Absence

« Les échauffements sollicitent en douceur les articulations et les préparent à une activité plus intense.»

Mais laquelle !

La ville est sous un blizzard urbain.

Les exercices et postures douces pour modeler ma silhouette et garder la ligne c’est vraiment pas pour moi !

J’ai froid !

Je rentre chez moi une bouteille sous le bras.

Si certains recherchent l’oubli dans la sueur des mouvements répétés comme des mantras,

moi c’est l’absinthe qui me donne ma dose d’absence.

*

*

Ligne et équilibre – Édition Hachette – 2ième phrase page 10

Un verre de génie


« Et pourtant, nous gaspillons nous-mêmes constamment notre temps.  La vie est ainsi faite de paradoxes : nous passons des heures à faire ce que nous n’aimons pas, puis nous prenons plaisir à faire des choses qui ne nous mènent à rien. »

Clothaire leva son verre d’absinthe en direction de Guérande et l’avala d’un trait. Il fit une légère grimace, poussa un rot et pris un morceau de tabac à chiquer.

« Tu vois, Guérande, quoi qu’en dise les bonnes gens, je ne suis pas un ivrogne – je ne perds pas mon temps, ici. L’absinthe éclaircit mes pensées, et mes pensées font avancer le monde. »

Guérande leva un sourcil. Elle essuyait des coupes à vin derrière le bar.

« Douterais-tu de moi, Guérande? Toi qui me vois ici réinventer le monde tous les soirs? Tu connais bien mes théories, mes secrets de philosophie, mes rêves pour l’humanité. »

Guérande jeta son torchon sur le comptoir.

« Écoute-moé ben, Clothaire. J’pu capable de t’entendre déblatérer tes maudites affaires! Tu viens ici chaque jour perdre ta salive à m’faire perdre le temps que j’pourrais passer à penser aux choses que j’devrais faire au lieu d’être icitte à curer des planchers pis à faire briller des verres. M’a te l’dire, moé, c’que j’pense de toé Clothaire… M’a te l’dire, moé!!! »

Clothaire venait de s’endormir sur le comptoir. Guérande, la bouche grande ouverte, le regardait d’un air choqué.

« Ah ben corne de boeuf. Pis après ça, ça ose dire que ça perd pas son temps.»

Guérande tourna le dos, agrippa furieusement une bouteille, se versa un verre d’absinthe et le leva en direction de Clothaire.

« Ben à ton excellence, mon Clothaire! Tu bas ton record de dix-huit minutes: ça c’est d’l’efficacité mon homme!»

Elle avala son verre d’un trait – sans grimacer, le rinça et l’essuya avec rage.

Le lendemain, Guérande ne vint pas travailler. À Clothaire qui lui demandait, le patron affirma tristement que la folie était montée à la tête de sa fille.  Elle remplissait depuis le matin de jolis petits pots de liège avec le sel du marais et elle disait vouloir les vendre à prix d’or au marché. « Elle en vendra pas un seul en deux cents ans, bougre d’idiote! Le sel: on n’a qu’à se pencher et à le ramasser! »

Clothaire commanda un verre d’absinthe. Dans ses yeux brillait de l’amusement. Il se tourna vers un homme assis à ses côtés, leva lentement son verre dans sa direction et avala le précieux liquide d’un trait.

« Cher monsieur, nous n’avons qu’une seule vie à vivre; aussi devrions-nous passer des heures à faire ce que nous aimons faire, et prendre plaisir à faire les choses désagréables qui nous feront avancer. »

L’homme se tourna vers Clothaire, intrigué.

Clothaire prit une bouchée de tabac à chiquer, se mit à mastiquer, commença à déblatérer…

Dix minutes plus tard, il dormait.

***

* La première phrase de ce texte est la deuxième phrase de la page 10 du livre 18 minutes écrit par Peter Bregman.

Peter-BREGMAN-18 minutes

L’absente

Elle a l’élégance glacée d’une statue de bronze. Malgré les circonstances, malgré la colère noire qui la ronge du dedans, Madame a pris le temps de relever ses cheveux longs et d’enfiler sa robe de chambre de soie verte.

Suspendue dans une pose qui exprime tout son mépris, elle sonde, fouille, dissèque du regard les faces contrites du petit personnel. Jeanne, la femme de chambre, se tord les doigts nerveusement.

Hier soir, quelqu’un est entré dans le fumoir de Monsieur alors que celui-ci est en déplacement d’affaires de l’autre côté du pays. Quelqu’un a ouvert son cabinet d’alcool personnel, brisé un verre et volé la bouteille d’absinthe tant prisée par Monsieur.

Jeanne s’était rendue compte du méfait tôt ce matin alors qu’elle commençait sa ronde de lavage. Elle avait vu la porte grande ouverte du fumoir, les éclats de verre éparpillés sur le tapis.

Madame se targue toujours d’embaucher un personnel irréprochable. Elle se sent bafouée par l’affront; ses muscles maxillaires durcissent sous l’effet de sa rage et sculptent des renflements dans le bas de son visage autrement parfait. Elle ne comprend pas – qui de ses trois domestiques aurait pu commettre un tel acte? Faudrait-il qu’elle les punisse tous, puisqu’aucun d’entre eux n’avouait?

–       « Je vous donne dix minutes pour rapporter la bouteille. Pas une de plus. »

Sur ce, elle tourne les talons et remonte à l’étage réveiller sa fille Eugénie. Elle la trouvera effondrée et en sanglots au chevet de son petit frère qu’elle a plongé dans un coma éthylique.

* Source : Yôko Ogawa, « La piscine – les abeilles – la grossesse »,  éd. Babel  p.10, 2ème phrase. 

Reflux d’assommoir…

« – Comme je le disais, j’appartiens à la défense passive*. Et depuis 1935 en plus! »

Me voici donc en train de leur raconter ma vie. Elle est foutue cette vie. Quand tout sera dit, ils me pendront pour mon crime. Ils sont tous là à me regarder et à m’écouter. Le commissaire, les gendarmes, et même ce petit détective belge, rondouillard avec ses grosses moustaches et son front de crâneur… C’est à cause de lui que je me retrouve à raconter ma fin.

Ils sont venus me chopper à mon endroit de beuverie de prédilection : La gargote du père Pigeon. Ici l’absinthe est bien forte, et le client peut se la préparer à son goût, tranquillement. J’aime la place avec ses peintures d’œuvres du grand maître… Celui qui faisait plein de si beau Degas…

Et ce décor qui rappelle le temps de la guerre Franco-Prussienne, époque ou la « Fée verte des boulevards »  était si prisée par la bourgeoisie.

« – Pour qui sonne le glas?», ajouterait Hemingway s’il me voyait en ce moment même, abattu comme un mauvais Robert Jordan, maintenant que tout va mal, que j’aVal-de-Travers, Suisse comme Normand, Roman du berceau. Absinthe qui rend fou…

***

Rituel : Verser la liqueur à base de plantes dans un verre et dessus, déposer une cuillère trouée sur laquelle vous déposerez un morceau de sucre que vous ferez fondre en coulant presque au goutte à goutte l’eau destinée à diluer l’herbeux breuvage.

***

J’arrête de raconter. Je bois par petites gorgées mon dernier verre de « Bleue ». Le sucre goûte amer. C’est le carré que j’avais préparé au cas-où… Imbibé de strychnine, il suffisait de le diluer dans mon verre. Un vrai coup d’assommoir!

Alors que je me cale bien au fond de la banquette, ma vue se brouille et la douleur qui monte en moi me fait perdre toute notion avec la réalité. Je ne peux qu’entendre la vague agitation autour de ma table et surplombant le tout, cette vieille chanson… Ah! Ça non, qu’ils ne me pendront pas! Je vais m’endormir pour toujours, voici ma berceuse…

***

« Quelle est donc cette plainte
    Lourde comme un sanglot…

Entends-les qui se traînent
Les pendus de Verlaine
Les noyés de Rimbaud

Que la mort a figé
Aux eaux noires de la Seine. »

 


* Source : Agatha Christie, Oeuvres complètes. « Le flux et le reflux », p.10, 2ème phrase…

Le futur du magasin

le futur du magasin couverture

 

Le magasin général de la famille Marchand fut longtemps une charmante petite entreprise, essentielle au village de Ste-Joie-de-la-Vallée. Quatre générations successives de Marchand y travaillèrent, faisant du magasin un symbole de réussite. Mais les temps ont bien changé à Ste-Joie… Dans les cinq dernières années, une autoroute fut construite près du village, défigurant le paysage idyllique, et les pétitions des villageois se révélèrent bien inutiles contre ce progrès. Puis une banlieue-dortoir apparut, poussant aussi vite qu’un champignon. Mais tout cela n’est rien à côté des nouveaux défis qui attendent les Marchand. D’un côté, il y a la famille Bucks, qui vient de faire son arrivée à Ste-Joie. Et les Bucks, promoteurs sans scrupules, ne reculeront devant rien pour finaliser la construction de leur Wal-Mart-Géant. De l’autre côté, il y a cette mystérieuse cantatrice italienne, étrangère en visite au village… Elle affirme être à la recherche d’un bûcheron porté disparu, mais elle semble aussi détenir des secrets compromettants pour la famille Marchand… Le futur du magasin est menacé! Mais les excentriques jumeaux Adèle et André Marchand, héritiers du magasin, sont dotés d’une énergie et d’un optimisme inébranlables… et ont plus d’un tour dans leur sac…

Une saga familiale rocambolesque, teintée d’humour absurde… Une critique subtile de notre société de consommation… Un premier roman écrit comme un pastiche tendre de notre littérature classique du terroir…

La rage de papier

La ra.php

Pierre-Luc Rivard, vivait une petite vie tranquille, mi trentaine, CEO d’une grande compagnie, beau et bien musclé, il prenait bien soin de lui. Manucure à toute les deux semaines, gym à tous les jours. Il ne buvait pas trop et mangeait sainement. Il passait ces temps libres à lire ou à se promener dans les parcs de la ville avec son appareil photo. Il était le fils que dont toutes les mères rêvent, le gendre que tous les pères désirent et l’envie de toute les femmes. Cependant tout allait changer.

À son réveil le 24 janvier 2010, il su immédiatement que sa petite vie venait de prendre un tournant vers l’enfer.  Des mots envahissaient sa tête. Même après son café matinal et une bonne douche chaude, il ressentait un chaos complet dans son esprit. Il devait trouver un moyen d’évacuer ce surplus. Il se retrouva cependant prisonnier de son appartement puisque le contact avec le monde extérieur lui donnait une nausée incroyable. Une feuille de papier et un crayon permirent à Pierre-Luc de se procurer un peu de bien-être. Cependant au fur et à mesure qu’il couchait sur papier les mots de son esprit ceux-ci étaient rapidement remplacer par d’autre. Les heures avançaient, le jours devint la nuit et Pierre-Luc ne pouvait plus s’arrêter. Il avait une rage de papier qui n’était jamais assouvie.