Déshonneur

Le radius et le cubitus pointaient en fracture ouverte. Les os du poignets ne retenaient plus rien de ses mains. Ses mains trompeuses, menteuses, ses mains traîtres et destructrices, je les avais mutilées. Je n’étais plus le seul handicapé, je n’étais plus le seul blessé. Les tissus, la peau en friche pendaient en dehors de ses gants de chair et elle, elle braillait là comme une putain infidèle. «Je vais te tuer, je vais te tuer !» «Comment ? Avec quoi ? Tu m’as déjà tué. Je suis mort. Mais tu ne me toucheras plus, salope.» Elle se rua vers le téléphone en couinant, comprenant pas à pas la fatalité de sa saga. «Je t’aimais et maintenant, je te déteste. Tu ne me toucheras plus, tu ne toucheras plus personne. Meurs au bout du sang de tes mains sales.»

Rêveries

Lune d’amour est pleine, mais mon cœur et vos mains
Les yeux tristes Van Gogh sème fleurs bleu chagrin

Douces touches courrez, sur ma peau mate jouez
Une ronde d’amour, une lune oblongue
Faisons-nous grande cour, rêvons la nuit longue

Sur des airs de Chopin valsent plus belles nos peines
Toujours sans lendemain, vos caresses et les miennes

Douces touches courrez, sur ma peau mate peignez
En camaïeus de rose ou d’or enluminée
Un soir de pleine lune, je vous retrouverai

Non, ce n’est pas une soirée-mini-putt-side-by-side-en-mustang-jaune-décapotable-with-you-guys-avec-virgin-sex-on-the-beach-ou-ride-the-dragon-craziest-east-coast- scenic-rollercoaster-park qui va me faire défâcher

J’ai mes règles : vacances rêvées de rêve de cette année de merde : mes règles ; règles parfaitement synchronisées sur le cycle de la lune et donc les marées avec en prime : ballonnements utérins de type – c’est des triplés ? – heu, non, c’est des «menstruée» (voir evidence photo number 36) donc, topo : tandis que (je l’appellerai) ancien-père se la joue G.O.-méga-old-school-speedo-qui-baîlle-du-cul tout en gueulant sa joie de s’exhiber la craque dans les vagues comme un putois en vacances, moi, comme d’hab dans ce cauchemar de huis-clos familial, je cherche les chiottes pour m’enfiler ce putain d’O.B. Special Teenager (my-one-and-only-summer-love) quand ancien-père, champion de chez champion, me balance à tue-tête – LES BOUSE HOUSE SONT À L’ENTRÉE DE LA BEACH À CÔTÉ DE LA TENTE DE SUPER SEX LIFEGUARD (génial, manque que de gueuler très fort que j’ai envie de caca) ; évidemment, tu penses, la meute de sublimes surfers se tournent automatiquement vers moi tout juste comme je pointe la Bouse House du doigt d’un air interrogateur style genre little french connasse et, trop la honte, je vire totalement au red quand j’entends-ti-pas Capitaine Naze aka ancien-père gueuler à ancienne-mère que les plages sauvages à grosses vagues, c’est tellement trop de la balle qu’-on se fout à poil ; soudain, je dye ; le ex-dad : trop-reggae-love-caïd-de-la-couille-qui-pendouille et les mommy ricaines supra cathos qui oh my godent à qui mieux mieux en cachant les yeux de leurs baby-cachalots en little swimmers (tiens, c’est ce qu’il me faut) ; alors je lance le plus giga-méga-bad-fatal-look-of-your-life à former-mother (qui, évidemment, se marre comme une picoleuse qu’elle est, sans aucune considération pour moi et my love, le surfer à taches de rousseur sponsorisé par Quicksilver, she’s so-betraying-my-life, so-vie-de-merding-me en se débarrassant façon Lady Gaga de son bik qu’était déjà way trop tiny pour une menopaused), mais là, coup de théatre, le nec-plus-ultra des sauveteurs de la côte est américaine de la galaxie, celui dont parlait certainement ex-père (way plus nec ultra que Quicksilver surferboy) rapplique vers vieux-nudistes-bourrés avec l’élégance de la Jeunesse Qui Sait Se Tenir, Qui Sait Avoir Du Plaisir dans le Sport par exemple, ou dans L’Aide à la Communauté, La Confrèrie, La Fanfare Municipale, Offrir De Son Temps Aux Personnes Âgées, bref Good Values et sans se murger la gueule comme des chameaux qui se retiennent cinquante semaine par année, nec plus ultra super choupi rapplique donc, en faisant no, no, no du finger et en montrant son sublime bermuda parfaitement seyant et qui glisse sur ses reins comme s’il était Le David de Le Michel-Ange, mais moi, newly-orpheline, je ne peux plus voir ça, mes émotions sont trop fortes, trop hormonales, JE DEVIENS FEEEEEEMMMMMMMMME, je courre vers la Bouse House avec mes O.B. Special Teen qui sautent hors de mon sac-à-main-de-fille-menstrue comme pour baliser my journey de summer-descente-aux-enfers through feminity, je courre et courre comme si la fin du monde venait vite derrière pour m’emmener malgré moi vers the Bouse House : where I belong, et là, je me vois, je me day-dreame pour fuir mon drame familial, assise en salle d’interrogatoire face à Sublissime-Sauveteur-des-mers-déchaînées-of-Atlantic-shore-of-full-of-sharks-of-America – no, no, zath is not my fazer, I swear, I don’t know him, he’s lying (…) no, not my mozer neizer, zey are drunk french people, thank god I’m not one of zem, I’m one of yours (…) my name his Delphine, I’m an orphan (…) Oh, I love you too David (…) Oh, I love you so much, bisoux bisoux bisoux ; putain de merde, réveillez-moi quelqu’un, je commence à avoir envie de faire comme ces chtarbés d’américains et de shooter tout le monde, red alert aux drapeaux en berne, aucun risque que j’ovule sous la pleine lune, genre phéromones en folie sur la plage avec against-extremely-dangerous-seashore-marine-wildlife-danger-or-hazardous-rip-currents-marvelous-protector-Le-David-from-Le-Michelangelo, bah non, serait trop simple, et mes vieux qui se marrent et courent derrière moi comme des adolescents attardés imbibés à mort en se cachant la bite et les nénés avec des – tiens Gérard ! tiens Marielle ! un tampon-de-mer, trop horrible, ô diary, y’a pas de justice pour les orphelines, je peux juste pas passer une journée normale en vacs sans spm, dear diary help me please, do David love me ? je pourrai plus jamais m’arrêter d’écrire, c’est trop la honte, j’ai trop hâte de retrouver Sandrine, faites que ces vacances s »arrêtent (…) – allez viens, on se marre dans le jacuzzi (…) hé merde, now c’est la résilience, j’ai vraiment plus d’autres choix que de suivre mes pastime-genitors et me faire tourbilloner la sécretion au spa avec une bande d’orphans boutonneux et d’alcolos dégénérés, good bye American dream.

1-800-COUILLE

Il arrive parfois que votre cerveau part en (⬆) et alors (avis à tous) vous pourrez toujours compter sur nos agents pour vous rendre intéressant ou vous trouver un alibi. Dans le cas de the mysterious By Alex, l’agente-couille Monica Sotherby (de Sotherby’s Real Estate Intl & Schnitzel) salue her amazing shape. OMG. Although a poor english and a total unknowledge of stuffed quahog, what an awesome petite mother! But her brain…

So ramolli on fudge.
See you on a roller coaster, guys !

Le spectre d’Astre Roi

La chambre des ablutions se trouvait au fond du jardin. Le soleil qui baignait sa verrière la laissait déjà chaude, tellement qu’autour les herbes hautes étaient aussi jaunes que les champs de foin et de colza qui filaient à perte de vue. J’avançai vers celle qui avait guidé la prière du matin, elle nous demanda de nous agenouiller de nouveau. «Votre âme est prête à avancer vers Astre Roi, il faut maintenant nous affranchir des autres impuretés.» Je m’installai face à la grande étoile, expirai l’air vicié du bas ventre et fermai les yeux. La prêtresse coupa poignée par poignée nos longs cheveux défaits. J’eus une pensée pour ma mère.

J’entrai nue dans la chambre, la chaleur m’enveloppa toute entière et fit remonter un souvenir de vacances. J’expiai aussitôt cette pensée souillée, soufflant le vent vicié une fois de plus et refermant les yeux. J’imaginai Astre Roi me purifier de ses rayons dorés. Les ablutions passées, ses eaux froides et bénies versées sur ma charpente, je serais de nouveau prête à avancer vers lui.

La prêtresse nous fit montrer les chevelures qui glissaient entre nos doigts et cracha sur leur indécence, invoquant l’arrogance de la vie qui croît sous Astre Roi malgré sa volonté. «Astre Roi demande à être respecté,  sa lumière n’est pas sa toute puissance.» Elle glissa la main dans l’emmanchure de sa robe et sortit un ongle qu’elle présenta au ciel dans un écrin de blé sec, couleur  d’ambre. Nous entamâmes les chants du rite et le rideau s’ouvrit sur Maître, nu, parfaitement glabre, des feuilles d’or aux lieux de quelques ongles, le prisme autour du cou. La prêtresse lui remit l’écrin, couvrit ses épaules du chasuble aux reflets de mercure puis nous posâmes nos cheveux sur l’autel.

Maître prêcha longuement en disposant les crins, les torsadant et les tressant en un nid roux, blond, gris et mordoré. Par-dessus nos chants, il prononça les versets du Livre de Feu et de Lumière et nous répondîmes en chœur à l’ultime appel dans un râle bruyant, expirant l’air vicié du bas ventre dans la bouche de Maître, avant de nous laisser tomber à ses pieds. La prêtresse détacha le collier et, sans en toucher l’amulette, le remit à Maître.

Dans le nid chatoyant, Maître posa le prisme et le tendit au bout de ses bras en offrande à Astre Roi. Il inclina sa pointe vers le zénith et catalysa toute la lumière en son cœur. Nous répondîmes à l’oraison en levant les mains au ciel. «Astre Roi demande à être respecté,  sa lumière n’est pas sa toute puissance. Disciples d’Astre Roi, brûlez. De par son feu, purifiez.» Maître posa le nid sur le socle de prophétie et quelques secondes suffirent pour que les crins s’embrasent et que grésillent les impurs. La lumière se réfracta aussitôt en un spectre divin et les couleurs jaillirent de par la verrière jusqu’aux champs environnants. Tout autour, au long des incantations, les foins s’enflammaient, violets, indigos, bleus, verts, jaunes, orangés, rouges, gagnants peu à peu du terrain vers la chambre des ablutions.

Au loin, les cris des paysans et des bestiaux éclataient. J’eus une nouvelle pensée pour ma mère. Maître demanda de rester purs et de jouir du feu d’Astre Roi. «Astre Roi est amour. Ouvrez les yeux, voyez sa lumière, sentez venir son feu». Il prit l’air vicié de la prêtresse en sa bouche et la fit s’étendre sous le socle de la prophétie, puis il posa l’écrin couleur d’ambre et son ongle sur son bas ventre. La prêtresse gémit en ouvrant les jambes et dans l’ardeur des flammes avoisinantes, Maître la pénétra violemment. «Ouvrez les yeux, voyez sa lumière, sentez venir son feu.» Il nous prit l’une après l’autre, plantant ses doigts d’or dans nos casques pelés. La lumière devint aveuglante, la chaleur affolante. «Ouvrez les yeux, voyez la lumière. Astre Roi est amour. Purifiez.» Dans le vacarme du feu, j’entendis ma mère me crier de revenir, de rentrer. Entre les coups du Maître et les cris des disciples bientôt cuites, désincarnées, je pensai au soin qu’elle apportait à mes blondes nattes. Dans un hurlement, je lui répondis que ce n’était plus possible.

Maître jaillit sa nâcre entre mes jambes.  Tout devint noir, puis très très blanc.

La manœuvre

J’arriverai à un point de non-retour. Je n’aurai plus le choix. Seule ou sans conquête à l’horizon, j’aurais flanché sous la pression, j’aurais viré de bord et abattu sans me gêner.

Je ne pourrais plus attendre, je me planterais sinon. Recours MAYDAY à n’utiliser qu’en cas de vent extrême mêlé à équipier très beau, mais non-initié.

Je réviserai les étapes de la manœuvre, prendrai un nœud de recul, rebiquerai du côté en lançant un mot d’esprit et gîterai à contre-courant pour mieux fuser dans un léger éclat de rires, d’un naturel et d’une féminité assourdissant.  Parée à envoyer ? Envoyez !

Passage au grand largue en douceur et sans choquer.  Il me trouvera si mignonne qu’il m’embrassera en se demandant s’il vient d’échapper une vesse…  Je lui tirerai une tête, j’aurai le vent dans les voiles et plus dans les fesses.

Et nous filerons sous les alizés du bonheur. Moi, bronzée, libre et épilée… Seule maître à bord, sifflant au gré de mes humeurs salées : «Affalez le pantalon, matelot !» «À vos ordres, capitaine Gripette !»