La dent du chat

Je suis suspendu entre ciel et terre car j’ai perdu pieds – mon corps balance avec pour toute prise deux doigts plantés dans les fentes d’un surplomp – un toit dans le jargon de l’escalade

Je regarde le vide et cette vue imprenable en plongée sur le couloir du col de la dent du chat

Altitude 3 186 mètres

J’attends impuissant un dénouement insolite à cette périlleuse posture tant mes forces ne cessent de me fuir

J’aime penser que les bouquetins que j’aperçois gravir allègrement la paroi abrupte en aval viennent à mon secours

Je suis un pendule mortel

Puis mes pieds s’immobilisent – mon corps marque un arrêt

Je ne sais si ce sont mes doigts qui ont lâché ou la roche qui a cédé mais je tombe droit vers le sud droit vers le sol à une vitesse vertigineuse

À mi-chemin de ma chute je croise le regard d’un bouquetin – dernier contact avant la fin

Puis mon corps s’écrase dans un fracas de roche et d’os

J’ai perdu tout visuel

Toute sensation

Un nuage de poussière se dissipe lentement autour de moi – mon cri d’effroi intérieur s’est tu

Le reste aussi est silence

Une éternité semble s’écouler

Je devine alors à nouveau la lumière du jour – je ressens les rayons du soleil qui réchauffent ma peau

J’ouvre les yeux – je sens l’odeur du café et j’entends le chant des oiseaux

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