Bonne année, Val

Qu’est-ce que je pourrais bien vous écrire aujourd’hui? Un souvenir de fête? Je pourrais en évoquer quelques-uns… bien que plusieurs se soient évanouis dans le taxi du retour… De joyeuses beuveries qui finissent en jam, des soupers où tu as plein de soleil et de rires dans l’estomac, un ecstasy de temps en temps pour casser la routine… Champignon, pétards, bloody cesars… j’aime la vie et la musique, et j’aime bien avoir du plaisir, comme n’importe qui.

Pourtant, j’ose le révéler, je crois avoir manqué beaucoup plus de fêtes que d’en avoir vécu. Il y a une douzaine d’années, ma vie était pas mal moins rigolo. C’est comme ça. On a tous des mauvais moments à passer. Après, on est un peu plus forts. Un peu.

Pour faire une histoire courte, j’étais dans la jeune vingtaine et j’habitais dans une maison de chambres, coin Gilford et St-Denis. Toilettes communes et voisins alcooliques, psychotiques, ou simplement bizarres. Ma chambre était minuscule et sans lumière, la fenêtre faisant face à un mur de briques, et il m’arrivait d’y passer trois jours sans sortir, souffrant d’agoraphobie et d’angoisse généralisée. Je venais de quitter mon premier boulot, vendeuse de sacoches chez Eaton Galeries d’Anjou. Je me sentais traumatisée par le monde du travail et sa pression incessante, et après six mois de chômage, un beau matin, je me suis réveillée sur le béesse.

J’ai vécu ainsi pendant trois ans. Nouilles à la margarine, beurre de pinottes, et beaucoup de sucre pour tenir le coup. Pas de téléphone, pas de courriel, je passais mon temps à lire, écrire mon journal. Ma vie était glauque.

On a de la misère à croire ceux qui se disent sans amis, néanmoins il arrive que ce soit la vérité. J’étais toute seule pour vrai, et je n’allais pas très bien dans ma tête… Qui aurait voulu d’une dépressive perpétuelle comme amie? Où était ma place dans notre monde?

Alors je me retrouve dans ma chambre, devant ma télé 12 pouces en noir et blanc et vert, il fait frette et c’est le soir du nouvel an : dans cinq minutes Dominique Michel va dire bye-bye à 1998. Ça y est, on est en 1999. À la télé, on boit du champagne sous une pluie de confettis. Et moi je pleure et je pleure sur mon sort. Sans amis et sans famille, pas d’argent, pas de boulot, pas de futur… Vous auriez fait quoi, vous?

Brailler un bon coup, ça épuise, alors j’ai fini par m’endormir. Il n’y avait rien d’autre à faire. Soudain, à quatre heures du matin, surprise infinie, ça cogne à la porte. C’est mon voisin Patrick. Le poète, béesse comme moi, et passablement saoul. J’imagine que j’étais drôle à voir quand je lui ai ouvert la porte, éblouie par le néon blanc du corridor, les yeux bouffis et la tête hirsute, tout mon être encore enveloppé dans le brouillard du sommeil.

-Val!! Bonne année, Val! Mais… quesse-tu fais toute seule, voyons donc, tu dormais?? Mais c’est la nouvelle année!!

-Euh… Ben… Euh… Y est quelle heure, là?

-Eille, checke ça, mon père m’a donné une bouteille de Codorniu! Ça te tente-tu?

Il n’y a pas grand-chose de plus à vous raconter. On a bu sa bouteille de mousseux dans des tasses à café, on a jasé, on a ri, on a fumé des rouleuses, j’ai mis du Lou Reed dans mon tape à cassettes, puis des Rolling Stones, puis du CCR, et c’était la fête. Tout simplement. C’est la fête quand tu découvres que tu as un ami.

Pat, je l’avais croisé quelques fois dans le corridor. Faut croire que les toilettes communes, ça favorise les rapprochements… Mais jamais je n’aurais cru qu’il penserait à partager sa bouteille de Codorniu, un jour, avec moi, à quatre heures du matin.

Les amateurs de romance et d’érotisme seront déçus, car après m’avoir donné un simple bec sur la joue et un câlin, Pat est reparti se coucher de son bord et Val aussi. Aucun doute là-dessus, Patrick le poète aurait bien aimé finir sa nuit du nouvel an dans le lit de la jolie Valérie. Mais ce n’était pas dû pour arriver, à ce moment-là…

Trois mois plus tard, nous étions amoureux, et ma vie était un peu plus légère. Un peu.

J’ignore pourquoi j’ai choisi de vous raconter cette histoire plutôt qu’une autre… J’espère que ce n’était pas trop misérabiliste… J’imagine que j’aime, en quelque sorte, me remémorer ce passage étrange et sombre de ma vie. Ainsi, aujourd’hui, je vis les moments joyeux plus intensément que jamais!

Ceci dit, chin-chin, bonne nuit, et vive la fête!

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