Leçons d’enfant, devoir d’adulte

Un enfant ça tombe et ça se relève,
ça détruit et ça reconstruit,
ça pleure et ça rit.

Un enfant ça apprend et ça enseigne,
ça prend et ça donne,
ça déboussole et ça fascine,
ça enrage et ça taquine.

Un enfant ça chuchote et ça crie,
ça accuse et ça pardonne,
ça questionne et ça invente.

Un enfant ça ennuie et ça amuse,
ça oblige et ça libère,
ça condamne et ça console,
ça étourdit et ça rend zen.

Un enfant ça déteste et ça adore,
ça fuit et ça colle,
ça boude et ça rigole,
ça fige et ça ose.

Relire ce texte une deuxième fois pour une réflexion profonde
et pour que je vous aie fait lire 400 mots – notre contrainte de la semaine.

Vous savez, un enfant ça joue, et des fois ça triche.
Un adulte aussi!
Des fois.

***

L’enfant humain est en permanente construction de lui-même.
C’est un rénovateur exceptionnel.
Il change constamment,
c’est ainsi qu’il évolue.

Bien des têtes empoussiérées gagneraient à être nettoyées
puis rénovées en profondeur.

Le printemps s’en vient,
c’est l’heure de la relâche pour Force de frappes
après 52 semaines d’écriture.
C’est aussi l’heure du grand ménage (de têtes).

***

MODE D’EMPLOI :

1. Branchez votre esprit en mode «Décore ta vie».

2. Non, ne décorez pas votre salon ou votre cuisine. La salle de bain non plus. Oubliez-ça.

3. Décorez votre vie en balayant les pensées qui vous polluent le cerveau. Soyez sans pitié : ça se recycle pas, ça se composte pas… Ça se ressasserait bien, mais ça vous donnerait rien!

4. Jouez comme un enfant – avec un enfant si possible (c’est toujours le professeur le plus efficace)

5. Souriez beaucoup et faites sourire les gens.

Satisfaction garantie.
Le plus merveilleux : ça coûte pas une cenne!
Alors bonnes rénovations!

P.S. On vous reviendra lorsqu’on sera… bien rénovés. 🙂

La grange

À l’âge de 13 ans, ma famille et moi sommes déménagés de Montréal à St-Édouard, petit village en banlieue de Napierville, banlieue de Laprairie, sur la rive-sud donc banlieue de Montréal! Petit hameau de quelques centaines d’habitants, des vrais… On avait loué une grosse maison verte sur le bord de la route, à l’entrée du village… On en a perdu des chats et des chiens sur cette route où les camions poids-lourds roulaient à tombeau ouvert. À l’arrière, deux granges, quelques pommiers, des champs et au loin, une porcherie.

Une de ces deux granges tenait encore debout, et avec mes amis et voisins, on en a aménagé une partie pour avoir, à défaut d’une cabane dans le bois ou dans un arbre, un endroit pour jouer. On avait enlevé les vieux trucs qui s’y trouvaient, balayé, frotté, nettoyé du mieux que l’on pouvait pour se faire un local, un genre de « club privé ». J’avais même déniché, je ne sais plus trop où, de petites épinglettes en forme de cornichons pour nous identifier comme membre de ce club ô combien select! Et on le portait fièrement les soirs et les week-ends, ce pickle! On ne pouvait se présenter au club si on ne l’avait pas épinglé sur soi, c’était la règle!

Dans ce club, il y avait Michel et France, sa plus jeune sœur. Je crois bien qu’elle avait un œil sur moi, maintenant que j’y repense! Moi aussi j’avais une sœur, mais je crois que je ne voulais pas qu’elle fasse partie de notre gang. Quand même! Ma sœur!

Faire de cet endroit une place de jeu fut pour moi un moyen d’exorciser un triste évènement qui s’y était produit dans les quelques jours suivants notre arrivée de Montréal. J’étais allé y jouer, en bon explorateur citadin, et j’y avais trouvé un genre de bidon de peinture avec un gros pinceau planté dedans. La mixture était épaisse, et dans ma tête d’enfant, cela aurait très bien servi de couvre plancher… Alors j’en avais étendu dans un coin, pour la laisser sécher et voir le résultat final plus tard. Je prévoyais déjà, si l’effet était satisfaisant, m’en servir pour les futures rénovations de cet endroit que je m’était déjà mentalement approprié… Quelques jours plus tard, j’y suis revenu et j’y ai trouvé Poussinnette, notre amour de vieille chatte qui était disparue depuis la veille, morte collée dans la flaque de cette glu épaisse qui était en réalité du goudron…

Le temps a passé, mes amis et moi sommes passés à d’autres jeux, dans d’autres granges… La nôtre à été rénovée par ma mère pour y accueillir une famille de six chèvres, et plus tard quinze poules et un coq qui me détestait…

Le temps passe encore, et je me souviens de cette époque où j’avais treize ans, une vie pas trop compliquée et somme toute assez joyeuse.

Voici une photo de moi et de ma sœur Élise avec Fanny, une des victimes de la route, à St-Édouard… Derrière? La grange!

Élise, Fanny et moi, 1983

Mon amant violet

Je dors dans le velours violet. Depuis combien de temps, je l’ignore. Je suis bien, même si je suis dans le noir. Je suis bien au chaud dans mon lit, mais je m’ennuie un peu. Le temps est si long loin de mon amant, et le silence est lourd…

Mais ceux qui prendraient mon lit pour un cercueil seraient dans l’erreur. Car je ne mourrai jamais. Je suis éternelle.

Je ne sais pas où je suis. Où es-tu mon amant? J’attends ton retour depuis si longtemps…

Je n’ai que mes souvenirs de toi. Ils sont gravés dans mon cou. Ils sont tatoués sur mes frettes, à jamais. Les souvenirs, c’est tout ce qu’il me reste…

Un jour mon amant m’a fait flamber sur scène, et j’ai vécu l’ultime orgasme. J’ai été brûlée vive, la mystique, la douloureuse extase! Mais j’ai survécu à l’incendie électrique. Car je suis éternelle.

Mon amant est le premier Héro. Il a emprunté des chemins inexplorés. Mon amant était un magicien enrobé de brume mauve… Mais j’ai peur pour lui. Il ne m’a pas prise dans ses bras depuis trop longtemps maintenant. Je crains qu’il n’ait fini par brûler sa vie par les deux bouts…

Soudain… on ouvre mon lit? Soudain la lumière m’éblouit. Est-ce mon amant, enfin?

Soudain un étranger se penche sur moi, un sourire de béatitude absolue sur les lèvres.

Je suis trimballée… évaluée… adorée et béatifiée… Soudain je suis derrière une vitrine. Et je crie nooooon, je ne suis pas faite pour le silence funéraire du musée! J’ai été conçue pour hurler et jouir, rire et pleurer, devant des milliers de spectateurs en délire!

Où es-tu, mon amant violet? Es-tu devenu une légende? Tes mains me manquent.

Psychobilly

On en a tellement fait ensemble!

Son souffle me fait vivre;

Il expire et je vibre,

Il inspire et je tremble…

 

On en a vu du pays!

De Ste-Agathe à Paris,

En passant par les plaines

d’Abraham et Moscou…

 

On en a festivé un coup!

De Tremblant, et de Jazz, de partout…

 

On en a côtoyé des grands!

De BB King à Léo Ferré,

En passant par Bigras et Pagliaro,

John Lee Hooker et Muddy Waters…

 

Je me vante de son souffle,

De mes aigües et de mes graves,

De sa sueur, de sa bave…

De son Psychobilly,

Rock-Punk-Blues-et-Rap…

 

Il en a embrassé tant d’autres,

Je ne suis qu’une des milles!

C’est quand même quelque chose,

D’harmoniser avec Jim Zellers!

Si je pouvais parler je dirais ceci

Quand il s’assoyait derrière moi, immédiatement je me sentais enveloppé, mon dos se lovait contre lui comme sur un lit douillet. Je devenais entre ses mains l’objet le plus précieux du monde. Il aurait facilement pu me broyer de ses dix doigts, mais il me chérissait et pinçait mes quatre cordes avec amour.

Au début, il grattait toujours un rythme doux puis, à travers ma caisse,les vibrations de sa voix immense s’ajoutaient à mes harmonies. Je paraissais minuscule, à ses côtés… ç’en était presque ridicule. Comment un ukulélé aurait-il pu faire autrement dans les bras d’un géant de 343 kilos?

Il est parti trop vite, à trente-huit ans. On aurait pu s’amuser encore longtemps, lui et moi. Ma carrière s’est arrêtée en même temps que sa vie.

On a jeté ses cendres à la mer à Mākua Beach; moi, on m’a remisé et scellé dans une vitrine d’exposition près d’une photo de nous deux, flanquée d’une affichette.

 

Iz et ukulele

Ukulélé ayant appartenu à Israel Kamakawiwo’ole
Le Doux Géant
Aloha, IZ! Mahalo!
Hawaii, 1997

 

 

 

Et quelque part au-delà de l’arc-en-ciel de flashs qui m’éclaire, parfois, il me semble l’entendre encore chanter:

Somewhere over the rainbow,
what a wonderful world…