Mes nuits les plus longues

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. À l’aurore. Je passais ma vie en revue jusqu’au matin et quand Soleil se levait, j’allais au lit enfin. Alors que le monde s’ouvrait, moi, épuisé, brisé et ivre, je partais en voyage dans ma chambre. Sans bagage ni raison. Parce qu’il le fallait, parce que mes yeux rougis de fatigue l’emportaient sur les restes.

Cela ne représente certes pas mes plus belles années. Je soupçonne d’ailleurs que les troubles du sommeil de l’être qui se cherche en réponses sont comparables à de la maladie mentale. L’envers de l’horloge biologique donne accès à une banque de sinistres personnels. Et ses archives, il vaut parfois mieux éviter de les fréquenter. Non pas que je suis contre qu’on se souvienne, mais pas entre minuit et six heures je vous en supplie. En ces eaux-là, je préfère me soulager dans des décors irréels et des drôles d’associations automatiques.

Attendre dans le noir, je l’ai trop fait, j’en ai eu mal de vivre. Avec le temps, ça s’est étalé en épisodes composés, c’est moins pénible évidemment. C’est quand même encore chaque fois une peine de travers. Un fossé creux et large dans le quotidien. Les punaises de l’âme. La laine isolante sous la langue. Du vinaigre au foie. Un mirage toxique de merde chaude et molle d’une puanteur inoubliable.

Je préfère de loin me coucher tard.

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