La grange

À l’âge de 13 ans, ma famille et moi sommes déménagés de Montréal à St-Édouard, petit village en banlieue de Napierville, banlieue de Laprairie, sur la rive-sud donc banlieue de Montréal! Petit hameau de quelques centaines d’habitants, des vrais… On avait loué une grosse maison verte sur le bord de la route, à l’entrée du village… On en a perdu des chats et des chiens sur cette route où les camions poids-lourds roulaient à tombeau ouvert. À l’arrière, deux granges, quelques pommiers, des champs et au loin, une porcherie.

Une de ces deux granges tenait encore debout, et avec mes amis et voisins, on en a aménagé une partie pour avoir, à défaut d’une cabane dans le bois ou dans un arbre, un endroit pour jouer. On avait enlevé les vieux trucs qui s’y trouvaient, balayé, frotté, nettoyé du mieux que l’on pouvait pour se faire un local, un genre de « club privé ». J’avais même déniché, je ne sais plus trop où, de petites épinglettes en forme de cornichons pour nous identifier comme membre de ce club ô combien select! Et on le portait fièrement les soirs et les week-ends, ce pickle! On ne pouvait se présenter au club si on ne l’avait pas épinglé sur soi, c’était la règle!

Dans ce club, il y avait Michel et France, sa plus jeune sœur. Je crois bien qu’elle avait un œil sur moi, maintenant que j’y repense! Moi aussi j’avais une sœur, mais je crois que je ne voulais pas qu’elle fasse partie de notre gang. Quand même! Ma sœur!

Faire de cet endroit une place de jeu fut pour moi un moyen d’exorciser un triste évènement qui s’y était produit dans les quelques jours suivants notre arrivée de Montréal. J’étais allé y jouer, en bon explorateur citadin, et j’y avais trouvé un genre de bidon de peinture avec un gros pinceau planté dedans. La mixture était épaisse, et dans ma tête d’enfant, cela aurait très bien servi de couvre plancher… Alors j’en avais étendu dans un coin, pour la laisser sécher et voir le résultat final plus tard. Je prévoyais déjà, si l’effet était satisfaisant, m’en servir pour les futures rénovations de cet endroit que je m’était déjà mentalement approprié… Quelques jours plus tard, j’y suis revenu et j’y ai trouvé Poussinnette, notre amour de vieille chatte qui était disparue depuis la veille, morte collée dans la flaque de cette glu épaisse qui était en réalité du goudron…

Le temps a passé, mes amis et moi sommes passés à d’autres jeux, dans d’autres granges… La nôtre à été rénovée par ma mère pour y accueillir une famille de six chèvres, et plus tard quinze poules et un coq qui me détestait…

Le temps passe encore, et je me souviens de cette époque où j’avais treize ans, une vie pas trop compliquée et somme toute assez joyeuse.

Voici une photo de moi et de ma sœur Élise avec Fanny, une des victimes de la route, à St-Édouard… Derrière? La grange!

Élise, Fanny et moi, 1983

Publicités

2 réflexions sur “La grange

  1. Hon, pauvre ti-minou…
    Je l’aime ton texte Efpé! J’aime bien lire les souvenirs des autres et partager les miens. Ça me rappelle un peu mon enfance (de 0 à 18 ans à la campagne), nous aussi on avait un club, ça s’appelait « La Baboune ». On avait emménagé notre quartier général dans le grenier d’un hangar. Je m’ennuie d’être un enfant, parfois…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s