Reflux d’assommoir…

« – Comme je le disais, j’appartiens à la défense passive*. Et depuis 1935 en plus! »

Me voici donc en train de leur raconter ma vie. Elle est foutue cette vie. Quand tout sera dit, ils me pendront pour mon crime. Ils sont tous là à me regarder et à m’écouter. Le commissaire, les gendarmes, et même ce petit détective belge, rondouillard avec ses grosses moustaches et son front de crâneur… C’est à cause de lui que je me retrouve à raconter ma fin.

Ils sont venus me chopper à mon endroit de beuverie de prédilection : La gargote du père Pigeon. Ici l’absinthe est bien forte, et le client peut se la préparer à son goût, tranquillement. J’aime la place avec ses peintures d’œuvres du grand maître… Celui qui faisait plein de si beau Degas…

Et ce décor qui rappelle le temps de la guerre Franco-Prussienne, époque ou la « Fée verte des boulevards »  était si prisée par la bourgeoisie.

« – Pour qui sonne le glas?», ajouterait Hemingway s’il me voyait en ce moment même, abattu comme un mauvais Robert Jordan, maintenant que tout va mal, que j’aVal-de-Travers, Suisse comme Normand, Roman du berceau. Absinthe qui rend fou…

***

Rituel : Verser la liqueur à base de plantes dans un verre et dessus, déposer une cuillère trouée sur laquelle vous déposerez un morceau de sucre que vous ferez fondre en coulant presque au goutte à goutte l’eau destinée à diluer l’herbeux breuvage.

***

J’arrête de raconter. Je bois par petites gorgées mon dernier verre de « Bleue ». Le sucre goûte amer. C’est le carré que j’avais préparé au cas-où… Imbibé de strychnine, il suffisait de le diluer dans mon verre. Un vrai coup d’assommoir!

Alors que je me cale bien au fond de la banquette, ma vue se brouille et la douleur qui monte en moi me fait perdre toute notion avec la réalité. Je ne peux qu’entendre la vague agitation autour de ma table et surplombant le tout, cette vieille chanson… Ah! Ça non, qu’ils ne me pendront pas! Je vais m’endormir pour toujours, voici ma berceuse…

***

« Quelle est donc cette plainte
    Lourde comme un sanglot…

Entends-les qui se traînent
Les pendus de Verlaine
Les noyés de Rimbaud

Que la mort a figé
Aux eaux noires de la Seine. »

 


* Source : Agatha Christie, Oeuvres complètes. « Le flux et le reflux », p.10, 2ème phrase…

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2 réflexions sur “Reflux d’assommoir…

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