Le Casino

« Les jeux sont faits, rien ne va plus! »

J’entends la voix de la croupière dans ma tête. Ça sonne et résonne dans mon cerveau, comme si y’avait rien que ça dans mon esprit. Ça pis mon gun.

J’ai même pas de plan. Tout ce que je veux, c’est tout décalisser. En commençant par la porte jusqu’à la face du boss, en passant par le sourire du cave qui m’prend mon cash pis les p’tites croupières, habillées comme des putes de luxe, qui t’en font baver pis qui volent ton cash dès que tu clignes des yeux.

Y’est propre, mon gun. Y’est propre en criss.

J’ai pu rien à perdre, anyway. Y m’ont tout’ pris, les osties!
Ma job, ma femme, ma maison, mon char, mes enfants, jusqu’à mon rasoir.
Moi, j’m’en calisse de mon sort pis d’la mort. C’t’à soir que j’fonce dans l’tas pis j’ai l’intention d’y mettre le paquet.
J’ai des balles en masse.
M’a tirer tant qu’y’en a.

Perte de contrôle

Plus rien ne va !

Je perds la mémoire

Je ne me souviens plus de rien !

Qui suis-je ?

Où suis-je ?

Trop de questions

Trop peu de temps

Trop peu de réponses

Pourquoi ?

Trop d’interrogations

Trop de tout

Et de n’importe quoi dans ma tête

Une force  m’enfonce constamment plus avant dans un corps familier mais qui n’est pas le mien. Je suis incapable de m’en extirper. Je ne retrouve plus.

À jamais je suis perdue

Daphnée

janvier 2014

Jour de merde

Vous savez quand:

– Le toaster brûle vos toast.

– Vous vous brûlez avec votre café.

– Il n’y a pas d’eau chaude parce que le chum a pris une douche de trente minute.

– Il y a une tache sur votre robe.

– Vous êtes incapable de trouver vos clés.

– IL FAIT MOINS TRENTE DEHORS.

– Vous manquez votre autobus.

– Vous vous faites arroser de slush par une voiture.

– Il y a une panne de métro….

Vous savez quand ne fois arrivé au travail:

– Vous vous rendez compte que vous avez oublié votre lunch…. et votre porte-monnaie.

– Que vous avez une montagne de travail à rendre …. demain.

– Que votre patron vous tombe dessus….. sans raison.

-Que vos collègues passent leur temps en pause ….. alors que vous travaillez.

– Que votre ordinateur crash et que vous perdez votre travail… presque terminé.

– Que l’informatique juge votre problème comme bénin et vous fait attendre deux heures avant de réparer votre ordinateur.

-Que vous êtes obligé de rester au bureau jusqu’à 19 heure au bureau.

Vous savez quand:

– Vous devez être coincé comme une sardine dans le métro pour le retour.

– Il fait encore noir dehors.

IL FAIT TOUJOURS MOINS TRENTE.

– En arrivant à la maison, le chum n’a pas fait le souper.

– Il n’y a rien dans le réfrigérateur.

– Que la pizza met une heure à arriver et qu’elle est froide.

– Qu’il n’y a rien d’intéressant à la télé.

– Que votre chum bande mou…..

Il ne reste plus qu’à espérer que demain soit un jour meilleur.

Rien ne va plus !

NON … NON … NON … NON … NOOON !!!

C’est pas compliqué il me semble !  Tu te mets sur la marque ici et TU DIS TON TEXTE  … Qu’est-ce que tu ne comprends pas là-dedans ?  On ne te demande pas d’improviser.  Si l’auteur veut que Jacob dise : « rien ne va plus ! » il ne veut pas entendre : « ben là ça marche p’us ! ».  Moi je peux te le dire par exemple: « ben là ça marche p’us pantoute! »…  Si tu ne changes pas d’attitude … Bon, on prend une pause … Qi Gong tout le monde …

Mes nuits les plus longues

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. À l’aurore. Je passais ma vie en revue jusqu’au matin et quand Soleil se levait, j’allais au lit enfin. Alors que le monde s’ouvrait, moi, épuisé, brisé et ivre, je partais en voyage dans ma chambre. Sans bagage ni raison. Parce qu’il le fallait, parce que mes yeux rougis de fatigue l’emportaient sur les restes.

Cela ne représente certes pas mes plus belles années. Je soupçonne d’ailleurs que les troubles du sommeil de l’être qui se cherche en réponses sont comparables à de la maladie mentale. L’envers de l’horloge biologique donne accès à une banque de sinistres personnels. Et ses archives, il vaut parfois mieux éviter de les fréquenter. Non pas que je suis contre qu’on se souvienne, mais pas entre minuit et six heures je vous en supplie. En ces eaux-là, je préfère me soulager dans des décors irréels et des drôles d’associations automatiques.

Attendre dans le noir, je l’ai trop fait, j’en ai eu mal de vivre. Avec le temps, ça s’est étalé en épisodes composés, c’est moins pénible évidemment. C’est quand même encore chaque fois une peine de travers. Un fossé creux et large dans le quotidien. Les punaises de l’âme. La laine isolante sous la langue. Du vinaigre au foie. Un mirage toxique de merde chaude et molle d’une puanteur inoubliable.

Je préfère de loin me coucher tard.

La Shop

Longtemps je me suis couché de bonne heure.
Rien à voir avec la fatigue ou un manque flagrant de repos.
Une façon de passer l’temps, j’imagine.
Je rentrais du boulot, avalais un repas rapide et congelé, et je sautais dans mon lit, nu comme un ver, enseveli de couvertures.
Je barrais la porte, décrochais le téléphone, plongeais dans le noir total. La shop était fermée.

Les choses ont un peu changé. Juste un peu.
J’ai démissionné de mon emploi, j’ai vendu mon char, donné mon chien.
Je passe la majorité du vingt-quatre heures de chaque journée dans le noir total, sans manger.
Je ne vais pas bien.

Je n’ai plus envie de bavarder, de regarder la télévision, encore moins de mettre le nez dehors.
Je ne mange plus. Je sens mon corps maigrir et s’affaiblir, je flotte dans mes vêtements mais ça ne me fait rien. Il n’y a plus rien qui me fait grand chose, en fait.

En dehors du lit, il n’y a plus rien qui m’intéresse. Famille, amis, folies. Un gros fatherfuck all plein de vide.
J’baisse le chauffage, j’ouvre grand les fenêtres.
J’attends.

La shop n’ouvrira plus.

Léa

Longtemps, je me suis couché de bonne heure

Maintenant je ne dors plus – du moins peu – mais seulement depuis peu – car

Je crois que je suis amoureux !

D’une fille au travail

Je ne m’y attendais pas !

Des fois bien sûr on sort ensemble

Mais ce soir on sort ensemble

C’est différent – enfin pour moi – car elle ne le sait pas

Je suis nerveux !

Je passe la chercher

Elle me semble encore plus en beauté que jamais

À la fin du repas

Après quelques verres

J’ose

Je lui dis :

Approche ! J’ai une confidence à te faire !

Elle m’a tendu sa bouche
J’ai pris ses lèvres

Je l’ai embrassée