me faire vivre de bons moments de lecture. XXXXOOO Ciao!

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s