En guise de fin du monde

Je viens d’un pays lointain, certains disent d’une autre planète. Seul homme d’affaires à des kilomètres, je suis affairé à voyager souvent. Cette vie me plait, j’aime les souvenirs, les petites choses qui s’accumulent au quotidien. Alors entre deux rendez-vous, j’erre dans les boutiques et les brocantes étrangères avec beaucoup de tendresse. J’ai ce don du hasard heureux, de tomber sur des objets typiques. Il y a des fois où je ne sais même pas de quoi il s’agit. J’avoue trouver ça d’autant plus intéressant.

Mais cette dernière trouvaille.

Dans une contrée louche, cette fois je me suis nanti d’une petite boîte magnifique avec des détails d’architecture inconnus, des vrilles sculptées, des formes organiques et un double fond tapissé d’un textile soyeux et raffiné. Elle, belle à en pleurer, moi, sous le charme. J’allais payer le gros prix pour en être fier propriétaire. L’argent n’était pas un problème. Je l’entendais me supplier de l’emporter avec moi.

De retour à la maison, quelques heures après avoir déposé la fameuse sur une table, mille et une créatures minuscules fourmillent dans mes appartements. Elles défient le bon sens de la gravité, passent en rang sur le plafond de la cuisine ou « à l’isolé » à travers les pièces de la maison. Elles portent dix fois leur poids sur le dos. Elles sont dodues et aiguisées. Rapidement, elles mangent la porte et sortent.

Elles bouffent tout.

Elles compostent tout sur leur passage, les charpentes, le cuir, les trottoirs. Elles ont des tons chauds d’orange, de rouge et de jaune, en meute on dirait des flammes. Elles se reproduisent et se déplacent trop vite pour en faire le contrôle. Quand elles en ont fini d’une place, elles suivent les chemins de fer et les autoroutes jusqu’à la prochaine.

Aujourd’hui, tapis dans les fossés et à l’orée des stationnements, nous voyons au loin autant de villes que de nids grouillants, des espèces de fourmis par millions de milliards, en masse aux intersections comme des éruptions volcaniques, rongeant dans le tissu urbain et crachant leurs fumures sans peine. Il n’y aura bientôt plus rien, je crois bien qu’elles nous mangeront.

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