Le vaillant voisin

Avant d’habiter mon appartement, j’avais déjà entendu dire des Chinois qu’ils étaient des travailleurs acharnés; depuis que je vis ici, des centaines d’observations sont venues conforter cette légende.  Dès le premier matin où j’ai pu l’observer par la fenêtre de mon salon, la famille qui habite le duplex en face de chez nous honorait la réputation favorable que s’est valu son peuple à propos de son ardeur au travail.

Avec patience et constance, plus particulièrement, mon vaillant voisin – dans la cinquantaine, bâti comme Jackie Chan, robuste comme un tronc d’arbre – bichonne sa maison et son terrain tous les jours.  Il manie la pelle et le râteau comme un samouraï japonais agiterait son sabre.  Matin et soir, il déploie son énergie pour maintenir l’harmonie, l’ordre et la propreté sur sa propriété de Rosemont.

Chaque saison apporte ses tâches avec elle et il exécute chacune d’entre elles avec le même sérieux et la même assiduité.  À le regarder, on ne peut qu’imaginer la satisfaction qu’il doit ressentir lorsque viennent les résultats après les efforts.

Quand novembre arrive avec ses premiers flocons, ce n’est pas long qu’il dégaine sa pelle et son sel.  Ses escaliers et son entrée ne restent jamais longtemps enneigés.  En pleine tempête de janvier, il sort enlever la neige au fur et à mesure qu’elle tombe, pour répartir l’effort de ses pelletées sur une plus longue période.  On dirait qu’il fait du déneigement à relais.  Un entraînement de longue haleine.  Mon chum regarde par la fenêtre : « Tiens… le Chinois a sorti sa pelle! ».  On regarde à la télé : ben oui, Météomédia annonce 15cm en soirée!

Mon voisin fait tout à la main, bien sûr. Une souffleuse, ça gâcherait son plaisir. Parfois, sa femme se met de la partie, avec sa grosse pelle traîneau.  Ils sont toujours les premiers sur la rue à construire devant chez eux une grosse bute de neige bien tassée, bien placée, fin prête à être ramassée.  Et quand la souffleuse passe, mon voisin supervise le travail, de sa fenêtre.  Il sortira, s’il le faut, question de peaufiner le travail et d’enlever ce que la niveleuse et la souffleuse n’ont pu retirer.

Au printemps, mon voisin balaie minutieusement le gravier sur le trottoir et enlève les housses qui protégeaient ses plantes du gel.  L’été, dès 6h du matin – après sa marche matinale, il jardine avec attention, coupe son gazon avec précision, et ses plates-bandes fleurissent comme dans les magazines.  À l’automne, il râtelle pour qu’aucune feuille n’ait le temps de pourrir sur place.

C’est beau de le voir travailler, il est si consciencieux. Tout à l’heure encore, à 21h, il était là, sur son gazon, à passer le balai pour enlever les quelques feuilles et samares qui y étaient tombées.  Un p’tit coup avant de se coucher… Pour se coucher la tête tranquille!  Un esprit sain dans un corps sain, dans une maison propre sur un terrain propre.

En tout cas, moi, s’il se présentait à la mairie, je voterais pour lui.  Entre ses mains, la ville irait bien ! Et elle serait propre, propre, propre.

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