La blague du lundi (suivi de Échec et Maths)

C’est l’histoire d’un gars qui voulait une grosse mite.

 

 

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J’étais assise à la lourde table en chêne massif de la salle à manger. Je venais de passer un sale quart d’heure pour avoir oublié mon livre de maths à l’école et la contrariété m’avait fait monter les larmes aux yeux. Ma mère, qui avait décidé de prendre les choses en main, avait appelé une voisine, avait pris en notes l’énoncé du problème de maths (devoir à faire pour le lendemain), puis s’était installée à côté de moi sur le banc.

– « Si j’achète deux bouteilles de jus d’orange à 1 franc l’unité, deux boites de thon à 2 francs l’unité et neuf saucisses sèches à 4 francs l’unité… Peux-tu me dire… Petit tas. Quel sera le prix des deux bouteilles de jus d’orange? »

Je la regardais, interloquée.

– Je comprends pas.

– Si j’achète DEUX bouteilles de jus d’orange à UN franc l’unité, DEUX boites de thon à DEUX francs l’unité et NEUF saucisses sèches à QUATRE francs l’unité… Petit tas… Quel sera le prix des deux bouteilles de jus d’orange?

Voilà qu’à la honte d’avoir oublié mon livre de maths s’ajoutait la frustration de l’incompréhension. Qu’est-ce que c’était que ce petit tas? Un petit tas de quoi?

– Je comprends pas le petit tas, lui fis-je, le front plissé par l’angoisse naissante de ne pas être à la hauteur du problème.

Et ma mère, qui en rajoutait en plombant les chiffres d’une emphase exaspérée, prolongeait l’agonie en répétant  l’énoncé, encore et encore. Elle articulait comme si je souffrais de difficultés auditives. Mes joues étaient en feu et mon QI fondait à mesure qu’elle soulignait mon incompétence.

– Si j’achète DEUX bouteilles de jus d’orange à UN franc l’unité, DEUX boites de thon…

Et toujours, le petit tas revenait, me plongeant dans un abîme de perplexité.

Dans la famille, on persévère. Les DEUX, les QUATRE, les UN étaient soulignés, puis encadrés, puis bombardés de flèches avant de se faire souligner de nouveau. (Mais toujours rien sur le fameux petit tas.)

Je ne souviens pas combien de fois elle a du reprendre l’énoncé du problème – assez pour achever tout semblant de patience – et j’éclatai finalement en gros sanglots de petite fille seule au monde dont la mère avait oeuvré de connivence avec le livre de maths pour lui prouver qu’elle était bonne à rien.

L’énigme du petit tas a fini par débloquer (sans doute par l’introduction d’un « petit B », ce qui n’a pas nécessairement amélioré mon estime de soi sur le coup). Aujourd’hui, par contre, chaque fois que j’y repense, l’anecdote déclenche chez moi un gloussement amusé peu élégant.

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4 réflexions sur “La blague du lundi (suivi de Échec et Maths)

  1. God, j’ai été en haleine tout au long du temps, et arrivé à la fin, je ne comprends pas plus!!! Alors je partage ton angoisse de petite fille…. 😀 Petit bas? Ça rime à quoi?

      1. Dans la première phrase?
        Ouais je pense que c’est pas clair mon affaire…
        C’est « Petit A, petit B, petit C… »

        Comme dans:
        a) Quel sera le prix des deux bouteilles de jus ?
        b) Quel sera le prix des deux boite de thon ?
        c) etc…

        Ma mère lisait l’énoncé en incluant le « petit a » (avec la liaison, évidemment) et j’avais fait une fixette dessus.

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