Will

Depuis quelques jours déjà, Henri et moi prenions soins de Will.
Il n’était vraiment plus lui-même depuis que cet inconnu, qui était arrivé avec la tempête du siècle de la semaine dernière, était reparti avec sa damné boite.
On avait eu beau essayer de le stimuler avec de la musique, des blagues, de la nourriture, rien ne le faisait plus réagir.
Un volcan aurait pu cracher son fiel à ses côtés que ça n’aurait rien changé à son état catatonique.
Alors tout en s’occupant de son commerce, et en essayant de trouver une solution pour rétablir la connexion entre lui et notre monde, on se remémora les événements…

http://efpecritures.wordpress.com/2012/06/28/la-boite/

Mystère

Petite boite

au contenu mystérieux

cadeau des dieux

 

forgé avec le feu

au centre de la terre

Expulsée il y a des millénaires

Dans une éruption spectaculaire

 

Passée de main en  main

de génération en génération

Source de  mythes et de légendes

 

petite boite

au contenant précieux

que contiens-tu?

Migraine

Impossible de se lever. La douleur fulgurante avait explosé en arrière de ses globes oculaires. Elle songea à ce volcan islandais dont la fumée crachée avait perturbé de nombreux vols au-dessus de l’Europe. Fuir la fumée. Fermer les yeux et demeurer immobile, empêcher la fumée-lumière de poignarder. S’enfermer loin dans sa tête, réduire son corps à sa boîte crânienne, puis laisser son esprit tourner en rond dans cette cage de douleur, se fracasser contre ses parois tel un papillon de nuit brisant ses ailes contre la vitre du salon, encore et encore.

Jusqu’au prochain signe de vie

On aurait pu être dans une scène du livre The Road de Cormac McCarthy: tout était gris autour et il pleuvait de la cendre.

On était là, Rosie et moi, sur le flanc du volcan, après avoir déjoué la sécurité par trois fois, on grimpait comme des fous, comme les derniers fous du monde, on avançait vers le sommet masques au visage, bâtons à la main et peine au ventre, on montait parce qu’on n’avait pas le choix, parce qu’on devait le faire, parce qu’il nous l’avait demandé.

On montait depuis quelques heures, on était presque arrivés d’ailleurs et j’ai proposé d’arrêter, mais Rosie a refusé. J’ai avalé une gorgée d’eau – ça goûtait le brûlé.

On a repris l’ascension. Une heure plus tard on était sur le bord d’une falaise au-dessus du cratère. Il s’étalait à nos pieds comme un grand lac d’une rondeur presque parfaite et sa surface était couverte de cendres. Le vent y dessinait des congères dans tous les tons de gris, c’était d’une beauté sombre et stupéfiante. J’ai ouvert mon sac à dos, j’en ai sorti la boîte. L’emballage était intact. Aucun de nous deux n’avait eu la force ou l’audace de l’ouvrir encore. De toute façon, il n’aurait pas voulu.

Rosie m’a dit « Tu veux que je l’ouvre? », et je lui ai donné mon canif. Elle a tranché le ruban adhésif d’un coup net, m’a fixé du regard, puis elle a ouvert la boîte. Dedans, sous le papier journal, y’avait une autre petite boîte. En bambou. Rosie l’a soulevée et elle s’est approchée de moi.

« Tu veux l’ouvrir? »

J’avais la gorge nouée. Mais j’ai ouvert. Papa était là. Mes yeux dans les yeux mouillés de ma soeur. Je me suis approché du cratère pour y verser doucement les cendres. Un coup de vent a soufflé, et ce qui restait de mon père a été emporté en-bas, le mêlant à tout le reste, l’unissant une bonne fois pour toute à la passion dont fût habitée sa vie, et lui assurant le repos…

Jusqu’au prochain signe de vie.

Un billet d’humeur

Les réservations m’ennuient terriblement. Elles finissent mal en général. C’est peut-être dû au fait que je n‘ai pas le talent d’anticiper. Je ne comprends d’ailleurs toujours rien au futur. Il me surprend à chaque fois.

Pif paf, un soir de bières déconnecté de la réalité et elles bondissent dans l’agenda, par en arrière. Une fin de semaine au chalet, le show d’un band qu’on n’aime même pas tant que ça ou un souper quelconque, pour n’en nommer que trois. Banal. Et d’arrêter de boire, mais ça, sans réserver.

Et puis le jour approche, et elles pressent l’horaire de ses temps libres. On se dit qu’il ne faut surtout pas annuler, qu’on ne veut pas faire le désespoir. Que ce plan qu’on pensait parfait est devenu une plaie! On a changé d’avis. Escalade de l’angoisse, le feu pogne dans les scénarios, des alibis se multiplient en fumée, vaut mieux prévenir sa liberté.

Sinon et guère mieux, bien impatient, on s’imagine le truc cent fois avant le grand jour et alors là, quand il se passe enfin, c’est comme déjà vu. Décevant, à dire vrai.

Planifier, pas pour les paresseux. Déprogrammer non plus. Du coup, je n’aime pas trop les billets.