Que la meilleure gagne !

– Il est impératif qu’à l’avenir je fasse plus attention. Avec trop de déguisements, trop de personnalités, ça embrouille l’esprit.

Avec cela en tête, Béatrice retournait tranquillement chez elle en profitant d’une des dernières belle température de l’automne.

– Il n’y a pas 36 000 solutions pour y parvenir: il faut que je procède à un élagage. Me départir d’entités trop accaparantes. Mais comment faire ? Je ne peux pas simplement quitter en douce, furtivement comme une voleuse. Bien sûr que les autres s’en apercevront: je les habite !

En effet comment y arriver ? Il y avait une possibilité: les provoquer en duel. Certaines trop poltronnes se défileront, Béatrice en était assurée, elle les connaît trop bien. Oui un duel allait faciliter les choses.

Béatrice avait une idée. Elle allait proposer un lutte littéraire. La joute serait basée sur le fameux ‘Combat des livres’ de Radio-Canada. Sur un blogue à chaque semaine et à tour de rôle, chacune écrirait un texte sur un thème donné. L’auteure dont le texte a été le moins apprécié par les lecteurs est éliminée. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une.

– Que la meilleure l’emporte !, se dit la belle en son for intérieur.

Arrivée à sa demeure, elle se mis à composer son premier texte.

– Je vais les surprendre. Elles ne s’attendront pas à ça.

Une fois terminé et révisé, Béatrice publia son texte sur un blogue littéraire. Il ne restait plus qu’à attendre les réactions et les commentaires.

Ménage

Dans le milieu du salon, un combat se prépare, d’un coté, le balai, armé de son porte-poussière, de l’autre un monstre entièrement constitué de morceaux de papier, débris quelconque, emballage de cigarettes… Le duel sera intense. Ces deux forces de la nature se battent pour le salon, qui gagnera? Le monstre de débris représente la paresse, le chaos. Il distribue a l’instant des morceaux un peu partout dans la pièce, il cherche à déboussoler son adversaire, à l’épuiser avant de l’achever. Le balai ne se laissera pas avoir, il est prêt pour cet affrontement, il s’est reposé et bien entrainé mentalement alors qu’il était accroché derrière la porte. Il a étudié la pièce, il en connait tous les recoins, rien ne lui échappera.

Ça y est, le balai se lance dans l’action, balai rapidement sous la table, derrière le divan. Trois petits coups et hop avec son porte-poussière il ramasse et rapidement tout se retrouve à la poubelle. Le monstre de débris semble vaciller, il ne s’attendait pas à tant de volonté de la part du balai. Ce dernier profite d’un moment d’inattention du monstre pour rendre le coup de grâce, un coup par ici, un par là pour bloquer la fuite, un autre pour forcer le monstre dans le porte-poussière et voilà!! c’est la victoire, la pièce est de nouveau propre. Tous acclament le balai, la lampe flash pour célébrer l’évènement, les rideaux vacillent au vent, même les coussins du divan se replacent pour commémorer cette victoire, la pièce est étincelante….

Suzy, évaché sur le divan se dit qu’elle a beaucoup trop d’imagination et qu’il serait peut-être temps de faire le ménage….

Le choix des armes.

Si c’était moi qui avait eu le choix des armes, ça aurait été drôlement plus artistique !!! Un duel avec de la faïence ou du grès … Non ! plutôt une sculpture mix-media ! … Non !  Art Culinaire !  Oui !  C’est ça !  Le brunch !  Plus spécifiquement le Pain Doré !!!  Sûr que je gagnerais !  Avec mon ingrédient secret : le beurre à l’orange ! Donc : Pain doré dans sa mare de sirop d’érable « moyen » millésime 2013 et son beurre surprise .

Mais non ! Il a fallu que ce soit l’oreiller qui soit décrétée « Arme » !

UNE BATAILLE D’OREILLERS … C’EST PAS SÉRIEUX !!!

C’t’à qui le p’tit coeur après neuf heures? C’t’à Picolo.

(La vie c’t’un jeu difficile mais beau.)

Un dernier détour, un dernier train,

une dernière fois se tenir la main.

Un dernier verre, une dernière clope,

une dernière fois essayer de rêver

que la plus belle journée

sera la prochaine.

Ceux qui volent le plus haut ce sont ceux qui brisent leurs chaînes.

Le dernier duel, c’est toujours avec soi-même.

Un pied qui ne veut pas mourir

Depuis le jour où l’on m’a servi du pied de brocoli en accompagnement chez la tante d’un ami, et qu’à mon grand étonnement je l’ai trouvé très tendre et bon, je me fais un devoir de ne pas les jeter tous. Surtout ceux du marché, frais et savoureux.

Cas classique, cette semaine j’en ai un qui me hante dans le tiroir du frigo. Je l’ai en tête depuis plusieurs soupers déjà. J’ai mangé sa tête il y a plusieurs soupers déjà. Le problème est que je ne sais pas résister à l’achat de nouveaux légumes sur le chemin du retour. La saison bat son plein, les kiosques sont multicolores et odorants. Cela m’inspire à chaque fois. J’aime rentrer à la maison avec un légume neuf. Surtout après une journée de boulot.

Pleine de bonne volonté ce soir, je me dis que je trouverai sur le web la recette parfaite qui saura nous soulager enfin. Et voilà que de blogue en blogue de cuisine, je m’égare dans l’anecdote scientifique. Je découvre qu’en plus de ses propriétés anticancer, un composé de brocoli (également présent dans les choux de Bruxelles et le chou) bloque une enzyme destructrice qui endommage le cartilage. Évidemment qu’il est fantastique, il se bat aussi contre l’arthrose. Aussi évident que je perds encore mon temps.

Alors je me concentre comme je peux à recentrer mon attention sur l’idée de départ. Réussir à saliver sur quelque chose, ne pas passer la nuit sur la question. Cela doit déjà bien faire une heure que j’ouvre des pages sur le brocoli. Je regarde, tris et lis avec mes sens, rien n’y fait, je reste sèche et de marbre. L’une de ces journées où l’on n’a envie de rien, où l’on s’use beaucoup d’énergie pour peu. Voilà que j’en ai mal au cœur même. Comme déjà trop mangé d’avance.

Assez jonglé, j’envisage maintenant des scènes à l’encontre de mes principes moraux. J’en ai marre de me sentir coupable de gâcher du vivant ou des choses. Ce brocoli ne va pas miner ma vie. Je ne sais d’ailleurs plus s’il est du genre vivant ou chose.

Je fais un compromis et je le fous au compost. Il sera utile au moins. Et je passe au céleri. Je ne resterai pas prise encore avec un pied, ça c’est certain. Fini les angoisses. Juste les feuilles à gérer maintenant…

Rihanna

Quand j’ai su que je devais écrire un texte sur le pied – j’ai paniqué – j’ai vécu une véritable panne d’inspiration

Pour m’en sortir je me suis mis à regarder par terre – partout – à baisser les yeux – pour observer de plus près le sujet de mon thème

Je me suis ainsi mis à la recherche du pied idéal

Bien-sûr j’avais un délai à respecter et j’étais captif de mon territoire

Alors j’ai regardé – j’ai suivi – suivi – suivi – mais j’ai rien trouvé – j’en étais désespéré

Puis au moment où je croyais que je n’y arriverais pas

Rihanna s’est pointée – ingénue – dans son sarrau bleu moulant

Rihanna c’est mon hygiéniste dentaire

On s’est salués – elle est passée devant – je l’ai suivie

Rihanna elle a une chevelure magnifique – qui soigneusement attachée lui caresse le bas des reins

On a parlé – on s’est informé l’un de l’autre – comme d’habitude

Depuis 10 ans – elle et moi – on se voit tous les six mois

J’adore

Nos corps s’effleurent – nos bouches se frôlent – nos regards se regardent

Quand je ferme les yeux – je sens sa chaleur m’envahir – je risque chaque fois de m’endormir entre ses bras

Rihanna je l’aime car elle prend soin de moi

Mais cette fois j’ai aussi regardé plus bas et ce que j’ai vu m’a laissé sans voix – un pied comme je ne l’avais jamais vu – bien qu’élégamment vêtu – je l’ai deviné

Au moment de nous quitter – nos mains se sont spontanément serrée – puis j’ai osé – je me suis approché et je lui ai murmuré une proposition

Je vous l’assure :

Rihanna a un pied – nu – splendide – même deux !

Toute la nuit je les ai caressés – massés – embrassés – vénérés !

J’ai découvert en plus qu’elle avait des fesses – de longues mains – des seins – et la peau douce

Rihanna et moi on a fait un deal

Dorénavant elle prendra soin de ma bouche – et moi de son pied !

Allez je vous laisse – Ouf ! J’ai enfin terminé !

Il fait nuit – il est tard – il fait froid !

Je sais qu’elle m’attend à côté – je l’entends qui m’appelle !

Je m’en vais de ce pas la retrouver !

Antoine

Une femme sort des toilettes. Béatrice avait encore une fois changé de tête.  Quand elle avait une nouvelle tête elle était une autre personne. Elle paie son repas directement à la table. Elle appréciait bien cet endroit, Le Nid Poule. Tous les dimanches où elle était libre, elle aimait s`y retrouver. Même quand elle était trop coincée dans le temps, ses pieds y trébuchaient assez souvent. C’était plus fort qu’elle;  au Nid Poule, elle y prend son pied: les œufs bénédictines y sont trop divins.

Béatrice avait évidemment reconnu Antoine balayer la salle, la cherchant sans doute. Il avait bien sûr vieilli mais était toujours d’une beauté discrète. Quand son regard est arrivé à elle, il s`y était bien attardé un peu mais sans éclat. Malgré une interrogation, il ne l’avait pas reconnu.

Pour demeurer incognito elle devra se méfier d’elle. Ne pas croire que seul un changement esthétique puisse flouer quelqu’un. Surtout une personne que l’on connaît. Ou que l’on a connu. Comme Antoine.

La chaine

Allongé sur le lit, il regardait sa réflexion dans le miroir au plafond. Il était pensif. Il était incapable de savoir s’il était heureux, comblé. Plusieurs hommes auraient probablement donné beaucoup pour être à sa place, c’est ce qu’elle lui répétait souvent. Peut-être devait-il arrêter de chercher un sens à sa vie, essayé d’en profiter un peu.

Son regard balaya la pièce, il se posa tout d’abord sur les murs, couleur rouge vin, mais surtout couvert de miroirs, pour ne rien manquer de l’action. Le plancher couvert d’un tapis épais et blanc comme la neige était presque aussi confortable que le lit. Et que dire du lit, il s’agissait d’un énorme lit à baldaquin. Les draps rouge et noir de la plus haute qualité possible, mais pas en satin… c’était trop glissant. Ce lit était la raison d’être de cette chambre, sans ce lit, elle perdait tout son sens. Finalement ces yeux se posèrent à nouveau sur sa réflexion au plafond, le dernier morceau de cette chambre, lui un beau male comme on l’entend souvent. Grand, teint basané, pas un poil, juste assez musclé, de beaux cheveux blond, bien bâti et bien équipé. À son pied droit une chaine qui était solidement attaché au pied du lit.

Cette chambre était tout son univers, il ne se rappelait pas comment il y était arrivé, qui il avait bien pu être avant, combien de temps il était enchainé à ce lit. Son temps était passé à la solitude ou a faire l’amour à la femme à qui il appartenait. Parce qu’elle lui répétait ça aussi souvent. Il lui appartenait, il n’était qu’un objet, il devait absolument faire tout ce qu’elle lui demandait.

Son regard se posa sur son pied une fois de plus. Depuis quelque temps, il aimait bien s’imaginer pouvoir l’enlever, pouvoir être libre de cette chaine. Il voulait voir l’extérieur, voulait connaitre ce qui existait en dehors de cette chambre.  Peut-être qu’il pourrait vivre sans pied, peut-être que ça l’en valait la peine. Il se pencha et ramassa le couteau qu’il avait caché lors de son dernier repas. Il fit plusieurs incisions autour de son pied. Il lui demanderait de retirer la chaine lors de sa prochaine visite. Il lui dirait qu’il n’a plus l’intention de partir, et que comme la chaine le blesse, peut-être qu’elle pourrait être clémente. Ensuite, il ne lui restera qu’à trouver comment sortir d’ici.