Mal – Poli

Ma copine vient de faire le tour de l’Italie – elle en est revenue à ma grande surprise très déçue – non pas des paysages – de la gastronomie – ni des gelato – mais du comportement des italiens – et de leur impolitesse – surtout à Napoli – la ville qui est aux prises avec des problèmes d’ordures impossibles

Alors quand je lui ai demandé ce qui l’avait gêné à ce point elle m’a répondu : ils n’arrêtaient pas de me dire : tu es la pou-belle de toutes les filles…

Elle a trouvé ça très offensant – moi j’étais mort de rire

grisaille

il fait pénombre.

je ferme les yeux. je tente de faire le vide. oublier l’extérieur. oublier la clameur de la ville. oublier ma présence même. je veux être aérien, flou, impalpable. éthéré. je veux échapper à cet espace malsain. l’odeur y est pestilentielle. je n’ai que des relents putrides de rognures, d’ordures et autres pourritures.

j’ouvre les yeux. toujours ces effluves fétides.

il fait nuit.

Les musiciens caniculaires

Parfois, on peut les entendre chanter la moiteur de la nuit. Leurs petits corps gluants et grouillants de vie se frottent aux surfaces organiques et visqueuses en décomposition créant cette douce mélodie qui rappelle le son d’une fellation. Plus il fait chaud, plus ils sont heureux. Durant la canicule, je crois bien qu’ils se donnent en concert dans presque tous les foyers de la ville. Quand je rêve de tranquillité, je sors leur centre culturel sur le balcon. Pas de spectacle gratuit pour moi ce soir. Mais demain, quand le temps sera venu, j’irai chercher mes compagnons saisonniers pour les mettre à la rue.

Le matin venu, lors de la mise à la porte, leur salle de concert se brise sur mes pieds. Pluie d’asticots. C’est maintenant mon tour de chanter…

Les poubelles de l’amour

Une poubelle trône à coté de ma porte. Je la regarde d’un sourire presque tendre. Les mouches tournoient de plus en plus nombreuses. Patiemment je la nourris. Hier d’un reste de cassoulet oublié dans le frigo, ce soir d’ossements de poulet au safran. Dans un excès de zèle j’ai aussi jeté un oreiller jauni, une vieille paire de bottes, un pot de fleurs mortes et un portrait de toi. Les asticots s’amuseront sans doute de mes tripes et ventricules et, pendant que des effluves enroberont ton souvenir, j’attendrai patiemment le ronronnement du camion. Je sortirai alors dans la ruelle, mon sac poubelle à la main,  me précipiterai à pas véloces. L’éboueur balancera mon offrande dans son broyeur, me tirera par la main, relèvera ma jupe et me prendra contre la benne, me soufflant son langage salace et ordurier.

L’Hommoizeau (ou la fable de la mouette)

Il n’avait rien d’un oiseau. Il avait tous les traits d’un homme, et se différenciait, par sa nature unique, de toutes autres espèces à plumes.
Avec raison, il ne se sentait jamais compris. Et toujours seul.

Sur ses bras poussaient de grands poils. Qui pognaient dans le vent. Ce qui facilitait son côté incognito dans notre clan d’oiseaux.
Il ne volait pas, mais il pouvait survoler la ville, en planant, afin de spotter sa proie, sa frite, sa nouvelle flamme.
Il se posait sur un nid, sans jamais vraiment le couver, mais profitait (le mot est faible) de la récolte de vers dûment gagnés.
Puis, il volait l’œuf dès qu’on avait le dos tourné…

Il trouvait le temps de se refaire une beauté, trouvait les moyens pour charmer.
Il enquiquinait pigeons moineaux pic-bois tourterelles et passereaux.
Prenait leurs frites, leurs femmes, leurs amis, leurs amours;
nos nids, nos œufs, nos vers:
Prenait toujours tout mais ne donnait jamais rien…

Un jour, à force de tout s’être fait voler et de ne plus avoir d’œufs à couver,
On a fait un meeting, nous, pigeons moineaux pic-bois tourterelles et passereaux.
On a fait un meeting et on a voté.
Cet hommoizeau devait changer, ou s’exiler.

On avait beau poser des caméras cachées, ça donnait pas grand chose… On n’avait jamais de preuve.
On avait beau lui refuser les vers et les vivres, il trouvait toujours un autre nid pour se nourrir.
Et pendant ce temps-là, mine de rien, on s’épuisait.

On a voté. Fallait que ça cesse, tout le monde s’entendait.
La différence, on l’acceptait.
Mais pas le vol de ce qui nous nourrissait.
Par contre, le vol de ses propres ailes (ou de son poil) nous allumait.
Fallait que ça cesse ou que ça commence.

On l’a finalement confronté, il avait le choix: l’exil ou l’envol.

L’envol de l’hommoizeau, full appuyé, vers son propre nid.
L’envol de celui qui va au loin, enfin.
L’envol de celui qui part pour mieux revenir, fort et équipé.
L’envol de celui qui ne veut plus subir ou profiter.
L’hommoizeau devait s’épanouir, maintenant, afin de se faire respecter par le reste du clan.
Pas comme les mouettes, qu’on veut juste tuer.
Mais comme un membre de notre espèce qu’il est fuckin’ temps de protéger.

L’homme et la mouette

Alors que je mangeais un Big Mac sur un banc pendant mon heure de lunch en anticipant très mal mon retour au travail dans un environnement de cul – une mouette s’est posée devant moi

D’un air altier – d’abord – elle m’a regardé – puis elle a bougé la tête de haut en bas et de droite à gauche – pour enfin faire la belle – en levant une patte – puis l’autre – en l’espace d’une minute elle avait usé de tous les sparages imaginables et vidé tout son coffre à outil de séduction

J’ai failli faillir et lui envoyer une patate – mais je me suis dit que du coup toutes les autres qui nous épient des toits environnants fondraient sur nous dans la seconde – créant un chaos incontrôlable – et brisant ce moment d’intimité

Et ce moment d’intimité – j’en avait spontanément et soudainement besoin – les bêtes je les aime – et cette mouette là m’interpelait – je voulais communiquer – comprendre – pourquoi elle dotée d’ailes se trouvait ainsi dans ce parc mal aménagé aussi asservie que moi

Moi si j’avais tes ailes – je dégage immédiatement tu sais

Pour aller où mon beau

J’sais pas – n’importe où mais pas ici – là où il y a des rivages – du poisson – de l’horizon

T’es un romantique toi – t’es touchant

Moi j’suis une mouette d’Hochelaga – ma mère a fini sous les roues d’un 4 par 4 – et mon père a fini dans une ruelle – j’ai jamais su comment – ton rivage – ton océan – ça fait 10 générations qu’on l’a pas vu – on sait plus comment y aller – on sait pu à quoi ça peut ressembler – on a faim tous les jours – on est drogué – dépendant – on mange de la merde – on est foutu – on est comme toi – car t’as beau me faire la morale – toi – franchement – même si t’as pas l’air con – t’as pas l’air heureux – ça – tous on le voit – et toi aussi tu manges de la merde – t’es gris – pourquoi toi – qui a sûrement plus les moyens et plus l’éducation – tu prends pas ton envol – tu dégages pas d’ici – pour te donner un horizon – une fierté retrouvée – que tu pars pas mourir ailleurs – là où tu veux – en fermant les yeux devant un paysage rêvé

On a donc parlé comme ça longtemps – ça a été intense – mon heure de lunch a passé – j’suis plus jamais rentré travailler

La mouette et moi on s’est entendu – deal – la nuit était pas mal avancée

Je lui est promis de l’emmener voir la mer

Puis au petit matin – on s’est mis en chemin – vers le lointain – vers la vie rêvée

Cas rapace

Vole au-dessus de ma tête une mouette. Je poursuis mon chemin. Soleil de plomb et chaleur accablante. Un froissement s’amplifie. Je lève les yeux: une nuée de mouettes me suit maintenant. Je m’assois à un banc un peu à l’ombre. Les mouettes sont toujours présentes, tournoient sans s’éloigner. Elles ne s’intéressent pas aux autres. Je crois délirer mais je me rends bien compte que je n’ai pas la berlue et que je suis bien leur élu du jour. Je suis pris comme proie. Elles sont comme des vautours dans le désert à la recherche de carcasses. Sauf que je ne suis pas un cadavre ambulant, je suis bien vivant et pour longtemps encore. À moins que ce ne soit qu’une illusion ? Le fruit de mon imagination ?