Âpre savoir

 

Après avoir

Épelé ton nom à l’endroit à l’envers

En dessous de chaque lampadaire qui éclaire ton avenue

 

Après avoir

Compté toutes les feuilles de ton arbre

Calculé l’hypoténuse de ta fenêtre et ton pouls à minuit le samedi soir

 

Après avoir

Mesuré le rayon de l’iris de tes yeux

Et deviné le nom de ton chat

 

Je m’aspergerai d’essence et danserai autour du feu

Parade nucléaire d’amour quantique

 

J’entends déjà la musique.

Carlwithak

ISA&CarL

Accident.

Coma.

Comme le dernier des cynismes

« Baby I’m an anarchist ». 

*

Débranché

Avant que j’ai pu te toucher

De ma main d’amie, de ma main qui comprend

Une dernière fois.

*

J’espère, j’espère

Que t’es resté d’travers

Dans la gorge de la Mort,

qui a ouvert sa bouche sans crier gare,

dans le tunnel Ville-Marie, cet après-midi là.

*

Gainsbourg et toi en ford mustang

Tu as donné tes organes.

Je pense au chanceux qui aura tes yeux. Tes beaux grands yeux bleus. Comme un lac, au mois d’août, juste assez chaud juste assez doux

Pour s’y baigner

Pour l’éternité.

Comme quand

boy and girl

Comme quand j’avais 14 ans

Sourires interdits, Grimskunk au square Berri

Comme le southern dans mon sac et ton flasque de whisky

Ma tête dans le bass drum

Comme quand dans la réserve on espérait des chamans

Et trouvait que des hommes

Comme quand dans le feu j’ai vu danser mon monstre

Et que j’ai cru découvrir le monde

entier

en une seule nuit

Les petites saintes vierges sur la tablette

Nos visages maquillés mahori

Comme quand St-Denis Mont-Royal un seul baiser glacial

Au bout du fil, oubli fatal mon

poumon cocaïne sautant dans ‘face du grand fendant

Comme quand Chantal s’est brûlé les mains sur le toit

Que j’ai piqué ton bécik pour aller voir si les gens

Sous mon chapeau de cowboy reconnaissait Boris Vian

Et comme quand tu m’as dit  « j’ai couché avec Méli »

À ‘taverne St-Laurent.

 

Jazz Club BeeBop soda le vrai hit

Qui a fait vibrer ton cœur

Mais après personne sur Papineau

Voulait entendre parler d’Charlie Parker…

 

Mon oiseau

Désemparé

 

Comme quand tout en haut d’l’escalier de secours

J’ai ri et crié et craché

Comme une historique hystérique

À la gueule des policiers qui auraient pu te trouver

Roulé en boule dans l’objectif de ton point de fuite.

 

Comme quand…

 

Comme le char pas volé

Comme Châteaubriand en ruelle ribambelle déchirée

Comme quand les libraires deviennent tovaritche

Que la vodka part dans la montagne se faire flamber

En couleurs sur un picking de Django

Gracias mucho, dunka shen, spàssiba

Comme tu voudras

Mais il faut que je m’en aille

(est-ce que ça t’a fait mal ?)

Comme quand les fées se trompent de lit

Et que je te dis

Tous mes secrets.

Les époques révolues, les participes passés,

Les figures de style détrempées

Comme un chien sous la pluie,

qui attends qu’un vieux Buick vienne le chercher

Pour l’emmener à Chicago

Je repense à Léo

Et à qu’est-ce qui t’as pris

Rouge marocain

Le pain, le vin, l’oseille

Les vapeurs kerosen

et le petit chat

Ces offrandes à des dieux qui ne connaissaient que toi.

 

Maintenant

À des kilomètres l’un de l’autre on se réveille et

C’est le soleil

le premier entré dans la chambre ce matin

Ça brille entre les cils et ça fait rêver d’incroyable

Comme quand on rentrait chez nous par la piste cyclable.

*