Comme un vulgaire déchet

C’était un samedi.
Même si le jour des vidanges c’est le mardi, ça ne t’a pas empêché de me crisser sur le bord de la rue.
J’étais même pas brisée, ni maganée, ni passée-date. Un peu sale, peut-être, mais encore très propre à la consommation.
Je valais encore quelque chose.

Tu m’as pitchée dehors pis j’ai atterri dans de la merde de chien pas ramassée. Moi non plus, d’ailleurs, personne ne m’a ramassée. Même pas les vidanges, le mardi suivant, parce que j’avais l’air trop neuf.

C’était peut-être ma couleur que tu n’aimais plus? Je ne sais pas, tu n’as rien dit. Beau gaspillage, belle pollution, bon débarras…
Un geste égoïste, passible d’emprisonnement, irréfléchi. Un geste de cave.

Je ne sais pas si tu regrettes. Je ne pense pas. Trop absorbé par tes nouvelles bébelles. Trop fermé d’esprit pour réaliser.

Je valais plus que ça. Je n’étais pas une cochonnerie.
Si je pouvais parler, je te dirais à quel point tu me fais chier.

Mal – Poli

Ma copine vient de faire le tour de l’Italie – elle en est revenue à ma grande surprise très déçue – non pas des paysages – de la gastronomie – ni des gelato – mais du comportement des italiens – et de leur impolitesse – surtout à Napoli – la ville qui est aux prises avec des problèmes d’ordures impossibles

Alors quand je lui ai demandé ce qui l’avait gêné à ce point elle m’a répondu : ils n’arrêtaient pas de me dire : tu es la pou-belle de toutes les filles…

Elle a trouvé ça très offensant – moi j’étais mort de rire

grisaille

il fait pénombre.

je ferme les yeux. je tente de faire le vide. oublier l’extérieur. oublier la clameur de la ville. oublier ma présence même. je veux être aérien, flou, impalpable. éthéré. je veux échapper à cet espace malsain. l’odeur y est pestilentielle. je n’ai que des relents putrides de rognures, d’ordures et autres pourritures.

j’ouvre les yeux. toujours ces effluves fétides.

il fait nuit.

Les musiciens caniculaires

Parfois, on peut les entendre chanter la moiteur de la nuit. Leurs petits corps gluants et grouillants de vie se frottent aux surfaces organiques et visqueuses en décomposition créant cette douce mélodie qui rappelle le son d’une fellation. Plus il fait chaud, plus ils sont heureux. Durant la canicule, je crois bien qu’ils se donnent en concert dans presque tous les foyers de la ville. Quand je rêve de tranquillité, je sors leur centre culturel sur le balcon. Pas de spectacle gratuit pour moi ce soir. Mais demain, quand le temps sera venu, j’irai chercher mes compagnons saisonniers pour les mettre à la rue.

Le matin venu, lors de la mise à la porte, leur salle de concert se brise sur mes pieds. Pluie d’asticots. C’est maintenant mon tour de chanter…