Je m’en souviens pas

C’était un gros party de brosse. Dans un chalet sur le bord du lac Clair, par une nuit de pleine lune. Ma chume et moi, on avait enfilé cinq-six shooters de tequila d’un coup parce qu’on trouvait que ça tapait pas. Que le but soit de me saouler ou de réaliser un projet plus politically correct, j’ai toujours été impatiente des résultats. Souvent j’ai lâché le morceau en cours de route ou avant même de commencer : tout aurait dû déjà être fait, et parfait.

Mais ce soir-là, c’était le dernier gros pow wow avant que je quitte ma région natale – et ma précieuse gang de chums – pour les études, pour devenir grande. J’avais 17 ans. J’avais bien l’intention d’en profiter. C’était l’été, il faisait beau. Ça fait que «cheers!» et «re-cheers!» et ainsi de «cheers!» Ah! Ce fût une fête mémorable!  Du moins je crois. En fait…

Je m’en souviens pas.

Parce qu’à un moment donné, comme on dit, la tequila a tapé.  Et ce qui l’a suivie aussi.  Je n’ai que des bribes de souvenirs de cette mythique nuit-là. De petits flashs d’images floues, déphasés. Des bouts de veillée qui me font sourire.  J’entends le cri des filles qui se sont lancées dans le lac à minuit en courant; je les trouvais plucky, l’eau était encore froide et le fond de l’air assez frais.

Je me rappelle avoir essayé de prendre en photo ma chume de brosse. Dans le bois. En train de pisser. Oh que j’avais hâte de faire développer la photo! Mais on l’y voit seulement remonter son pantalon. C’est plutôt moi qui me suit fait prendre au jeu.  L’arroseur arrosé. Je capotais. Photo (pas) à l’appui par simple considération pour mon estime personnelle. J’y suis accotée sur un char, les culottes à terre, les yeux vitreux, accompagnée d’une grande flaque foncée sur la gravelle devant moi. La honte. Faudrait vraiment que je la brûle avant que quelqu’un ne tombe dessus.

On a joué plus tard de la guitare dans la petite cabane à côté du chalet. Paraît que j’avais froid et que j’ai essayé d’entrer dans le chandail de mon chum pour qu’on soit deux dedans. Tout le monde riait, mon chum le premier.  Je ne sais même plus où on a dormi – et si on a dormi. Le lendemain y’avait que les popsicles aux fruits qui me faisait du bien.

C’était sûrement une belle fête. Par chance, j’étais avec du bon monde.

Mais je m’en rappelle juste pas.  Remarquez, c’est peut-être ce qui fait la beauté de la chose : l’aura de mystère autour de nos folies de jeunesse.  Car ces excès nous détruisent un peu, temporairement, mais surtout nous construisent en mieux avec le temps.

Le grand enseignement que j’ai reçu de cette soirée : oui, ça tape, de la tequila. J’aime encore en boire, d’ailleurs!  La différence, c’est que maintenant je sais boire, et j’aime bien me rappeler de ce que je vis…

Surtout quand c’est agréable. 😉

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2 réflexions sur “Je m’en souviens pas

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