Étourderie

Je me suis levé tôt en ce dimanche. L’habitude de la semaine j’imagine. Mais aussi sans doute par fébrilité. J’anticipais tellement cette journée. Comment pouvait-il en être autrement ? J’allais enfin avoir des réponses à mes trop nombreuses questions.

J’avais encore un bon trois heures devant moi. J’en profitai pour poursuivre le roman que j’avais en cours. J’aime beaucoup lire dans la tranquillité du matin. Je jetai un coup d’oeil à la fenêtre. La température semblait très confortable en cette fin octobre. Je décidai d’en profiter pour faire une petite marche tout en me dirigeant au Nid Poule.

Le soleil adoucissait la petite brise dans l’air. Le quartier était encore relativement calme à cette heure. Qu’il faisait bon se promener en laissant traîner ses pas dans les feuilles mortes.

Mon regard s’est arrêté. Derrière une fenêtre, une femme est assise dans une causeuse rouge. Elle tient une tasse d’une main et un livre de l’autre. La lecture est visiblement passionnante: elle dévore les pages les unes après les autres. Jusqu’à en oublier sa tasse parfois  : elle la lève pour la porter à ses lèvres, puis arrête son geste, la dépose sur la table basse devant elle.

La fenêtre étant ouverte, on peut entendre de la musique s’échapper de la pièce. Je me suis rapproché. De la musique instrumentale. D’après la sonorité et les arrangements c’est un disque récent. Mais je ne peut dire lequel: il m’est inconnu. Ce n’est pas de la musique classique, pas plus que du jazz à ce que je peux en juger. C’était un amalgame des deux genres avec en plus une touche contemporaine. C’est très intéressant et intrigant à la fois. Ma curiosité est piquée.

Je suis là à écouter ce qu’elle écoute. Je n’ose pas trop regarder en sa direction. Je me suis même mis un peu à l’écart, dissimulé par un arbre, de peur que son regard croise le mien. Appuyé au tronc d’arbre je rêvasse, bercé par la musique.

Après un temps, je m’aperçois que la musique a cessé. Je lève les yeux vers la fenêtre  : elle est fermée, le store abaissé. Visiblement elle est partie. Manifestement je me suis trop absorbé dans mes pensées et j’ai perdu la notion du temps: je suis très en retard pour mon brunch.

Je me hâte en direction du restaurant, tout en me maudissant. Si je n’y trouve pas Béatrice, je n’aurai probablement pas d’autres occasions de connaître la vérité sur toutes ses années mystérieuses.

Je vois l’enseigne du Nid Poule, ma nervosité grandit. J’entre. À cette heure le moment du  brunch tire à sa fin.  Il y a quatre tables prises. Et apparemment pas de Béatrice, malheureusement. La serveuse qui m’accueille m’indique une table le long du mur. Tout en regardant le menu je fais le tour des clients. Effectivement il n’y a personne qui ressemble à Béatrice. Du moins selon mes souvenirs. Mais elle a fort possiblement modifié son apparence depuis tout ce temps. Et merde ! Je m’en veux: je voulais tant comprendre son long silence.

– Vous avez choisi ?

– Oui. Je vais prendre les oeufs bénédictines Maisonneuve avec un bol de café au lait, svp.

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