Jusqu’à toi

J’ai traversé ton cœur en lambeaux, rasé par la guerre, défriché par les bombes qui ont massacré ton passé. Il faisait froid et noir, on n’y voyait rien. J’avançais à tâtons dans les ténèbres et les vestiges de ton âme saccagée.
Je ne te voyais pas.
Tu ne m’entendais pas.
Il n’y avait rien, ni pluie ni vent, pour laver et réparer les dégâts. Ça sentait la mort et le gaz.
Le mal avait été fait.
Arrivais-je trop tard?

Quand j’ai passé la barricade, on n’entendait plus les bombes.
Cadavres de rêves gisants au sol.
Les maisons que tu avais construites étaient arrachées.
Le paysage, défiguré. Les jardins, bombardés.
J’ai sorti ma grosse cloche et je me suis mis à la faire sonner.
J’ai tenté de réveiller ce qui restait de vivant sur ce terrain en ruines, en vain.
J’ai erré, cloche au bout du bras, frappant de toutes mes forces sur ce gong de l’espoir, hurlant ton nom dans le noir.

Je me suis découragé.
J’ai eu peur.
J’ai pensé fuir.
Je me suis ravisé.
Et j’ai hurlé, encore plus fort.
Pour réveiller la mort.

Épuisé, je me suis assis et j’ai pleuré.
Longtemps.
Jusqu’à créer un mince filet qui s’est mis à couler et à circuler dans les sillons de ton sol dynamité.
Glissade de larmes cherchant ton chemin.
Flot d’amour et de vie dans tes plaies meurtries.
J’ai dû pleurer un bon moment parce que le filet est devenu ruisseau.
Et à un certain moment, j’ai entendu un oiseau chanter.

J’ai déposé ma cloche.
Un grand vent m’a soulevé. J’ai été poussé dans la poussière jusqu’à percuter un tronc d’arbre arraché.
Je suis tombé.
C’est là que je t’ai entendue respirer.
Comme une chienne essoufflée.
Brebis égarée.
J’entendais ton cœur brisé.
C’est là que je t’ai retrouvée.
Toute en miettes et effilochée.

Ta bouche buvait à même ma rivière.

Je t’ai soulevé comme une mariée. J’ai embrassé ton front brûlant. Tu as ouvert les yeux et as tenté de sourire.
C’est là que j’ai su que tu allais guérir.
Que tu étais la femme de ma vie.
Qu’on allait se reproduire.

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4 réflexions sur “Jusqu’à toi

  1. C’est rough, si l’on prend le temps de ressentir, de se mettre à la place de celui qui cherche l’autre… Et même à la place de l’autre! Foutue guerre!

    1. Wow! Beau commentaire!
      J’voyais ça plus comme le chemin à faire vers quelqu’un de briser par en-dedans, quelqu’un qu’on aime éperdument. Quelqu’un qui a tellement le coeur brisé qu’il ne se relèvera peut-être jamais.
      La guerre des coeurs des hommes.

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