Halloween

Ce soir c’est l’Halloween, une fête comme il n’en existe pas d’autres : cette nuit ce sera la nuit des morts.

Cette fête, c’est ma préférée. Je m’y prépare toute l’année, un coup je me fais pousser les cheveux, une autre fois je me fais pousser les dents. On comprend mieux la souffrance du vampire quand nous-même on s’est fait pousser les dents, parce que ça fait quand même mal, on dort le jour, on se réveille la nuit, c’est insupportable.

En tout cas ce soir je serai le plus beau des laids, ça je me l’promets.

J’ai quand même de l’expérience dans le domaine, des Halloweens, j’en ai connues,  j’en ai vécues, j’suis plus un novice. Je commence à maîtriser cet art qui consiste à figer un air stupéfait sur le visage des étrangers qu’on rencontre au détour d’une rue désertée; un air d’abord émerveillé, puis inquiet quand on joue bien la comédie, mais qu’on espère toujours livide et paniqué.

Le best, c’est de les faire chialer, pas les grands bien sûr, mais les plus petits, ceux qui n’ont pas encore compris que l’halloween, c’est du sérieux, c’est une vraie représentation, je suis un artiste, je dois créer un effet, je dois faire sensation, marquer les esprits.

Ce soir je serai un monstre, je ferai des heuuu et des haaaaw, je laisserai traîner une de mes pattes, comme si elle se détachait de mon corps, dans un crissement de feuilles rouges et jaunes cristalisées par le froid qui règne certains soirs d’octobre; je brandirai les mains en l’air, les paumes vers le bas et les poignets repliés au niveau des épaules sous un grand drap blanc reflétant sous la lumière des lampadaires mon hideuse monstruosité. Tous y z’auront peur,  ça j’le garantis.

D’habitude j’aime pas faire peur, parce que c’est pas bien, et puis ça me fait peur.

Mais ce soir j’ai le droit, et puis c’est pas moi qui fait peur, c’est mon personnage, car ce soir c’est l’halloween et j’ai envie de rassurer personne. C’est quand même la fête des morts et de la terreur, on a des fait films mémorables là-dessus, que j’ai pas vus, c’est sûr, j’ai pas l’droit, mais c’est mon grand frère qui m’la dit.

Alors j’irai, cette nuit, avec mes copains hanter les ruelles de mon quartier, et j’le dis, même les chats y z’auront intérêts à pas nous croiser. J’ai regardé la météo toute la semaine, la nuit sera froide et noire, une pluie sera tombée, la lune sera pleine, peut-être traversée par un balai, en somme le décor sera planté, et nous, morts-vivants d’un instant, nous irons d’une porte à l’autre mériter le temps d’une chanson un butin sucré et fort recherché.

« Trick or treat ! » Voilà, les mots sont lâchés. Je les ai jamais compris mais ça m’a toujours rapporté; d’habitude j’laisse mes chums les prononcer.

À la fin du spectacle, c’est à dire à la fin de la soirée, pour me féliciter, on m’aura recouvert non pas de fleurs, non ça, surtout pas, mais plutôt de bonbons et de chocolats, ça oui, j’adore.

Ce soir, quand j’irai me coucher, j’imaginerai que j’habite cette maison hantée, là haut, près de chez moi, oui, celle ou d’habitude j’ose pas aller, même le jour.

Oui ! Ce soir je serai un monstre qui fera des heuuuu et des haaaaaw et je mangerai du chocolat.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s