Across the Universe

Octave entra dans son appartement, comme il le faisait tous les soirs. Mais ce soir-là, il rentra seul. Après un dernier souper dont il aurait très bien pu se passer, Amélie ne rentra pas avec lui. Elle avait mis fin à leur histoire.

Après avoir débarré la porte, il allongea son bras droit pour atteindre l’interrupteur. Par réflexe, plus que par besoin. Octave n’avait pas besoin de lumière. Octave ne la voyait plus.

Il se dirigea mécaniquement vers la gauche, sa main longeant le mur. Un, deux, trois, quatre pas plus loin, il pénétra dans son salon. La tapisserie qui recouvrait les murs exprimait les années de laisser-aller. Les abats-jour étaient recouverts de poussière. Pourtant, le bar et le système de son faisaient preuve d’une propreté immaculée et d’une attention particulière. Octave traversa la pièce, sa main caressant le dossier du fauteuil au passage.

S’aidant du bar, il atteignit les verres et se servit un bourbon sans glace. Il descendit son breuvage préféré d’un trait et s’en servit un deuxième, repensant à Amélie, à ces années pleines d’elle qu’il laissait derrière lui. Il avait pensé qu’elle l’aimait comme il était, avec sa condition particulière. Mais Amélie ne pouvait plus, ne voulait plus.

Il déposa son verre et fit quelques pas vers le système de son. Plusieurs longs jeux trainaient, hors de leurs pochettes. Il prit le premier et le parcourut des doigts. Sur son visage, ses sourcils se froncèrent. Ce n’était pas celui-ci. Même exercice avec celui du dessous, qu’il rejeta aussi. Au troisième, un mince sourire de satisfaction s’afficha sur son visage. Avec plus de minutie, il parcouru d’abord un côté, puis le deuxième, en arrêtant la course de son doigt au milieu. Il ouvrit le couvercle de la table tournante et déposa le vinyle. Il leva l’aiguille de sa main droite et, guidé par sa gauche, la déposa exactement entre la deuxième et la troisième pièce. John Lennon se mit à chanter et Octave augmenta le volume. Il reprit son verre et alla s’asseoir dans son fauteuil. Sans colère, ni rancune, mais remplit d’un sentiment énorme d’impuissance, il se mit à chanter. Nothing’s gonna change my world… Nothing’s gonna change my world… Une larme roula sur sa joue.

Octave n’avait pas besoin d’Amélie dans sa vie. Ni plus qu’il avait besoin de sa canne blanche.

 

 

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