La dose matinale

«Allô maman!»

J’ouvre des yeux petits. Un grand sourire fendu et bien réveillé se tient à côté de moi, un canard mou et toujours plus élimé dans les bras.  J’étire péniblement mes lèvres pour leur donner du mieux que je peux la forme d’un sourire.  C’est important d’offrir un sourire à son enfant le matin. C’est le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire, avant les crêpes ou la promenade en bicyclette jusqu’au parc.  Ça commence bien la journée.

«Donne-moi un bisou!»

Le sourire s’élargit et vient s’étamper sur ma joue.  Mon fils monte sur le lit, rampe jusqu’à son père qui lui fait un clin d’oeil et une grimace.  Smack! Deuxième bisou. On est une famille de bécoteux.

7h20, mon chum sort de la douche.  Après avoir ricané dans le lit avec mon très vivant petit réveil matin avant qu’il ne coure au salon satisfaire son appétit, j’enfile mes shorts, un t-shirt, des bas, puis mes souliers rouges et je mets mes verres de contacts, attache la queue de cheval, agrippe le Ipod.

«Tu vas courir, maman?»

Mon sourire confirme.

«À tantôt maman!»

Je sors dans la cour.  Je m’étire un peu.  Je marche.  Puis je commence à courir.

La lumière est si belle, le matin.  L’air, si frais.  Les oiseaux gazouillent dans les grands arbres, les corneilles potinent à propos des gens qui partent travailler.  Mon corps, lui, part travailler, et ma tête le suit, pour avoir sa dose d’endorphines.

Je cours lentement.  Si je pars trop vite, je m’essouffle pour rien, j’ai une crampe, c’est inévitable et c’est plutôt frustrant, parce que je cours moins longtemps.  Alors je cours lentement.  Parce que c’est comme ça que c’est bon.  Je ne cours pas le marathon, de toute façon, et si je le courais, ce ne serait pas pour le gagner… mais pour le vivre.

Ma respiration s’ajuste rapidement à l’effort et bientôt je n’ai même plus l’impression de dépenser de l’énergie.  Je sens plutôt mon corps se gorger de vie, se réveiller pour de bon.  Mes jambes durcissent.  Je commence à avoir un peu chaud.  Une certaine ivresse me monte à la tête.  Hé que ça fait du bien!  Je suis tellement en paix, seule, tranquille, au début d’une autre journée de ma vie.  Je respire un beat que j’aime, régulier, pas trop bruyant, et mes pieds cherchent la pelouse pour économiser mes articulations.  Je cours comme ça une petite vingtaine de minutes, trente quand j’ai plus de temps la fin de semaine, et je reviens chez nous avec le sentiment du devoir accompli.  Fière de moi.  Et bien réveillée.

« Maman! T’es revenue! »

Le sourire, content de me voir.

Je m’étire longuement en bécotant au passage mon petit monsieur qui en profite pour me montrer la vie qu’il découvre.  Puis, de la fenêtre, le petit dans les bras, c’est le salut à l’homme que j’aime et qui part travailler.

Je saute dans la douche.  La journée sera bonne.

Et cette nuit, je dormirai bien.

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