Les maux des mots

Sarah en était à son 4e client de la journée. Le dernier. Son préféré.

Il était toujours doux avec elle, et ne la traitait pas comme les autres hommes à qui elle avait habituellement à faire. Il avait plutôt l’habitude de la traiter comme sa blonde, d’en prendre soin jusqu’à lui faire oublier qu’elle était payée.

Elle entra dans le condo moderne tapissé de rouge et Jean vint à sa rencontre, le visage illuminé par l’éternel sourire qui comptait beaucoup pour son charme.

-J’suis content de te voir, dit-il en l’embrassant.

L’éclairage était tamisé et elle distinguait nettement la voix de Tom Waits en background.

-J’t’ai fait coulé un bain, est-ce que t’en as envie?

Sarah l’embrassa à son tour, en accrochant ses grands bras maigres autour de son cou.

-C’est une des choses dont j’ai très envie.

-J’t’ai aussi préparé une soupe à l’oignon, elle est au four. Prends ton temps…

Elle se dirigea vers la salle de bain spacieuse et retira ses vêtements, un à un, tranquillement. Elle glissa son corps dans l’eau presque trop chaude et se calla jusqu’au cou. Ses longs cheveux ébène flottaient, comme elle, dans ce bain beaucoup trop grand.

Jean lui apporta un verre de Chardonnay. Sarah en prit une bonne gorgée puis s’alluma une cigarette. Elle ferma les yeux. Enfin, elle était bien.

Après une bonne demi-heure de détente, Sarah sortit du bain et enfila le peignoir que Jean lui avait offert pour son anniversaire, 4 mois plus tôt. Elle le rejoignit à la table, où il lui servit un nouveau verre de vin, rouge cette fois. Ils mangèrent, éclairés par les chandelles, tout en échangeant de tout et de rien. Une fois la soupe terminée, Jean prit Sarah dans ses bras et la porta jusqu’à la chambre puis la déposa doucement sur le lit. Il lui leva une jambe qu’il passa par-dessus son épaule et commença à lécher l’entre-jambes de Sarah.

-Je suis tellement bien avec toi, Jean, murmura Sarah entre deux soupirs.

Jean releva la tête.

-Si seulement je pouvais t’avoir pour moi tout seul, si seulement tu pouvais arrêter ton métier de salope et rester près de moi…

Sarah repoussa Jean, et s’assit sur le lit.

-Jamais avant tu n’avais osé me traiter de pute! dit-elle sur un ton tout à fait inconnu pour Jean.

-Ce n’est pas du tout ce que j’ai dit.

Sarah se leva d’un bond et se dirigea vers la bibliothèque. Elle prit le Robert et tourna rapidement les pages.

Salope : Femme qui recherche le plaisir sexuel : pute. Si ce n’est pas me traiter de pute, je me demande bien tu me traites de quoi!

Elle ferma le dictionnaire d’un mouvement brusque et commença à se rhabiller.

-Tu sais que je t’aime Jean. Plus que mon métier. Que je laisserais tout tomber pour toi… Mais tant que tu me mépriseras rien ne pourra marcher entre nous…

Elle se dirigea vers la porte quand Jean l’interpella.

-Sarah, attends!

Elle se retourna. Jean fit quelques pas dans sa direction, mis la main dans sa poche, et lui tendit plusieurs billets.

-Tiens. 1000 $, comme d’habitude. Bien que tu ne les mérites pas aujourd’hui, salope.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s