Surprise à l’école

Ce n’était pas un matin comme tous les autres.  Depuis quelques jours, on sentait lentement monter l’ambiance de Noël dans l’école. Les décorations traditionnelles étaient sorties des placards pour orner les corridors de boules géantes et de guirlandes étincelantes.  La cafétéria avait des airs de Fêtes; un grand sapin illuminé trônait au milieu des tables pliantes, mais la tourtière au menu n’avait rien à voir avec le plat généreux mitonné par une grand-mère. Il fallait la noyer dans une mer de ketchup et l’avaler sans y penser.

Ce jeudi-là, les enfants de la maternelle étaient excités: ils allaient bricoler avec leur professeure une carte de Noël à envoyer la semaine d’après à une personne seule qu’ils connaissaient, et à qui ils voulaient faire plaisir. Rachel leur répétait souvent que l’amour qu’on porte aux autres par nos gestes est beaucoup plus précieux que n’importe quel cadeau. Ça rend heureux de rendre les autres heureux, disait-elle, et le bonheur, quand on le donne, il nous revient souvent au centuple.

Ils venaient à peine de commencer à découper des cartons colorés lorsqu’un grand bruit se fit entendre dans le corridor. Boum-boum-boum – on aurait dit des tambours. Les enfants figèrent sur-le-champ et ouvrirent de grands yeux, questionnant du regard leur professeure. Le sourire un peu crispé, l’air inquiet bien malgré elle, Rachel alla jeter rapidement un coup d’œil à travers la fenêtre de la porte de sa classe. Quelques secondes s’écoulèrent tandis que les coups se rapprochaient.  Mais un large sourire se dessina finalement sur son visage. Rachel se tourna vers ses élèves, ouvrit la porte et d’un grand geste du bras, elle annonça l’arrivée d’un visiteur.

Un ballon à l’hélium fit irruption dans la pièce. Puis un second. Puis une dizaine. Un joli lutin aux couleurs de Noël, qui portait les ballons, glissa sur ses chaussons à grelots jusqu’au bureau de Rachel. «Wow!» s’exclamèrent les enfants. Le lutin leur fit un clin d’œil.

Dans sa main droite il tenait un fusil à bulles. Il leva prestement son bras bien haut dans les airs et de puissants POW-POW eurent tôt fait de remplir la classe d’une mer de bulles brillantes qui installa sur-le-champ une ambiance très festive.  Les enfants éclatèrent de rire et se levèrent pour applaudir. Ce n’était pas fini! On entendait toujours d’autres coups résonner très fort dans le corridor… Sans plus attendre, des chérubins tout souriants entrèrent dans la classe, frappant avec vigueur la peau de leur tambours dorés. Ils fûrent rapidement suivis par des fées étoilées qui portèrent chacune une flûte à leur bouche. Un air de Noël, beau à couper le souffle, jaillit alors de leurs instruments. La magie opérait! Les yeux des enfants brillaient de mille feux.

Sans jamais prononcer un seul mot, la fanfare tira sa révérence et s’en alla joyeusement par où elle était venue, s’éloignant dans le corridor pour émerveiller une autre classe.

Rachel referma la porte doucement, un grand sourire aux lèvres. Elle-même était fascinée. La direction lui avait dit qu’ils préparaient une surprise pour les élèves, mais elle n’aurait jamais imaginé une pareille mise en scène!

Elle revint s’asseoir sur son bureau, devant ses élèves qui rigolaient et gazouillaient bruyamment comme des oiseaux au printemps. La joie. La joie pure!

« Les amis, écoutez-moi! » lança-t-elle d’un ton enjoué.

Le silence se fît peu à peu et des regards lumineux se tournèrent vers elle.

« Ce matin la joie est entrée dans notre classe sous la forme d’une fanfare. Ça vous a rendu heureux, n’est-ce pas? Je suis certaine que vous comprenez encore mieux, maintenant, comment le bonheur se transmet, et à quel point il est contagieux. Nous faisons justement la même chose, ce matin! Nous envoyons de la joie en cadeau à une personne qui en a besoin, sous la forme d’une belle carte. Notre bonheur se rendra jusque dans son coeur, et mon petit doigt me dit que cette personne aura sûrement le goût, elle aussi, de partager son bonheur! Alors prenez vos crayons, et dessinez-lui la plus belle carte que vous pouvez! »

Les enfants s’appliquèrent cet avant-midi-là avec une attention toute particulière. Une atmosphère sereine, pleine d’amour, flottait dans la pièce.

Et si on avait tendu l’oreille, on aurait pu entendre les anges voler.

***

NDLR : Cette histoire aurait pu s’être déroulée dans n’importe quelle école, comme celle de Sandy Hook à Newtown jeudi dernier; mais, alors, on n’en aurait pas parlé. Un proverbe chinois dit que «l’arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse». Personne ne peut prévenir l’imprévisible, ni comprendre l’incompréhensible. Nous pouvons seulement choisir de contrer la violence et la souffrance par la solidarité et par l’amour. Paix aux âmes en peine. Le plus important, toujours, c’est de garder espoir.

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4 réflexions sur “Surprise à l’école

  1. C’est joli, le début fait un peu peur, mais c’est bien, ça nous rappelle de ne pas trop nous fier aux apparences! Gardons espoir… 🙂

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