Sans dire au revoir

Il avait quitté le domicile, la laissant purger son alcool, seule à la table, sans jamais lui dire au revoir.
Elle avait prononcé son nom, pensant qu’il était dans la chambre voisine de la cuisine, mais il n’avait pas répondu. Un peu chancelante, elle s’était levée et elle est allée voir ce qu’il faisait pour se rendre compte que, finalement, il était parti. Sans lui dire au revoir.

Elle s’était retrouvée dans la rue, les pieds nus dans la nuit, sur l’asphalte fraîche d’après la pluie. Elle le cherchait du regard, en vain, se disant qu’il ne pouvait pas être bien loin, qu’elle ne s’était quand même pas endormie sur la table, qu’il ne pouvait pas être parti sans lui dire au revoir.

Elle avait remonté l’escalier, n’y croyant pas, mi triste, mi fâchée. « Il ne peut pas être parti, pas comme ça, pas sans rien dire… »
Une fois de retour à l’intérieur de sa petite demeure, elle s’était rassise à la table. Elle avait pris le combiné sans fil et avait composé son numéro. La sonnerie sonna longtemps. La boite vocale n’embarquant pas, elle avait alors entendu le son que l’on entend habituellement quand la ligne est occupée. Elle avait donc raccroché.

Elle s’installa devant son ordinateur où elle envoya un message rempli de mots méchants, de mots violents. « Tu es parti sans me dire au revoir… Tu veux vraiment ma mort?? Je t’appelle et tu ne réponds pas. Réponds-moi!! Sinon, à chaque appel, je vais me faire mal… »

Bob Dylan chantait, pendant qu’elle composait à nouveau son numéro. En vain, encore.
Elle prit donc un couteau, le plus gros et le plus affûté. Et chaque fois qu’il ne répondait pas, elle marquait son corps d’un grand coup de couteau. Sans la moindre hésitation. Sans trembler, mais en pleurant. Comme une enfant.
Au matin, elle avait regarder son corps et y avait déceler 27 marques bien franches, laissant ses bras meurtris de peine. 27 appels sans réponse. 27 silences.
Elle recommence parfois, sans trop savoir pourquoi, ce rituel de lame, mais dessine maintenant les lettres de son nom ailleurs que sur ses bras. Les traces disparaissent vite, plus vite que les cicatrices de son cœur. Peut-être parce qu’elle n’arrivait pas à le voir, son cœur. Ni son cœur à elle, meurtri et délavé; ni son cœur à lui parce qu’il ne devait pas en avoir.

Il n’est plus jamais parti sans rien dire. Il n’est jamais revenu.

Parfois, le soir, sans pleur, elle reprend son couteau. Elle se mutile en espérant laisser une marque qu’elle pourra lui montrer un jour. « Regarde ce que tu m’as fait. Regarde comme j’ai mal. Regarde comme je t’aime. »
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