T’en fais pas!

Voilà, c’est aujourd’hui qu’était supposé être le plus beau jour de sa vie. Sans trop savoir quoi, elle s’était levée avec un drôle de pressentiment, une mauvaise impression.

Le (futur) mari allait bien, quoique encore amoché de son enterrement de vie de garçon de la veille. Sa sœur, sa mère et sa meilleure amie étaient là, prêtes pour l’aider dans les derniers préparatifs. Son père avait tenu à tout payer car voyez-vous « C’est pas tout les jours qu’un père marie son bébé »!

La robe, le traiteur, les musiciens, le bar, les décorations… Tout était parfait! Et pourtant…

*

En se levant, après une relativement bonne nuit, elle s’était cognée l’orteil sur le coin d’un meuble en allant à la salle de bain. Le petit orteil. Oh! Quelle douleur atroce, qui vous prend au cœur et vous enlève tout vos moyens pendant quelques secondes et vous torture pendant plusieurs minutes ensuite. Ce fut le premier souvenir qui lui vint à l’esprit :

C’est l’été, le matin, ell a huit ans, presque. Au chalet, elle vient de terminer son goûter. Elle a hâte d’aller rejoindre ses amies pour jouer. Elle court, juge mal les distances et crac! L’orteil sur une patte de table. Souffrance horrible, pleurs multiples.

C’est alors que sa tante lui avait dit en la consolant : « Ben voyons ma pinotte, fais-toi en pas, de toute façon, tu t’en rappelleras plus le jour de tes noces! »

« C’est raté Pauline, je me souviens! » avait-elle maugrée en vidant sa vessie et massant son orteil endolori.

Un peu plus tard, lorsque la faim lui avait prit les tripes, elle s’était préparé des rôties et du café. Celui-ci, trop chaud, lui avait brûlé la langue et la croûte des rôties, trop dure, lui avait écorché le palais. Bref : Douleurs!

Comme le jour ou sa grand-mère adorée lui avait préparé des beignets maison. Elle en avait piqué un de sa fourchette et se l’était carrément enfourné dans la bouche, avec pour résultat qu’elle s’était brûlée les lèvres et la langue assez cruellement. Elle avait eu la bouche en feu pendant deux jours, elle avait eu des cloches aux lèvres et ensuite des galles pendant plus d’une semaine. Souffrance horrible, pleurs multiples.

Et sa grand-maman lui disant : « Voyons ma cocotte, faut faire attention, c’est chaud! C’est pas grave tu vas voir. Tu t’en ressentiras plus le jour de ton mariage! »

« Oui Grand-Maman, je m’en ressens encore en y pensant! Ouch! » avait-elle pensé en prenant une autre gorgée de café brûlant.

*

Pendant toute la journée, à tout moment, lui revenait des souvenirs qu’on lui avait dit qu’elle n’aurait plus en cette journée de mariage. Que ce soit une poignée de porte dans le creux avant de la hanche, le pincement d’une aiguille à coudre, l’ongle cassé, la langue mordue, la coupure d’une feuille de papier… Même l’haleine du (futur) mari lui rappela un certain lendemain de veille assez pénible.

Malgré tout ce fut une belle cérémonie et le soir, en se couchant vannée et meurtrie de partout et de toujours, physiquement comme dans ses souvenirs, elle s’endormit en souhaitant que le lendemain, tout serait vraiment oublié…

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