La cigogne et le loup de mer

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Ça faisait à peu près une semaine que j’étais arrivé à Antibes. J’avais la barbe longue, l’oeil hagard, le coeur lourd. Je n’arrivais pas à me résoudre à mettre fin à mon errance, qui durait maintenant depuis presque un mois. Elle n’avait toujours pas rappelé. Je l’avais déçue. Je l’avais trahie.

Je descendis le petit escalier de l’auberge et marchai un peu. Je croisai une jeune femme aux cheveux courts et aux yeux brillants, faisant son jogging. Ses cuisses fermes, dorées, puissantes captèrent mon oeil. Je la suivai du regard sur plusieurs mètres, en pensant à comment elles pourraient m’enserrer juste là, tout près, sur le sable. je trébuchai sur mon lacet. Dans ma tête, l’image fit un fondu de la joggeuse pour laisser place à une image floue de Marie en pleurs qui claque la porte. Soudainement, les cris des goélands résonnaient à mes oreilles comme mille et un rires moqueurs. J’entrai au Bar du Port. Il n’était même pas 10 heures.

-Bonjour, Albert.

Albert leva un sourcil et me jeta un coup d’oeil en marmonnant un « bonjour » bien grave.

-Café, s’il-vous-plaît.

-Cognac?

-Ouais… Oui, surtout.

Albert eut un petit ricanement étouffé en baissant les yeux. La porte s’ouvrit toute grande et une bourrasque de vent marin me rafraîchit la nuque.

-AliBaba!! Chéri!! Comment vas-tu, vieux loup? T’aurais dû voir la tronche du réal’ quand j’lui ai dit qu’on s’est connus au bordel!!! ‘Faudrait vraiment que tu viennes faire un tour sur le plateau, rencontrer l’équipe, c’est notre histoire, après tout!

Une grande femme, cinquantaine avancée, portant une écharpe blanche autour de son long cou avait trotta jusque derrière le bar et laissa une grosse trace de rouge à lèvres sur la joue d’Albert. Son exubérance me tira de mes idées noires. Elle s’assit sur un tabouret. Je m’approchai du bar et m’assied pas trop loin d’elle.

Je pris une gorgée de caf… de cognac-café.

-hum hum!

Elle se tourna vers moi.

-Ah! Je suis Madame Luce. Qui êtes-vous? Dit-elle en tendant la main.

Surpris, mal-à-l’aise dans mon air négligé devant une femme si élégante, je dis d’une petite voix qui sortit toute tremblante:

-Luc.

Elle rit alors que je me râclai la gorge pour dire d’un ton mâle:

-Je suis Luc.

-Eh bien, Luc, il est clair que vous n’êtes pas d’ici. Je suis seule ce matin, et ce n’est pas mon vieux loulou qui

-Lucie… gromela Albert.

-Ah! Pardon… Capitaine! Dit-elle me regardant d’un air entendu. Ce n’est pas lui qui bougera de derrière son bar pour s’asseoir à une table. Déjeunez avec moi, je vous raconterai comment Albert a perdu son bateau… Mais aussi comment il m’a gagnée! C’est une très belle histoire, ils sont en train de tourner un film, vous savez?!

Elle sourit de toutes ses dents, dont une brillait d’or rose. La même qu’Albert.

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