Aventure, s’il vous plaît

j’veux partir à l’aventure, j’veux changer d’air…. S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît.

J’en peux plus, j’veux me péter la tête sur les murs… Ayez pitié, je vous en pris….

Les tâches mondaines, les rapports à écrire, les faux sourires…. J’veux mourir.

Les contrées lointaines m’appellent, le vent crie mon nom, la pluie me chuchote de faire mes valises.

J’ai besoin de partir à l’aventure, j’ai besoin de changer d’air…. S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît.

Enchaînée à mon bureau, un boulet à mon pied, des chaines autour des bras…. J’veux bouger s’il vous plait…

Les cliquetis des ordinateurs qui m’entourent me rendent folle, comme un robinet qui coule en pleine nuit. Goutte à goutte, le vase est ben à veille de déborder…. j’veux du silence, ou le chant des oiseaux, le bruit des vagues sur les rochers… Ayez pitié, je vous en pris…

J’veux courir dans les champs, j’veux me coucher sur du sable chaud, j’veux me baigner dans l’océan, j’veux rouler sur les routes le vent dans mes cheveux.

J’en ai assez de respirer de l’air recyclé, respiré par quarante autres personnes… J’veux de l’air frais, j’veux respirer en m’en péter les poumons…

J’suis tannée de la fausse lumière, j’veux plus être obligé d’aller me faire bronzer dans un salon… j’suis à la veille de lancer ma brocheuse dans les néons au-dessus de mon bureau…. j’veux mourir.

J’ai besoin de soleil. Jaune, chaud pour faire dorer ma peau, me réchauffer le corps, le cœur, pour redonner un sens à ma vie…. Ayez pitié, je vous en pris….

J’veux pu entendre sonner mon cadran, j’veux pu être obliger de me faire quatre cafés pour me réveiller… S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît.

J’veux me réveiller avec les rayons du soleil, et me coucher avec la lumière des étoiles….. J’veux voir des étoiles….. S’il vous plaît, par pitié…

J’suis tannée de voir le gris, du béton, de l’asphalte, du ciel, des murs de mon cubicule…. J’ai besoin de couleur, de vert, de brun, de rouge, de bleu.

C’est donc pour toutes ces raisons, que je vous remets ici, maintenant ma démission…. Souhaitez- moi bonne chance, je part à l’aventure.

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Deadline

Il y a un temps où je vivais de ça, écrire des histoires. Quand je dis « vivais », c’est relatif : j’avais pas d’enfant, pas de maison, pas strictement besoin de chauffer l’hiver, et mes repas n’étaient pas toujours complets ni équilibrés. J’affectionnais particulièrement le groupe alimentaire « jaune » : petits sablés, pain et beurre, canne de maïs s’il le fallait.

Ouais, on dirait que je parle de ça, d’il y a 15 ans, comme une vieille qui regrette sa jeunesse, en ne conservant du passé que des souvenirs embellis, comme si j’avais oublié combien je redoutais le moment de payer les factures et les impôts, ou combien je m’étais gelé les miches dans mon un et demi ! (Parce qu’à moins de chier des best-sellers, l’édition, ça paye pas. Ce qui payait, c’était les interventions dans les écoles, les salons du livre et tout le bazar qui va avec.) C’est juste que, ce moment-là, professionnellement parlant en tout cas, c’était ma place. Mais il arrive des trucs dans la vie, surtout si tu fonctionnes au coup de tête, qui font que tu t’égares un peu dans ta quête d’équilibre… à force de vouloir redresser un bord, ben, tu tombes de l’autre. Finalement j’ai livré des pizzas en mobylette, j’ai accompagné des fils de ministres en voyage linguistique à San Francisco, j’ai interviewé des chefs culinaires et des maitres brasseurs pour des études marketing, bref, j’ai arrêté d’écrire (mais jamais de dessiner, parce que ça, ça se peut pas).

Force de frappes était une façon de remettre le pied à l’étrier après 10 ans de non publication personnelle, de dérouiller les neurones de l’écriture après avoir concentré mon peu de temps libre sur le dessin. La date de tombée hebdomadaire, dans mon cas le lundi, que je me suis efforcée de respecter pendant mes quelques mois de contribution, était un coup de pied au cul salvateur. Je l’ai maudite plus d’une fois, pour m’être couchée à des heures tardives, parfois après le deadline (hum). Aussi parce que c’était clair que j’avais pondu une merde, mais qu’il fallait quand même appuyer sur « publier »  – respect.

Ce deadline-là, et je l’écris là comme un petit contrat entre moi et moi, avec vous autres comme témoins, je vais m’en servir pour travailler sur cette histoire qui traine sur mon disque dur depuis quelques années. Ça s’appelle La collection, c’est écrit à 90 %, mais ce n’est pas illustré. À partir de lundi prochain, et tous les lundis suivants jusqu’à ce que je l’aie terminée, je m’engage à avancer La collection.

Alors, on pourrait appeler ça une démission, mais je préfère voir ça comme une rémission.

Un énorme merci à tous les frappeurs qui m’ont fait une place ici,

Stef

PS : Si vous voulez m’encourager dans mes délires picturaux, c’est ici que ça se passe.

Il n’y aura pas de 64e

Chers lecteurs et lectrices,

L’heure de ma démission a sonné. Laissez-moi vous raconter…

Pendant soixante-trois semaines, j’ai donné et reçu beaucoup, ici. Mon rendez-vous hebdomadaire avec l’écriture, qui avait pour but de frapper de la touche et de donner le meilleur de ma force aux mots, a enjolivé ma vie et je suis fière, heureuse et reconnaissante envers Maude et Catherine d’avoir eu cette belle idée et de m’avoir permis d’y participer.

Grâce à Force de frappes, j’ai développé une discipline d’écriture qui me servira toujours, et qui s’est merveilleusement transposée dans plusieurs autres domaines de ma vie. J’ai déjà été, il y a pas si longtemps, une fidèle adepte de la procrastination: je commençais plusieurs projets sans vraiment les terminer, et je me décourageais facilement face aux obstacles. Aussi, c’est un peu grâce à ma présence sur ce blogue que cette ère de paresse et de laisser-aller semble enfin révolue dans ma vie. J’ai compris à quel point les secondes de vie sont précieuses, et que pour être heureux nous nous devons de les utiliser de la meilleure façon qui soit.

De semaine en semaine, ici, je n’avais pas le choix: il fallait que mon texte sorte! Bon ou pas, court ou long, peu importe sa forme, je devais le faire vivre, le faire exister, il devait être – même imparfait! J’ai appris à lâcher prise, à livrer la marchandise. À y prendre mon pied, sans m’occuper du regard des autres. Et peu à peu, j’ai découvert que j’étais non seulement capable de produire régulièrement, mais que j’étais aussi capable de relever des défis pas toujours faciles et d’écrire des textes desquels je me sentais fière.  Je pense entre autres au thème Fait d’antan, qui nous a donné du fil à retordre avec la contrainte de ne pas utiliser la lettre «e», comme dans le livre La disparition de Georges Perec. Mon texte Un câlin fût pour moi une belle réussite.  Il y en eût plusieurs autres, ainsi, en tout cas bien assez pour me constituer un beau recueil de textes, comme autant de preuves tangibles de ces beaux moments passés avec moi-même à écrire des mots pour vous.

Ce n’est pas de gaieté de coeur que j’ai décidé de laisser ma place d’auteure sur Force de frappes.  J’ai choisi de profiter de la vague pour me lancer tête la première dans les projets qui m’appellent et qui ont besoin de toute mon attention pour continuer de faire leur chemin. Toutefois, il se pourrait très bien que je vous surprenne, un beau matin, en publiant un texte en remplacement d’un autre frappeur… Seul l’avenir nous le dira!

Chose certaine, je vous remercie de prendre le temps de venir nous lire.  Par votre présence, même virtuelle, vous contribuez à nourrir en nous la motivation de s’adonner à l’une de nos passions. Je vous encourage d’ailleurs à trouver les vôtres et à les inviter dans votre vie, au quotidien, car elles sont les véritables alliées de votre épanouissement personnel.

Au plaisir de vous croiser un de ces quatres sur le chemin de nos vies respectives!

Que les muses vous accompagnent,

Élodie xxxx

N.B. : Pour avoir de mes nouvelles, vous pouvez cliquer ici!

Se cogner l’orteil

Elle est pourtant d’un naturel patient, même souvent souriante alors qu’il s’agit de perdre son temps en ligne. Toujours le mot juste, rationnel sinon sage. Elle est la grâce et l’élégance.

Comme à chaque fois où le 5 à 7 s’étire jusqu’à pas d’heure, elle se réveille au milieu de la nuit avec l’envie grave de boire de l’eau et que seul le fait d’en boire peut apaiser.

L’esprit effiloché, elle se lève alors tant bien que mal et marche chancelante jusqu’à la cuisine.

Cette fois toc! Elle se heurte au pied de la chaise et s’exclame, en s’adressant au meuble :

La Chambre Froide

Quand elle vint pour ouvrir la porte, elle se surprit de la constater verrouillée. Elle déposa ses paquets sur le sol et se mit à fouiller dans son sac à main pour y trouver ses clefs. Elle baissa la tête pour voir un peu plus clair dans ce fouillis au même moment où la porte s’ouvrit et une main attrapa violemment le col de son manteau, l’entrainant à l’intérieur où elle fut littéralement jetée contre le carrelage froid du portique.

-T’étais où, ma criss de chienne? Encore partie fourrer comme une ostie d’salope?!

Avant même de pouvoir répondre, elle reçut un pied en pleine gueule. Ce fut le noir total.

Elle ne sut combien de temps s’était écoulé entre le coup et son réveil. Bien que dans l’obscurité, elle savait exactement où elle se trouvait.

La chambre froide.

Tout en prenant soin de ne pas trop bousculer les bêtes pendues, elle se dirigea à tâtons à travers la pièce. Elle parvint lentement à l’interrupteur et l’activa. Le néon éclaira doucement la pièce, comme pas sûr de lui, vacillant entre le clair et le noir avant d’éclairer complètement la pièce d’un blanc trop brutal. Elle tâta sa joue, sa tête et remarqua que le tout était bien fendu par la botte de construction qu’elle connaissait très bien. Elle osa tout de même, tremblante :

-Rey… Reynald?… As-tu rangé l’épicerie?…

Le silence, puis des pas, au dessus de sa tête. Ceux de son mari saoul, chancelant, se dirigeant vers l’escalier qui menait au sous-sol.  Puis à nouveau le silence, et les pas se dirigèrent vers le frigo. Des sons de bouteilles. Un briquet. Et les pas revenèrent vers l’escalier. Elle l’entendit haleter, s’accrocher solidement à la rampe et commencer à descendre les marches. La bouteille se fracassa et elle entendit un

-Ma criss de chienne!

bien senti. Quand elle sut qu’il était devant la porte, elle recula au fond de la chambre en remontant sa veste et ne la lâchant plus. Paniquée, mais calme. Elle entendit la grosse barre de fer se lever et la porte s’ouvrir, mettant ainsi en scène son Reynald bien amoché.

-R’garde c’que tu m’fais faire, charrue!

Il pointait vers elle le reste d’une bouteille de Glenlivet dans sa direction, la main menaçante malgré son manque d’assurance. Il s’approcha d’elle, clairement saoûl.

-Mon Dieu, Reynald… Ça fait combien d’heures qu’tu bois de d’ça?

-Ça, c’pas d’tes criss d’affaires Jeanne! C’est toi qui réponds à mes questions, tu l’sais. Son bras descendit lentement, le coupant de la bouteille vers le sol et il s’approcha plus près de sa femme. Toi, ma criss de chienne, t’étais où? T’ÉTAIS OÙ?

Elle se raidit et ferma les yeux très fort quand le visage de Reynald n’était qu’à quelques centimètres du sien, redoutant les postillons qu’elle lui connaissait ivrogne. Sur le ton le plus calme possible, elle lui dit :

-Là, Reynald, ça fait des mois que c’est la même histoire… T’as raison, aujourd’hui… Je suis allée faire des courses, oui, mais je suis aussi allée là où tu ne veux plus que jamais je mette les pieds. Oui, je suis

MOI !

Moi les insultes j’aime pas ça – je l’dis d’emblée – pour qu’on sache à quelle enseigne je loge – pour qu’on sache qui je suis – j’suis un type franc – MOI !

Qu’on devine tout de suite que je suis un type bien !

Moi les insultes je les supporte pas – je les digère pas – elle m’écoeure à me faire vomir –

Les insultes ça manque d’éducation – de respect –

Ceux qui en disent c’est des merdes des trous du cul des enfants de chiennes des fils de pute des salopards des p’tits merdeux

La lie de la société

CE SONT QUE DES…