Derniers habits

De feu, d’orange, de miel ou d’or,

bleu, vert ou rouge artifice,

de blond à noir,

brun terreux, châtain doré,

boucles d’argent,

crépus, bouclés, ondulés,

lisses ou pas,

courts ou longs,

fins, épais,

secs ou gras,

emmêlés, démêlés,

abîmés

bien lustrés,

tous les cheveux qui cheminent

finissent par se ressembler

un jour ou l’autre

lorsqu’ils s’habillent

une fois pour toute

en

BLANC

(surlignez la ligne ci-dessus avec votre souris)

… (pas celle-ci, l’autre au-dessus, en-dessous du en»!!!!)

Et maintenant, souriez!

Personne n’échappe à l’inévitable blanchiment et,

à bien y penser, ça finit souvent par une très belle tête!

Alors bonne décoloration naturelle, cher lecteur!

La mienne vient de sérieusement commencer…

Et trève de teinture… je vais l’assumer! 🙂

 

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Fourre le Québec

Trois semaines que je détoure des cheveux dans Photoshop. Détourer, ça veut dire prendre un portrait au sourire crispé et remplacer le fond blanc du studio de photo par un fond « transparent ». Environ 150 photos à détourer comme ça.

La première image est dégueulasse. Soit disant qu’on nous l’a refilée sans retouche, mais notre bonhomme a l’air embaumé à force de face lifts. Et depuis quand on prend le monde sur un fond vert-de-gris? (Grrr.) Avec ça, la plupart des cheveux directement en contact avec ledit fond sont flous. Je détoure ça comment, moi? Cauchemar. Les boucles grises résistent à n’importe quel filtre ou tour de passepasse photoshopien connu. Vu la teneur du projet, vu le temps imparti, je stresse. Je gribouille des petits bonshommes qui s’arrachent les cheveux pour me défouler.

C’est ma première semaine dans la boite. Les trois mois vont être longs…

« Tu vas travailler sur un projet confidentiel alors on va te mettre dans une salle à part. » Ça a commencé comme ça, dans un bureau exigu tout brun et dépourvu de fenêtre. J’ai du faire une grosse connerie dans une vie antérieure, que je me dis.

Et mon chum qui me dit « moi j’aurais pas accepté la job ». Si j’avais su d’avance qu’on allait me coller là-dessus… mais non, je ferme ma gueule, et je détoure. Je lisse, j’efface, j’essaie de rajouter de la définition, je mets le tout sur un fond bleu et je rajoute un beau slogan par-dessus tout ça. Encore youpi.

« Cette fin de semaine on fait le photoshoot alors il va falloir rentrer. » Rentrer? Fin de semaine? Ah? Heu… OK.

« On va installer les ordinateurs dans une salle sur place et les photographes vont te donner les photos au fur et à mesure avec les retouches à faire. »

Ah, les retouches. Celle-ci a un œil plus ouvert que l’autre. Celui-là a des oreilles pointues. Là, une tache de naissance. Elle, ses lunettes sont pas droites. Tu me niaises? Faut que je redresse des lunettes dans Photoshop?? Lui, il sourit croche. Encore un œil plus petit que l’autre. Dents trop jaunes. Manque des poils dans sa barbe. Un œil trop petit. Corrige la proportion de sa tête par rapport à son corps. Augmente son sourire de 15%. Really? Œil plus petit que l’autre. Son chandail doit être plus beige. Enlève le rouge dans ses yeux son maquillage a bavé blanchis les dents redresse sa tête enlève ses zones roses sur les joues efface la tache qui fait commeunboutonsursalèvresupérieure. Il a un œil trop grand – Encore? Mais c’est une obsession! A-t-elle déjà vu des vraies personnes, cette dame-là? Qui c’est qui a un œil exactement de la même taille que l’autre, hein? QUI???

Et après les retouches, ben, je détoure, je détoure, et je détoure encore. Le pire, c’est les blondes frisées avec les cheveux grichous. Celles-là je leur ferais avaler une bouteille de revitalisant au complet. Je suis rendue que je détoure les gens dans ma tête dans la rue. Toi, mon chauve, je te fais en 3 minutes, top chrono!
Bref – trois semaines que je travaille des heures de fou, trois semaines que je me tape un mal de dos carabiné à force d’avoir le nez collé sur l’écran. Pause de midi, je profite du break pour prendre mes emails. Ah – Maude a finalement publié le thème pour la semaine prochaine, m’en va checker ça.

Le spectre d’Astre Roi

La chambre des ablutions se trouvait au fond du jardin. Le soleil qui baignait sa verrière la laissait déjà chaude, tellement qu’autour les herbes hautes étaient aussi jaunes que les champs de foin et de colza qui filaient à perte de vue. J’avançai vers celle qui avait guidé la prière du matin, elle nous demanda de nous agenouiller de nouveau. «Votre âme est prête à avancer vers Astre Roi, il faut maintenant nous affranchir des autres impuretés.» Je m’installai face à la grande étoile, expirai l’air vicié du bas ventre et fermai les yeux. La prêtresse coupa poignée par poignée nos longs cheveux défaits. J’eus une pensée pour ma mère.

J’entrai nue dans la chambre, la chaleur m’enveloppa toute entière et fit remonter un souvenir de vacances. J’expiai aussitôt cette pensée souillée, soufflant le vent vicié une fois de plus et refermant les yeux. J’imaginai Astre Roi me purifier de ses rayons dorés. Les ablutions passées, ses eaux froides et bénies versées sur ma charpente, je serais de nouveau prête à avancer vers lui.

La prêtresse nous fit montrer les chevelures qui glissaient entre nos doigts et cracha sur leur indécence, invoquant l’arrogance de la vie qui croît sous Astre Roi malgré sa volonté. «Astre Roi demande à être respecté,  sa lumière n’est pas sa toute puissance.» Elle glissa la main dans l’emmanchure de sa robe et sortit un ongle qu’elle présenta au ciel dans un écrin de blé sec, couleur  d’ambre. Nous entamâmes les chants du rite et le rideau s’ouvrit sur Maître, nu, parfaitement glabre, des feuilles d’or aux lieux de quelques ongles, le prisme autour du cou. La prêtresse lui remit l’écrin, couvrit ses épaules du chasuble aux reflets de mercure puis nous posâmes nos cheveux sur l’autel.

Maître prêcha longuement en disposant les crins, les torsadant et les tressant en un nid roux, blond, gris et mordoré. Par-dessus nos chants, il prononça les versets du Livre de Feu et de Lumière et nous répondîmes en chœur à l’ultime appel dans un râle bruyant, expirant l’air vicié du bas ventre dans la bouche de Maître, avant de nous laisser tomber à ses pieds. La prêtresse détacha le collier et, sans en toucher l’amulette, le remit à Maître.

Dans le nid chatoyant, Maître posa le prisme et le tendit au bout de ses bras en offrande à Astre Roi. Il inclina sa pointe vers le zénith et catalysa toute la lumière en son cœur. Nous répondîmes à l’oraison en levant les mains au ciel. «Astre Roi demande à être respecté,  sa lumière n’est pas sa toute puissance. Disciples d’Astre Roi, brûlez. De par son feu, purifiez.» Maître posa le nid sur le socle de prophétie et quelques secondes suffirent pour que les crins s’embrasent et que grésillent les impurs. La lumière se réfracta aussitôt en un spectre divin et les couleurs jaillirent de par la verrière jusqu’aux champs environnants. Tout autour, au long des incantations, les foins s’enflammaient, violets, indigos, bleus, verts, jaunes, orangés, rouges, gagnants peu à peu du terrain vers la chambre des ablutions.

Au loin, les cris des paysans et des bestiaux éclataient. J’eus une nouvelle pensée pour ma mère. Maître demanda de rester purs et de jouir du feu d’Astre Roi. «Astre Roi est amour. Ouvrez les yeux, voyez sa lumière, sentez venir son feu». Il prit l’air vicié de la prêtresse en sa bouche et la fit s’étendre sous le socle de la prophétie, puis il posa l’écrin couleur d’ambre et son ongle sur son bas ventre. La prêtresse gémit en ouvrant les jambes et dans l’ardeur des flammes avoisinantes, Maître la pénétra violemment. «Ouvrez les yeux, voyez sa lumière, sentez venir son feu.» Il nous prit l’une après l’autre, plantant ses doigts d’or dans nos casques pelés. La lumière devint aveuglante, la chaleur affolante. «Ouvrez les yeux, voyez la lumière. Astre Roi est amour. Purifiez.» Dans le vacarme du feu, j’entendis ma mère me crier de revenir, de rentrer. Entre les coups du Maître et les cris des disciples bientôt cuites, désincarnées, je pensai au soin qu’elle apportait à mes blondes nattes. Dans un hurlement, je lui répondis que ce n’était plus possible.

Maître jaillit sa nâcre entre mes jambes.  Tout devint noir, puis très très blanc.

Un lézard, des cigales, et du beurre mou

Vendredi 27 juillet, 22 :15. Balconville, Montréal. J’ai chaud. Je suis collante. Je sens fort. L’air est pesant. Mon cinq et demi est un sauna. Troisième étage, pas de climatiseur. Je sue. Le soir est silencieux, à part les cigales qui chantent. La brise est inexistante. Même les feuilles ont chaud dans les arbres. Signe incontestable de la canicule : le beurre est liquéfié dans le beurrier, et plus jaune que jamais. On n’a pas de climatiseur, mais au moins on a du beurre.

Je suis toute nue dans mon lit avec le drap qui colle, et j’essaie d’écrire mon texte. Mais y a rien qui sort depuis 4 jours. C’est le syndrome de la page blanche. Soupir de découragement. L’air est pesant mais l’écran du laptop est vide. Il fait trop chaud pour penser, crisse. J’enfile un kimono. Je vais dans la cuisine. Mimi est là, on fume un joint. J’espère que ça va m’inspirer. Faut que j’écrive mon texte. Le deadline : demain matin. Vive l’écriture sous pression.

-En plus je dois insérer un proverbe dans mon texte, c’est la contrainte… mais moi les proverbes, tsé… J’suis pas inspirée, Mimi.

-Pfff, les proverbes… Tellement moralisateurs…

-Mets-en.

-J’ai déjà entendu un proverbe africain avec un lézard dedans, c’était vraiment drôle, mais c’était quoi déjà?

Google, viens à mon secours.

« Celui qui se lève tard ne voit pas le lézard se brosser les dents. »

Éclats de rire spectaculaires. Les cigales aussi trouvent ça drôle. C’est un proverbe masaï. Je regarde des photos de guerriers masaï, noirs comme le charbon, dans leurs toges rouges de cérémonie. Ils sautent sur place jusqu’à la transe. Respect. Les Africains aussi ont chaud, tout l’temps, mais nous au moins on a de l’eau. Et du beurre mou. Alors j’arrête de chialer et je retourne me coucher.

Samedi 28 juillet, 10 :01. Je me suis levée tôt pour voir le lézard se brosser les dents. Mais je réalise qu’il n’y a pas de lézard à Balconville, Montréal… Juste un chat caramel effoiré sur le plancher. Pauvre Banjo, fait trop chaud pour jouer, hein mon beau minou? Au moins, j’écris ce texte, enfin. Vive l’écriture sous pression. Je me dis qu’en décembre, quand nous verrons tomber la première grosse bordée de neige et le joyeux chaos qui vient avec, la langueur humide de juillet va nous manquer. Et le beurre sera dur. Alors profitons-en. Et bon été à tous.

L’attente

On dit que l’attente est plus dure à supporter que le feu… Aujourd’hui, il aura l’occasion de le prouver. Une goutte de sueur coule lentement le long de son dos. Sous le soleil plombant, il doit faire au moins 40C.  Aucun nuage en vue, aucune trace de vent. Il a l’impression d’être dans un fourneau.Il fait tellement chaud qu’il voit à l’horizon la chaleur ondulée au dessus des champs.

Les champs sont complètement secs, il n’y a pas eu une seule goutte de pluie depuis près de deux semaines. Si la vie avait été normale, les récoltes auraient été mauvaises cette année. Cependant, personne n’a semé cette année, personne ne s’est assurée que les mauvaises herbes avaient été retirées. Le champs retourne rapidement à l’état sauvage.

Ses vêtements sont complètement détrempés. Sa peau rougie par le soleil se transforme lentement et douloureusement en cuir. Il doit tenir encore un peu, on lui a promis qu’on ne l’abandonnerait pas, qu’on allait venir le chercher. Il s’agit surement d’un test, on veut s’assurer qu’il a la volonté nécessaire pour survivre, même dans les pires conditions.

Le ciel d’un bleu clair ne peut que lui rappeler l’eau douce et claire qui coulait dans le ruisseau derrière chez lui. Ce qu’il donnerait pour pouvoir prendre une gorgée, de pouvoir se plonger dans une eau fraiche…

Toujours rien ne bouge. Le ciel reste vide. Le soleil est la seule chose qui bouge, il semble s’approcher, devenir de plus en plus chaud. Il devrait pourtant être sur le déclin, la température devrait commencer à baisser.

Soudainement, elle apparait, venue de nulle part. C’est dans le silence le plus complet qu’elle a fait son entrée,  juste au dessus de lui. La porte s’ouvre, une lumière éblouissante vient l’engouffrer et soudainement, il ressent un bien être complet. Sans tambours, ni trompettes, la lumière disparait, et la soucoupe s’envole rapidement vers un monde meilleur.

Humidex 69

Je déménage,  je repeins l’appartement, je suis en vacance, mais je manque de temps, du temps que je pourrais employer à écrire, mais que je n’ai pas.

Alerte Météo – Avertissement de chaleur accablante –

La température pressentie et ressentie aujourd’hui sera de 41 degrés Celsius –

C’était comme ça hier, avant-hier, ce sera comme ça demain et pour le reste de la semaine.

J’ouvre toutes les fenêtres, je me déshabille, je repère un courant d’air, aujourd’hui je peins en slip.

J’ai fait le plein de bière dans le frigidaire.

Après chaque mur je prends une longue gorgée de Molson Dry, après deux murs j’en ouvre une autre.

« Tant qu’il me restera quelque chose dans le frigidaire…»

C’est le programme de la journée, de la semaine.

Je monte le volume de la radio qui me tient compagnie.

Je danse en slip en roulant mon rouleau sur les plafonds et les murs de mon nouvel appartement, en trempant mon pinceau dans les interstices inaccessibles.

Le soleil inonde les pièces.

Je bois de la bière, je fais des gestes lents, je suis un africain blanc.

«Chi va piano va sano e va lontano»

À 18h : j’entends la porte qui s’ouvre et Olga qui monte en courant la rampe d’escalier dans sa petite robe fleurie.

La journée de travail est terminée ! Olga est là ! le temps s’arrête !

Elle vient m’embrasser, m’enlève ma bière, t’as pas chaud toi elle me dit, puis elle file vers la douche en enlevant sa robe, toujours fleurie.

J’ouvre une autre bière et je m’écrase dans le fauteuil.

Je fais l’état des lieux, j’inspecte la pièce : les murs transpirent, mes chats sont des peaux d’ours écrasées sur le sol, l’appartement ressemble à l’atelier d’un taxidermiste artiste peintre, la peinture sur mon ventre n’arrive pas à sécher, j’entends les pales du ventilateur couper en tranches régulières l’air épais et dense du mois de juillet.

Je bois !

Puis Olga sort de la douche et se présente devant moi nue, complètement nue, totalement nue.

Olga : c’est quelque chose !

À voir et à regarder.

Mon corps ruisselle de sueur, le sien de fraicheur.

Elle vient vers moi, elle vient sur moi.

Mon corps chaud, son corps frais.

Nos corps tièdes.

Nos corps chauds.

Nos corps brûlants.

Nouvelle Alerte Météo – Veille d’orgasmes violents –