Rosemont

Le wagon était vide si ce n’était pour ce couple d’adolescents qui se léchait avidement la pomme sous la face éternellement étonnée d’une jeune femme ventant un restau Thaï. Maude détourna le regard et mis son iPod en marche. Primal Scream pour couvrir les bruits de succion exagérés.

Elle avait hâte d’arriver chez elle, de laver l’amertume de la fin de son séjour. Elle avait eu du fun, en toute innocence, et puis, insidieusement, l’atmosphère s’était chargée de phéromones. Elle se trouvait drôlement ingénue d’avoir trainé avec les gars sans penser qu’elle deviendrait un objet de convoitise.

Dans ses oreilles, Björk entamait Immature.

C’est vrai qu’elle était la seule fille de la gang… Elle réalisait seulement maintenant que les tournées générales que Simon s’empressait de payer au bar, les conseils protecteurs de Guy, les blagues de Martin étaient leur façon à chacun de rivaliser pour s’attirer son attention. Quand même, Guy… elle ne s’était pas attendue à cette déclaration de dernière minute. Elle avait bien vu venir Simon le flambeur, mais loin de l’impressionner, ses gestes ostentatoires l’agaçaient. Quant à Martin, il avait essayé de la coincer dans le couloir de l’hôtel alors qu’elle rejoignait sa chambre. Par chance, il était tellement chaud qu’elle l’avait esquivé sans difficulté, et il s’était étalé de tout son long sur le tapis. Elle ne s’était pas gênée pour éclater de rire et il avait battu en retraite, la queue entre les jambes.

Elle pouffa en y repensant. Le couple se retourna vers elle, la fille la dévisageait. Maude réalisa qu’elle avait du prendre son rire pour une moquerie et feint une toux en regardant ailleurs. Elle monta le son du iPod. Les écouteurs « croonaient » en rythme avec les ballottements du wagon, « I used to be… swinging the girls ‘cross the floor… »

Guy… Le dépit qu’elle avait lu dans ses yeux l’avait touchée. Tandis que les deux autres se seraient contentés de la sauter, lui avait pris le risque de lui avouer ses sentiments. Elle n’avait su que répondre, elle aurait voulu être diplomate ; la vérité, c’est qu’elle avait pitié et qu’elle ne comprenait pas.

Le métro s’engouffra finalement dans la station. Elle s’empressa de débarquer pour grimper les marches deux à deux. À peine arrivée en haut de l’escalier, l’arrivée d’un texto fit vibrer sa sacoche :

Salut Bella,
Un petit souper chez moi demain soir, ça te tenterait ?
xx Simon

Suivi de son adresse – Westmount, évidemment. Et tandis que Kurt Cobain trainait sa voix sur About a Girl, Maude poussa un soupir en levant les yeux au ciel. OK, c’était flatteur, mais c’était aussi décourageant. Elle se demandait bien quelle partie de « J’ai un chum » les gars n’avaient pas compris.

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