Bloc B

Je reçois tous les jours de jeunes hommes des quatre coins du continent.

Aujourd’hui il y a un noir – c’est rare ici.

Aucune parole n’est jamais échangée, que des regards affolés.

Il y a un blond

Un vieux grisonnant

Un rouquin

Un petit aux cheveux châtains

Un homme longiligne et déjà maigre, du rouge lui coule de la bouche, c’est du sang.

Ils ont tous le teint vert, le blanc des yeux jaunes.

Un corps mort qu’on a jeté dans le coin de la pièce à déjà les lèvres bleues.

Ils me regardent, tous, l’air ahuri, dans mon grand pyjama sale (sale étant une couleur innommable)

Je suis complice de l’atrocité. Je pleure toutes les nuits mon impuissance, ma peur, ma lâcheté.

Je participe tous les jours à leur perte d’identité.

Je suis au début de la chaîne de leur extinction.

Je brandis ma tondeuse.

C’est elle qui me différencie d’eux.

Je leur rase les cheveux.

Beaucoup pleurent.

Moi je retiens mes larmes.

Nous sommes en Pologne.

Nous sommes à Auschwitz-Birkenau.

Publicités

4 réflexions sur “Bloc B

  1. Ouch! La dernière phrase… On la sent venir, mais l’horreur se confirme avec les deux derniers mots… Ça c’est de la chute! Bravo pour ce texte!

Répondre à Alex Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s