Summer love

37,2 degrés celsius, l’été se rappelle de nous autres.

Tu m’dis: « Te souviens-tu au camping, quand on buvait des rhum and coke? »

On part en mission, débit de boisson.

On s’paie un 40 onces pis on rentre à ‘maison.

J’te joue du banjo, tu danses su’ l’balcon,

J’pourrais m’saoûler rien que de toé pis de tes glaçons.

 

J’pense à la première fois que j’t’ai vue,

Toute nue

Par le p’tit trou dans le mur de la roulotte de tes parents.

C’te p’tit trou là…

Toute mon amour a fitté d’dans.

 

 

Un trou dans le mur

On entend le vent qui souffle à l’extérieur. Parfois les murs craquent. La poussière s’accumule sur les bibelots et le téléviseur qui diffuse les images silencieuses du téléjournal. Une vieille lampe éclaire tant bien que mal une photo de famille où on peut l’apercevoir tout sourire dans les bras de son père. Époque heureuse et révolue. Sur la table en face du sofa où elle reste assise à longueur de journée, un flacon de barbituriques en suspens, ouvert avec quelques comprimés bleus qui jonchent la surface comme un tableau abstrait. Suffisamment de pilules pour le jour où l’alcool viendra à manquer. Depuis combien de temps est-elle dans cette maison? Elle ne sait plus; des semaines, des mois, quelques années peut-être. Dès qu’elle y est entrée, elle n’a plus jamais refranchi le seuil. Autrefois elle riait et pleurait, seule en présence de ses souvenirs. Maintenant plus rien ou à peine un immense flou spongieux et protecteur duquel elle semble apercevoir les contours d’un visage qui aussitôt disparait, s’efface dans la répétition du néant. En attendant le jour où elle trouvera le courage d’en finir, elle inscrit quelques gestes répétitifs dans son petit espace : se lève parfois pour éteindre le téléviseur, va chercher une autre bouteille dans la cuisine, se rassoit sur le divan jusqu’à sombrer et s’échouer engourdie sur l’accoudoir.

Le vent a cessé, l’horloge grave son tic tac dans le mutisme ambiant. Fixant le vide, elle reprend une gorgée de gnôle. Son esprit embué lui ramène les bribes d’une chanson oubliée. Elle se lève, rallume le téléviseur. C’est la roue de fortune. Elle s’en fout, reprend une lampée, ferme les yeux. La pluie commence à tomber derrière les rideaux toujours fermés. Le volume de la télé augmente sur une publicité de Liberté 55. La télécommande ne fonctionne plus. La pluie amplifie sa cadence. Des trombes d’eau pétaradent sur le toit. Elle reboit. Elle n’entend pas le crissement des freins dans la courbe de la chaussée, le dérapage et l’éclatement de sa boite aux lettres vide sous les roues du véhicule. Toutefois, l’explosion du mur du salon sous la force de l’impact, la tire de sa léthargie. Elle est toujours sur le divan, intacte et pétrifiée alors que tombent des lambeaux de plâtre et de poussière sur l’écran qui lance des flammèches colorées. La table et ses pilules n’existent plus, a soudainement été remplacée par un tas de ferraille d’où émerge un homme titubant qui se laisse tomber à ses cotés et se prend la tête entre les mains. Elle entend soudainement un hurlement sorti tout droit de sa propre poitrine. L’homme parait légèrement ivre, relève la tête, la regarde avec un air désolé, se confond en excuses, dit qu’il s’appelle Gaël, lui demande son nom. Elle est stupéfaire de s’entendre lui répondre, surprise du son de sa propre voix. Elle lui tend la bouteille. Il boit. Elle se met soudainement à trembler par saccades. L’homme la prend dans ses bras, la berce. Ensemble ils boivent en silence en regardant la pluie s’infiltrer par la cavité dans le mur. Elle se dit que demain, dès le petit matin, elle sortira par ce trou et se rendra à la pharmacie acheter du mercurochrome et des pansements pour soigner la coupure qu’il s’est fait à la joue.

Belle saison

C’est l’été enfin. On s’est souhaité la « bonne Saint-Jean » déjà, on déménage maintenant. Ou pas. Entre deux festivals, le soleil est bon. La chaussée fume à midi. Et les averses délicieusement occasionnelles enveloppent la ville d’humidité. Pour ses plus longues journées de l’année.

Folklorique.

Dans les marchés, les fruits et légumes sont disciplinés en rangées, ça nous rince les yeux de couleurs. Les gens sont contents. Les voisins aussi. Avec leurs ventes-débarras, leurs cordes à linge, leurs partys de balcon et leurs meubles à donner. On est dehors ou n’est pas.

Les fraises du Québec

Mûres assez, à souhait, disparates, dans un bol à soupe original, avec un trait de crème. Plus un de sirop. De l’érable bien sûr. Et une toute petite feuille de menthe en guise de cerise. Comme un chapeau. Wow. Voilà qu’on endure les écureuils, le trafic et le travail.

Ouvrir Grand

Déposer n’est pas le mot. Ni goûter, ni déguster.
Je ne pas pris le temps.

 

Je pris le temps d’acheter, de tâter, de sentir.
Je suis rentrée à la maison, comme urgée, ai verrouillé la porte. Les mains sales à même le sac. Lancés directement dans ma bouche, les fruits. Les biscuits, à coup de quatre ou cinq.  Je ne goutai point. Avalanche de saveurs gaspillées. S’entrechoquaient kiwis, myrtilles, crosnes, abricot, haricots, topinambours. avec pelures. Sans cuisson.

Accès à l’excès excessif.

 

La danse de la souris en l’absence du chat.
Le wagon sans chauffeur.
Le xylophone de Ruth Underwood.

 

Il y en avait plein. Il y en avait trop.
Ouvrir encore. Pour vomir le tout. Je ramassai les déchets et étouffai ma honte en regardant, une fois de plus, Un Zoo la nuit.

 

 

Pachyderme Humain

Je suis assis sur une chaise à ma mesure et je mange
Car j’ai faim à m’en faire exploser la panse
Des spécialités de tous les pays en offrandes
Autant de goûts pour me faire voyager
Autant d’épices pour me transporter

Au diable les kilos

Moi qui de toute façon n’ai jamais pu me déplacer
Ailleurs que d’aller aux WC

On pourrait à la limite m’exposer
Et pourquoi pas au zoo
Tant qu’on on y est
Comme pachyderme humain

Zenitude

Lorsque Béatrice reçu le courriel, elle ne pensait plus à ce concours auquel elle avait participé. Sa contribution ne faisait pas partie des textes retenus pour la deuxième ronde. Son haïku ne respectait pas la forme spécifique au genre littéraire. En effet son second vers avait plus de 7 pieds et en conséquence, le comité n’avait eu d’autre choix que de le rejeter.

La belle relu son haïku. Elle s’y était pris à plus d’une fois avant de comprendre: son deuxième vers se terminait par une syllabe muette qu’elle n’avait pas calculée. Zut !

Par curiosité Béatrice était retourné à la page concours du site pour lire les poèmes retenus. Non pas pour juger la qualité des textes mais bien pour confirmer sa certitude qu’elle n’était pas la seule à voir commis cette erreur. Elle n’a pas eu à en lire beaucoup: quelque uns avaient failli à la tâche.

Bah, tant pis, se dit-elle, en prenant un kiwi. Elle savait que son poème, même s’il ne répondait pas parfaitement aux règles du genre, était três beau. Elle en était pleinement satisfaite et c’était tout ce qui importait.

Cri du coeur

Écoutez-moi!!!

j’ai besoin de m’exprimer!

Finalement j’y suis arrivée! le bonheur absolu. La paix intérieure. Pour la première fois de ma vie, je me sens complètement épanouie.

Je ne divague plus, je n’ai pas perdu la boule, pour une fois tout est clair.

La vie est un show, une fois le rideau fermé, il n’y a plus personne qui peut nous juger. Tout n’est qu’une question d’apparences, un look qu’on se donne.