Un lézard, des cigales, et du beurre mou

Vendredi 27 juillet, 22 :15. Balconville, Montréal. J’ai chaud. Je suis collante. Je sens fort. L’air est pesant. Mon cinq et demi est un sauna. Troisième étage, pas de climatiseur. Je sue. Le soir est silencieux, à part les cigales qui chantent. La brise est inexistante. Même les feuilles ont chaud dans les arbres. Signe incontestable de la canicule : le beurre est liquéfié dans le beurrier, et plus jaune que jamais. On n’a pas de climatiseur, mais au moins on a du beurre.

Je suis toute nue dans mon lit avec le drap qui colle, et j’essaie d’écrire mon texte. Mais y a rien qui sort depuis 4 jours. C’est le syndrome de la page blanche. Soupir de découragement. L’air est pesant mais l’écran du laptop est vide. Il fait trop chaud pour penser, crisse. J’enfile un kimono. Je vais dans la cuisine. Mimi est là, on fume un joint. J’espère que ça va m’inspirer. Faut que j’écrive mon texte. Le deadline : demain matin. Vive l’écriture sous pression.

-En plus je dois insérer un proverbe dans mon texte, c’est la contrainte… mais moi les proverbes, tsé… J’suis pas inspirée, Mimi.

-Pfff, les proverbes… Tellement moralisateurs…

-Mets-en.

-J’ai déjà entendu un proverbe africain avec un lézard dedans, c’était vraiment drôle, mais c’était quoi déjà?

Google, viens à mon secours.

« Celui qui se lève tard ne voit pas le lézard se brosser les dents. »

Éclats de rire spectaculaires. Les cigales aussi trouvent ça drôle. C’est un proverbe masaï. Je regarde des photos de guerriers masaï, noirs comme le charbon, dans leurs toges rouges de cérémonie. Ils sautent sur place jusqu’à la transe. Respect. Les Africains aussi ont chaud, tout l’temps, mais nous au moins on a de l’eau. Et du beurre mou. Alors j’arrête de chialer et je retourne me coucher.

Samedi 28 juillet, 10 :01. Je me suis levée tôt pour voir le lézard se brosser les dents. Mais je réalise qu’il n’y a pas de lézard à Balconville, Montréal… Juste un chat caramel effoiré sur le plancher. Pauvre Banjo, fait trop chaud pour jouer, hein mon beau minou? Au moins, j’écris ce texte, enfin. Vive l’écriture sous pression. Je me dis qu’en décembre, quand nous verrons tomber la première grosse bordée de neige et le joyeux chaos qui vient avec, la langueur humide de juillet va nous manquer. Et le beurre sera dur. Alors profitons-en. Et bon été à tous.

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Une réflexion sur “Un lézard, des cigales, et du beurre mou

  1. Bravo !
    Moi j’ai le lézard timide … il aime mieux se brosser les dents sans spectatrice … Alors Respect !

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