Comme moi

je me promène sur la rue
et fais peur aux enfants
ils rigolent
me complimentent
à propos de mon déguisement
la crasse sur mes vêtements
les effraient
et mon odeur
leur lève le coeur

certains me donnent des bonbons
qu’ils pigent avec soin
dans leurs citrouilles
de leurs petites mains
belles à croquer
j’en avale quelques uns
(bonbons)
entre deux bières
le sucre me fait du bien
ça me donne un high

je souris plus facilement
jusqu’au moment où
un gars déguisé en Jason
s’arrête pour me demander
où j’ai acheté
mes fausses dents
«sont dégueulasses!»
me vient le goût
de l’envoyer chier

mais j’dis «ça, mon homme,
c’est ben d’la job,
et pis surtout…
ben d’la bière!»
clin d’oeil
grimace
hochement de tête
pas trop sûr
je me rouvre une bière

les enfants sont beaux à voir
ce soir
v’là cinquante ans
je passais l’Halloween
avec mes parents pis mon frère
deux Indiens un cow-boy
pis une chanteuse de saloon

l’année d’après
mon père sacrait le camp
ma mère nous ramenait Conrad
à travers sa dépression
un beau-père exemplaire
qui prenait plaisir à jouer
dans le noir
avec nos bizounes

ces enfants-là
qui passent devant moi
faites qu’ils deviennent pas
des monstres
à l’année longue
sept jours sur sept
vingt-quatre heures sur vingt-quatre

car y’a rien de plus terrible
que de pas se reconnaître
quand on se regarde
à la va-vite
dans le miroir des toilettes
d’un restaurant miteux
et qu’on se fait peur
soi-même

comme moi

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2 réflexions sur “Comme moi

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