Mélodie en sous-sol

Mélodie se lève les yeux encore brouillés par un sommeil trop court. Elle se dirige à la cuisine et se prépare son café. Dehors une neige à gros flocons tombe et s’accumule sur le sol. Elle se branche sur le site de Météomedia. Effectivement comme elle le craignait une belle tempête va s’abattre sur le Québec. À Montréal un minimum de 25 centimètres sont attendus. Il y a même une alerte météorologique en vigueur.

– Pourquoi aujourd’hui ! C’est pas le moment ! J’ai trop de choses à faire aujourd’hui, j’ai pas de temps à perdre à être prise dans une tempête, maudit !

Mélodie se prépare pour sa longue journée tout en rageant intérieurement. Elle sait qu’elle ne peut pas y faire grand chose. Mais qui sait ce qu’elle serait prête à faire pour éviter tous les désagréments à venir. La journée va va être bordélique et elle le sait.

– C’est sûr que ça val mal aller: c’est écrit dans le ciel.

Déjà sur les trottoirs ça commence à être difficile avec la croûte de glace sous la neige. C’est trop glissant: des voitures ne peuvent s’arrêter à temps aux arrêts et aux feux de circulation. C’est certain qu’il va y avoir des accidents.

Bruit de klaxon. Mais c’est trop tard: un camion de livraison vient d’emboutir une voiture. Le conducteur sort de sa voiture armé d’un bâton de baseball, frappe de toutes ses forces la carrosserie du camion tout en sacrant à pleins poumons.

Mélodie arrive à la station de métro Papineau. Enfin un peu de répit. Elle attend le prochain wagon en organisant sa journée. Il ne faut pas oublier de relever le défi de Béatrice sur le blogue littéraire.

Perdue dans ses pensées, elle n’est pas trop consciente de ce qui se passe autour d’elle: un sans abri endormi qui cherche un peu de chaleur, des jeunes qui se poussaillent entre eux, un autre plus loin qui dessine une barbe sur une affiche publicitaire.

Mélodie commence à s’impatienter. Elle regarde sa montre. La rame de métro arrive enfin. Elle entre et s’assoit à côté d’un homme âgé plongé dans un livre.

La rame démarre puis s’arrête brusquement. Les lumières du wagon s’éteignent. Les portes du wagon demeurent fermées.

Quelques minutes plus tard:

– Avis aux usagers:  en raison d’un problème électrique le service est interrompu pour une période indéterminée sur la ligne verte entre les stations Lionel-Groulx et Berri-Uqam.

– Ah non !!! J’vais faire un meurtre si ça continue d’même !

Ça se confirme: la journée s’annonce longue.

Blanc comme neige.

Janvier s’éveilla en sursaut.  Il se rappela comment il était arrivé ici. Il vit sa soeur endormie à côté de lui. Il sourit. Il n’avait plus peur.

Il poussa l’étroite porte de la cabane et fût aussitôt ébloui. Le soleil matinal réflétait sur la glace. La tempête s’était calmée. C’était blanc, blanc à l’infini.

La nuit dernière, ils avaient traversé le lac dans le blizzard, c’était surréel. Les chiens tiraient le traîneau où Janvier, caché sous les couvertures et les peaux, priait, tremblant. Il aurait voulu monter dans le même traîneau que sa soeur, mais le musher lui avait expliqué que ce serait trop lourd pour les chiens, surtout à cet période de l’année, où le vent fait rage. Il ne savait plus quel jour on était, où encore quand allaient-ils arriver en lieu sûr. Il n’osait pas sortir la tête d’en dessous des épaisses couvertures, pensant que le froid allait entrer dans sa bouche et le glacer par en dedans.

Mais, ce matin, une nouvelle vie commençait. Il savait qu’il était loin d’Haiti, mais, de toutes façons, comme la dame américaine avait dit, il n’y avait plus personne maintenant pour s’occuper de lui et de sa soeur. Janvier n’avait qu’à la suivre, elle leur avait apporté des biscuits et offert des habits. Elle était très gentille. Il aurait enfin la chance de vivre dans une belle maison, d’aller à l’école, et Zabeth resterait avec lui! La dame s’assurerait qu’ils ne seraient pas séparés.

Pendant que Janvier se régalait des biscuits au glaçage blanc, comme de la neige, elle lui avait dit comme c’était beau et magique, comme chaque flocon était unique. Janvier avait toujours rêvé de voir la neige. La dame avait aussi expliqué que le voyage serait long, qu’après avoir descendu de l’avion ils prendraient un train, et que là ils devraient mettre les parkas qu’elle avait acheté, parce qu’il ferait très, très froid. Elle dit que c’est le prix à payer pour la beauté de la neige. Elle disait souvent « Il y a un prix à payer ». Chaque fois, Janvier se demandait c’était quoi, le prix.

Ils attendaient que la dame reviennent les chercher. Elle, elle n’avait pas traversé le blizzard, elle était remontée dans le train. Janvier l’avait entendue parler au téléphone sur le quai de gare, pendant qu’ils attendaient les mushers. Elle disait:

« Il y a un prix à payer, vous savez. Vaut mieux un enfant acheté qu’une enfance volée, n’est-ce pas? »

Dans une petite cabane à pêche, sur le Lac Érié, Janvier attends. Il pense à Haiti. Il réfléchit. Il se demande c’est quoi le prix.

Il se dit que c’est peut-être des biscuits. Des biscuits avec du glaçage blanc.

 

 

 

 

Conduire avec facultés affaiblies…

Cinq heures le matin. La ville se réveille, il fait noir et froid, très froid. Ce n’est pas une surprise pour personne, ça a tombé pendant vingt-quatre heures, mais la ville est recouverte de trente centimètres de belle neige blanche.

Beaucoup de monde vont se dire:  « Fuck it j’prends le métro » quand ils vont voir la belle bosse où leur voiture était.  Pas pensé à déblayer une couple de fois dans journée hier?? C’était dimanche, t’es pas sorti, t’avais le temps… anyway.

Les rues sont ben évidemment pas déblayées, il y a beaucoup plus de monde dans les bus qui roulent au ralenti. Pis y’a les taouins qui savent pas conduire. C’est probablement eux les pires, eux autres y’ont déblayé leur voiture à matin, pis y’ont décidé d’aller travailler en char, pis ils sont pas sûrs, sûrs d’eux-même sur les routes enneigées, donc on roule à trente, on break pour cent milles raisons toutes moins valables les unes que les autres. Bref, on cause des accidents, on paralyse la ville et on met tout le monde en criss parce que tout le monde est en retard.

C’est pas écrit dans les livres de lois, mais ça devrait être un acte criminel de pas conduire comme du monde parce qu’il a tombé de la neige. Si t’es pas sûr au volant de ta voiture, BEN RESTE CHEZ VOUS!!

La perfection du crime ou la perfection du temps ?

À l’extérieur la tempête fait rage … [cliché]

À l’intérieur sa conscience se débat mollement avec son lutin malfaisant …

Il a tout juste eu le temps de revenir de l’école avant que les chemins soient complètement bloqués.  Les autres doivent « camper » qui au bureau, qui au collège.

C’est le moment idéal !  Il se rend dans l’antre de cette chère Béa.  Par quoi commencer ?  Trouver son journal … trouver ses mots de passe.  Ça ce ne sera pas compliqué … pas d’imagination, la soeur !  Foutre le bordel dans le lieu … Ça c’est plus compliqué !  Pour qu’elle s’aperçoive de quelque chose faudrait plutôt faire le ménage !!!  Mais pas question !  Par contre on a tout le temps de passer ses secrets au peigne fin !  Il y a sûrement beaucoup de choses qui pourront servir à de futurs chantages … ou juste à faire royalement chier …

L’argent dans les poubelles

Mademoiselle, il paraît évident que vous n’allez pas mieux, du tout, vos tourments semblent même s’être aggravés durant l’heure qui vient de passer.

Mais comme vous savez, votre session est terminée, et afin d’en faire profiter les autres, vous devez libérer votre place sur ce fauteuil à mes côtés immédiatement.

Prenez soin de vous et refermez la porte en sortant.

Tablier

J’ai accroché mon tablier, comme disent certains. Moi, j’en portais pas, de tablier. Enfin, des fois oui, ça dépendait…

J’sais pas si c’est le fait de regarder mes enfants grandir sans moi. Ou d’être tellement trop torchée que j’vois rien. J’vois jamais rien. J’vois même pas le cash que j’fais tellement y  m’brûle les doigts… Anyway…

Je me suis rappelé de mon premier amour. De ma mère. De la tapisserie sur les murs de la maison familiale. Je me suis rappelé tout ça et je me suis regardée, juste après mon fix, dans l’miroir de la taverne. Me suis regardée pis j’ai vu la déchéance, le noir. J’ai vu la mort.

J’pense que j’ai eu peur.

De perdre le logement que je ne paye pas, parce que je suis trop stone.
De me shooter n’importe quoi, pourvu que ce soit moins cher. Pourvu que ça gèle. Pourvu que j’paye le loyer.
Peur que la police débarque.
Que je reconduise un poulet à l’école pendant que mes kids dorent à 400 fahrenheit.
Peur d’être tellement stone que je ne suis pas capable d’enlever l’aiguille de mon bras.
Peur de tout perdre.
Eux, comme moi.
Peur de perdre.

J’suis allée voir Jerry après mon dernier client. Je devais continuer encore une coup’ d’heures, mais quand j’me suis clanchée dans la p’tite cabine pas propre, je me suis vue. Dans la crasse pis la poussière, là par terre. J’ai regardé de plus proche le cerne de la toilette, jusqu’à y plonger ma tête. Eille j’peux-tu vous dire que j’me sentais pas pantoute comme dans Trainspotting. J’avais pas de p’tite musique pour me faire nager comme un poisson dans marde. Moi, j’voyais juste ça, la marde. Pis j’nageais pus pantoute.

Ça fait que j’suis allée voir Jerry pis j’y ai donné tout’ mon argent.
Pas fuckin’ brillant.

Des fois, j’peux être tellement conne.
J’m’étais dit que si j’arrivais avec une belle attitude, pas trop maganée, j’avais peut-être des chances. Pis j’me suis dit que si en plus j’y donnais mon cash…

-J’pense que j’ai faite mon boute, Jerry…
-Hey bitch, is it yout fuckin’ french or you’ve misspelled something?
-I’m done.

J’ai mis mon paquet d’billets sur son bureau. Pis c’est là que j’ai senti son coup d’couteau.

Accrocher le tablier, c’est l’cas de le dire.
J’ai pas mal tout accroché, j’vous dirais.
Ça fait 2 mois que j’suis ici.
En tout cas, pour l’instant, ce sont mes jambes qui sont accrochées. Pis les médecins ne savent pas quand je vais marcher. Si jamais, un jour peut-être, je pourrais marcher.
J’vois pas vraiment plus les p’tits. Y viennent me voir de temps en temps. Ça m’fait du bien dans l’ventre. Ça m’détend.

Atelier d’écriture

Les directives étaient inscrites sur le tableau noir:

Atelier d’écriture du 11 décembre

Thème: Fin de session

Contrainte: écrire au «vous»

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C’était un dimanche matin comme tant d’autres. Vous vous réveillez encore trop tôt. Vous vous faîtes du café tranquillement, sans vous presser. Vous mettez Sunday morning en boucle et pas trop fort. C’est comme du velours dans vos oreilles.

Vous  ne savez pas trop comment vous avez fait pour arriver à la fin de l’année sans coup férir. Et cela vous étonne beaucoup. Vous avez couru, couru, couru sans cesse pour tout faire dans les temps car les fins de session se ressemblent toutes.

Mais vous le savez: vous allez recommencer tout de même l’an prochain. C’est une vrai drogue, de l’héroine dans les veines. Vous êtes incapables de rester en place. Vous ne comptez plus les fois qu’on vous a dit « voilà qu’elle repart encore !»

On vous dit femme fatale. Vénus en fourrure vous allez être demain de toutes les soirées: une chanson évoquant la mort d’un ange noir vous obsède.

Vous allez attendre l’homme qui vous dira: je vais être votre miroir.

Vous avez toujours cette obsession secrète de vivre en Europe pour y commencer une nouvelle vie, y élever un fils même, pourquoi pas ?

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– Le temps est écoulé, la séance d’écriture est terminée. N’oubliez pas de remettre vos copies  sur la table à l’avant svp. À la semaine prochaine pour le dernier atelier de la session.

Assise dans le fond du local vous peinez à mettre une touche finale à votre texte. Levant la tête vous voyez Béatrice se lever, déposer sa copie et quitter le local, l’air satisfait. 

La fin approche

Vous pouvez vous imaginer que vous savez dans quoi vous vous embarquer.

Vous pouvez penser  être prêt. Vous pouvez penser que vous êtes organisé.

Vous pouvez même vous imaginer avoir un peu de temps de lousse.

Mais une fois la fin de session arrivée, vos belles résolutions vont avoir pris le bord assez rapidement.

Vous allez vous demander ou le temps est passé. Vous pourrez pas croire que c’est déjà la fin. Vous allez regarder tout le travail qui reste à faire, vous allez vouloir vous pendre avec vos « deadlines ».

Pendant un instant vous allez être persuader qu’il sera impossible de prendre le dessus. Puis vous allez aller vous achetez du café… beaucoup de café.

Vous allez passer une couple de nuits blanches.

Pis vous allez passer à travers. Courage, ça l’achève!