Prendre au suivant

Vous me connaissez déjà.

Bien malgré vous je crois.

J’ai mangé votre nourriture.

Fumer votre herbe.

Voler vos conquêtes.

Et après vous avoir tout pris,  je me suis attaquée à vos amis.

Vous faiblissez devant moi.

Vous êtes mon dépotoir et je suis votre mouette.

 

Merci.

Au suivant!

 

La révolte des mouettes

Le crépuscule descend comme une couverture diaphane jetée sur la ville. La nuit s’annonce douce. De petits groupes d’amies, des familles, des amoureux ont investi les parcs de Montréal. Au loin le son d’une mandoline se fait entendre entre nos anecdotes, nos rires et nos soupirs.

Je n’ai pas de chalet dans le nord ou dans le sud, ni Emma, ni JF ni Sébastian ni la plupart des gens qui procrastinent allègrement en cette fin de journée dominicale. On s’en fout, on se partage les espaces verdoyants de la cité dans le respect et la convivialité. Montréal nous sourit.

 

Mais voilà qu’ils débarquent avec leurs sales gueules et leurs gros sabots en piétinant les plates-bandes et les fleurs d’hibiscus. Ils sont quatre. Leurs voix de charognard émettent des grognements d’interdiction de se réjouir. Ils fouinent dans le restant de notre pique-nique; la carcasse du poulet rôti, le restant de salade de macaroni n’est qu’un faible alibi selon eux et pendant qu’un pignouf nous balance son pseudo règlement bidon par la tête, un autre mal dégrossi fait grincer son Bic sur un carnet de contravention. 150$ pour avoir osé déguster en plein air ce Pacherenc-du-vic-bilh dont le tiers de la bouteille se fait lentement renverser sur la pelouse par une grosse paluche porcine. C’est à ce moment précis, devant nos regards ahuris que la super Mouette avec son cri tel un rire strident, se vide les entrailles en bombardant d’une fiente bien juteuse, le gros nez du phacochère.

Ce matin, à la une du journal de Montréal on parle d’un complot. Des justicières ailées entravent par millier le travail honnête des policiers du SPVM. L’escouade GAMMA sera chargée de l’enquête.

La révolte semble commencée!

Insomnie obligée

En attendant demain, je suis vraiment en retard.
Mon texte était écrit, rimait beaucoup, était très long.

Les plans ont changé.
Je ne te dois plus rien.
Pis en attendant demain, enfin, en attendant la vie, je me suis camée hardcore.

J’attendais rien. Ni toi ni demain.
Ça traînait sur le comptoir.
Pis j’vois mon congé s’allonger.
Rien demain.
Rien.
Je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez.

Je me lèche les lèvres.
J’ai tout effacé.
Autant mon texte que toé.

C’pas ça que je voulais.
J’ai pas l’choix.
Un condom sur mon coeur.
Un speed dans mon corps.

La mâchoire flanche un peu.
T’as tué le feu. Je t’en veux à mort.

En attendant demain, je frappe je crie j’écris.
C’est sûr que je ne dormirais pas.
Parce que, quand je dors, je ne t’en veux pas.

 

À demain

Tandis que je n’ai plus d’ongle à ronger

Que je n’ai plus de gale à gratter

Que mon anxiété se transforme en espoir

Encore une fois ce soir

Je vais me coucher en espérant demain te croiser

D’ici là  » tout va bien »

Sauve qui peut

Sauf que rien

En attendant deux mains

Seule dans une pièce à l’éclairage tamisé, la tête dans le beigne de la table à massage, j’attends. Je pense à ce que la vie transporte d’absurdité. Cette musique censée me relaxer, cette odeur d’huile camphré qui me tombe sur le cœur. J’anticipe le plaisir de me faire cajoler les omoplates de sentir une pression sur ma colonne meurtrie. J’entends le bruit de la porte, quelques pas. J’ouvre les yeux pointés sur le sol, je vois les pieds de mon masseur et j’attends toujours. Le temps me parait long, la cassette rejoue les mêmes mélodies de flute de pan et de murmure de cascade. Les pieds n’ont pas bougés. À bout de patience, je relève doucement la tête et regarde l’homme devant moi, son visage concentré. Quelque chose cloche et je prends un moment pour me rendre compte qu’il est manchot.