Brouillard

La nuit enveloppait le stationnement du supermarché d’une épaisseur telle que c’en devenait les limites de mon univers onirique. C’est là que mon cerveau avait abdiqué, il avait déjà bien trop d’affaires à gérer, avec toutes ces voitures abandonnées sans raison apparente et le brouillard, le brouillard presque palpable survenu d’un seul coup juste après que tu sois partie en courant…

Je ne me suis jamais demandé ce qu’on faisait là. Ni pourquoi tu avais 3 ans.

Je me suis lancée à ta poursuite mais la substance laiteuse qui t’avait engloutie envahissait désormais mon champ de vision, et j’avançais à tâtons sans savoir si j’allais dans la bonne direction. Le décor était passé de tout noir à tout blanc avec la fluidité improbable et caractéristique du rêve.

C’est alors qu’une clochette retentit au loin, comme un appel. Je m’empressai de suivre le son, les bras en avant pour éviter toute collision. Peu de temps après (mais comment savoir?), je sentis une barrière de bois cogner contre mes jambes. J’en franchis le portillon. Cela déclencha le même son de cloche entendu auparavant et j’en conclus que j’étais sur tes traces.

Le brouillard s’était levé suffisamment pour qu’on devine les contours d’une maisonnette – j’avais atterri là en suivant le chemin longeant la barrière, tu devais donc y être entrée.

L’endroit était inhabité : des draps blancs recouvraient le mobilier de la pièce unique, un salon modeste au plancher de bois. De grandes fenêtres sales découpaient des carrés de nuit noire. Tu étais assise dans un des fauteuils club cernant une table basse. Didier se tenait à quatre pattes devant toi, il avait déposé sa tête sur tes genoux et tu lui caressais les cheveux d’un air mélancolique et résigné. Soudain, deux têtes rougeaudes et hirsutes vinrent se coller à la fenêtre, un rictus déformant leurs visages grossiers. Tu pris peur et t’enfuis de la maison en courant. Une fois encore, je m’élançais, terrifiée à l’idée que les deux fous t’attrapent.

Je t’avais déjà perdue de vue… Cette fois, le brouillard était d’un noir impénétrable. J’étais sûre que tu étais partie du mauvais côté, que tu t’étais jetée dans la gueule du loup. Paniquée, je t’appelai. Encore, et encore. Je me suis réveillée en criant ton nom, l’angoisse au creux de la gorge.

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Une réflexion sur “Brouillard

  1. J’aime le visuel à la « Silent Hill » que ton texte propose, suggère… Que dis-je… Qu’il implante dans mon esprit! :o)

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