La Chambre Froide

Quand elle vint pour ouvrir la porte, elle se surprit de la constater verrouillée. Elle déposa ses paquets sur le sol et se mit à fouiller dans son sac à main pour y trouver ses clefs. Elle baissa la tête pour voir un peu plus clair dans ce fouillis au même moment où la porte s’ouvrit et une main attrapa violemment le col de son manteau, l’entrainant à l’intérieur où elle fut littéralement jetée contre le carrelage froid du portique.

-T’étais où, ma criss de chienne? Encore partie fourrer comme une ostie d’salope?!

Avant même de pouvoir répondre, elle reçut un pied en pleine gueule. Ce fut le noir total.

Elle ne sut combien de temps s’était écoulé entre le coup et son réveil. Bien que dans l’obscurité, elle savait exactement où elle se trouvait.

La chambre froide.

Tout en prenant soin de ne pas trop bousculer les bêtes pendues, elle se dirigea à tâtons à travers la pièce. Elle parvint lentement à l’interrupteur et l’activa. Le néon éclaira doucement la pièce, comme pas sûr de lui, vacillant entre le clair et le noir avant d’éclairer complètement la pièce d’un blanc trop brutal. Elle tâta sa joue, sa tête et remarqua que le tout était bien fendu par la botte de construction qu’elle connaissait très bien. Elle osa tout de même, tremblante :

-Rey… Reynald?… As-tu rangé l’épicerie?…

Le silence, puis des pas, au dessus de sa tête. Ceux de son mari saoul, chancelant, se dirigeant vers l’escalier qui menait au sous-sol.  Puis à nouveau le silence, et les pas se dirigèrent vers le frigo. Des sons de bouteilles. Un briquet. Et les pas revenèrent vers l’escalier. Elle l’entendit haleter, s’accrocher solidement à la rampe et commencer à descendre les marches. La bouteille se fracassa et elle entendit un

-Ma criss de chienne!

bien senti. Quand elle sut qu’il était devant la porte, elle recula au fond de la chambre en remontant sa veste et ne la lâchant plus. Paniquée, mais calme. Elle entendit la grosse barre de fer se lever et la porte s’ouvrir, mettant ainsi en scène son Reynald bien amoché.

-R’garde c’que tu m’fais faire, charrue!

Il pointait vers elle le reste d’une bouteille de Glenlivet dans sa direction, la main menaçante malgré son manque d’assurance. Il s’approcha d’elle, clairement saoûl.

-Mon Dieu, Reynald… Ça fait combien d’heures qu’tu bois de d’ça?

-Ça, c’pas d’tes criss d’affaires Jeanne! C’est toi qui réponds à mes questions, tu l’sais. Son bras descendit lentement, le coupant de la bouteille vers le sol et il s’approcha plus près de sa femme. Toi, ma criss de chienne, t’étais où? T’ÉTAIS OÙ?

Elle se raidit et ferma les yeux très fort quand le visage de Reynald n’était qu’à quelques centimètres du sien, redoutant les postillons qu’elle lui connaissait ivrogne. Sur le ton le plus calme possible, elle lui dit :

-Là, Reynald, ça fait des mois que c’est la même histoire… T’as raison, aujourd’hui… Je suis allée faire des courses, oui, mais je suis aussi allée là où tu ne veux plus que jamais je mette les pieds. Oui, je suis

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