L’homme et la mouette

Alors que je mangeais un Big Mac sur un banc pendant mon heure de lunch en anticipant très mal mon retour au travail dans un environnement de cul – une mouette s’est posée devant moi

D’un air altier – d’abord – elle m’a regardé – puis elle a bougé la tête de haut en bas et de droite à gauche – pour enfin faire la belle – en levant une patte – puis l’autre – en l’espace d’une minute elle avait usé de tous les sparages imaginables et vidé tout son coffre à outil de séduction

J’ai failli faillir et lui envoyer une patate – mais je me suis dit que du coup toutes les autres qui nous épient des toits environnants fondraient sur nous dans la seconde – créant un chaos incontrôlable – et brisant ce moment d’intimité

Et ce moment d’intimité – j’en avait spontanément et soudainement besoin – les bêtes je les aime – et cette mouette là m’interpelait – je voulais communiquer – comprendre – pourquoi elle dotée d’ailes se trouvait ainsi dans ce parc mal aménagé aussi asservie que moi

Moi si j’avais tes ailes – je dégage immédiatement tu sais

Pour aller où mon beau

J’sais pas – n’importe où mais pas ici – là où il y a des rivages – du poisson – de l’horizon

T’es un romantique toi – t’es touchant

Moi j’suis une mouette d’Hochelaga – ma mère a fini sous les roues d’un 4 par 4 – et mon père a fini dans une ruelle – j’ai jamais su comment – ton rivage – ton océan – ça fait 10 générations qu’on l’a pas vu – on sait plus comment y aller – on sait pu à quoi ça peut ressembler – on a faim tous les jours – on est drogué – dépendant – on mange de la merde – on est foutu – on est comme toi – car t’as beau me faire la morale – toi – franchement – même si t’as pas l’air con – t’as pas l’air heureux – ça – tous on le voit – et toi aussi tu manges de la merde – t’es gris – pourquoi toi – qui a sûrement plus les moyens et plus l’éducation – tu prends pas ton envol – tu dégages pas d’ici – pour te donner un horizon – une fierté retrouvée – que tu pars pas mourir ailleurs – là où tu veux – en fermant les yeux devant un paysage rêvé

On a donc parlé comme ça longtemps – ça a été intense – mon heure de lunch a passé – j’suis plus jamais rentré travailler

La mouette et moi on s’est entendu – deal – la nuit était pas mal avancée

Je lui est promis de l’emmener voir la mer

Puis au petit matin – on s’est mis en chemin – vers le lointain – vers la vie rêvée

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s