Effacer les traces

La menace estampe ton regard et avant que ta tête n’ait compris l’intention et la réception de la lame à venir, ton cœur s’est turboïfier, a ouvert à fond les valves, tes poumons de baudruche et ton sang dérapé sur la piste des nerfs hurleurs. Les chiens aboient au loin de ton corps aux yeux hagards. Du pied dans la crevasse jusqu’aux racines d’où on ne te retrouvera jamais, je coupe les derniers liens pouvant remonter à mes lèvres.

Je disparais dans l’orbiculaire.

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Dormir ne pas dormir

Sur mes murs les fissures saignent d’obscures peuplades

la chambre à ras bord des lèvres

je le regarde dormir avec envie

jalouse ses glissades véloces et lisses

dans le tunnel du songe

j’égraine les secondes

je roule un batte

 roule sur moi-même

me roule la bille

me colle sur ses fesses

face à dos

fesses à fesses

face à face

fait la planche

le crawl

le papillon

le poisson lune

pense à Machin

à Machine

à Trucmuche

en vain

balais les miettes de mon cerveau

 tourne mon oreiller

le plie

le déplie

ouvre les yeux

lit un chapitre

me lève becqueter

boire de l’eau

du rhum,

du jus d’ananas

prends un comprimé

pense à ce que j’écrirai

sur le thème dormir

regarde le plafond

vois une araignée

vois le corps de l’autre se soulever à rythme régulier

l’écoute respirer

ronfler

entends un bruit d’ambulance au loin

caresse les fantômes du passé

du présent

du futur imparfait qui

 dansent le hula hoop

regarde l’heure

la porte

ma main

son cou

à lui

à elle

à un lièvre argenté

à la guerre des foulards

à la course des hélices bleues qui

lézardent de froids silences  et qui tranchent les envolées

alors que je m’engouffre et m’enlise et

glisse et glisse et glissz…zzz

…zzzzzzzzzZZzzzzz…

zzzzZzzzz

zzZzz

zZz

z

 

 

Syndrome d’Asperger

C’EST QUOI ÇA!!!! Non mais C’EST QUOI ÇA?!!!!!J’VOUS L’AVAIS DIS QUE JE NE VOULAIS PAS QUE LA SAUCE TOUCHE AU RIZ ET QUE LE RIZ TOUCHE LE POULET !!!! C’est toujours la même chose, personne n’écoute, c’est pourtant pas compliqué! Tu mets le riz d’un côté pis le poulet à l’opposé pis la sauce sur le poulet. PAS SUR LE RIZ!!!! Et le riz trop proche du poulet….ÇA NE VA PAS!!! ÇA COLLE, ÇA S’AGGRIPE À LA VIANDE!!!Pourtant pas difficile à comprendre, je vous l’avais dit! COMBIEN DE FOIS JE VAIS DEVOIR LE RÉPÉTER POUR QUE VOUS ME COMPRENIEZ? Grrrrr…non mais je m’exprime dans un bon français il me semble!? VOUS COMPRENEZ LE FRANÇAIS? VOUS COMPRENEZ CE QUE JE DIS?! VOUS COMPRENEZ LE MOT RIZ, LE MOT, POULET, LE MOT SAUCE ET LE MOT ASSIETTE?!ALORS C’EST QUOI VOTRE PROBLÈME?!!

La roche magique

L’autre jour j’ai eu six ans et mon père m’a offert une bicyclette rouge qui s’est malheureusement fait voler le jour même. En fait, je ne l’ai jamais vue car lorsque je suis sortie pour qu’il me la montre, ben elle était déjà plus là! J’étais déçue mais tout de même heureuse car je venais d’avoir la confirmation de ce que je soupçonnais à propos de la roche qui s’était détachée du gros rocher alors que j’y grimpais. Je l’avais ramenée à la maison car j’avais remarqué qu’elle brillait et scintillait par endroit. Mon père m’avait dit en la voyant : – C’est une roche magique! Si tu la frottes bien tous les soirs avant de t’endormir, elle se remplira d’or, de diamants et de pierres précieuses. Le même soir maman m’a mise au lit après que j’aie astiquée ma roche mais j’ai eu du mal à m’endormir parce qu’elle s’est disputée très fort avec mon père. Ça arrive souvent. Ma mère pleure beaucoup elle crie : – T’es encore allé la r’joindre? C’est ça? Dis-le!!! Arrête de me mentir dans’ face!!! T’es pas allé en voyage de chasse le mois passé, hein? Avoue? T’es partie une semaine à Acapulco avec ELLE!!! JE L’AI SU!!!

D’abord mon père rit puis il répond- Arrête donc de niaiser! De quoi tu parles?!  Puis il finit par se fâcher et faire des menaces à ma mère, du genre qu’il va la câlisser là une fois pour toutes avec pas une cenne.

Avant je me cachais la tête sous l’oreiller quand ils s’engueulaient mais maintenant j’ai ma roche et je la polis en me disant que quand elle va être bien mûre, je la casserai et offrirai l’or, les diamants et les pierres précieuses à ma mère. Après on partira en voyage, ma sœur, ma mère et moi, sur un grand bateau pour Acapulco et ma mère sera heureuse.

Hier ma mère a mis nos vêtements dans une grande valise et nous sommes parties vivre chez ma grand-mère. Ma grand-mère est très gentille. Elle joue avec moi, m’apprends à coudre et à tricoter pendant que ma mère pleure au téléphone. Ça me rend vraiment triste de la voir comme ça, ma mère. Je vais donc chercher ma pierre, elle brille vraiment beaucoup. Je décide de la casser afin de nous offrir ce présent qui va changer nos vies. Je vais dans le garage de mon grand-père avec mon bout de rocher. Je l’installe sur l’étagère, j’éprouve une émotion intense. Je prends un marteau dans le coffre et je frappe un grand coup sec mais rien ne se casse. Pas grave, je ne me décourage pas, je prends une masse un peu plus grosse et très lourde pour mes bras mais quand je pense à ma mère ça me donne des forces. Je prends mon élan et d’un autre coup, je brise la roche en deux. Et savez-vous quoi? Savez-vous ce que j’ai trouvé à l’intérieur? Absolument rien!!! Seulement de la roche! Alors j’ai compris pourquoi ma mère traitait mon père de menteur.

J’ai gardé les morceaux de la roche. Je les traine souvent dans mes poches. Un jour quand il viendra faire pleurer ma mère j’irai péter ses vitres de char avec mon slingshot magique!

Gastronomie et plaisirs de la chair

Elle se souvient s’être donnée à cet homme qui lui avait préparé un délicieux et croustillant confit de canard. Chauds et sensuels jeux de l’amour en guise de dessert. Puis aussi à cet autre latin qui avec minutie, arrangeait ses pizzas de façon si jolie qu’on aurait dit la toile d’un grand peintre. Une fois, elle avait gentiment mais résolument repoussé les avances de celui-là qui lui avait platement et sans classe, proposé un pâté chinois lors d’un premier rendez-vous. Elle avait tout bonnement trouvé une excuse après le pudding chômeur malgré l’insistance du jeune homme. La voilà maintenant devant ce grand gaillard russe duquel elle avait par curiosité accepté l’invitation à souper. La salle à manger est luxueuse et la lueur des bougies fait danser les ombres sur les murs. Alors que son corps et ses papilles anticipent le plaisir à venir, son hôte pose une assiette devant elle. Du boudin!!!! Décontenancée et prise au dépourvu, elle se lève et cafouille deux ou trois mots à peine audibles. Le gars lui indique la salle de bain. Elle s’y enferme, respire un grand coup, jette un regard interrogateur au miroir et d’un geste sans équivoque soulève la guillotine de l’unique fenêtre par laquelle elle s’engouffre. Après un saut de quelques pieds, elle se retrouve dans une ruelle et, à grandes enjambées, fuit droit devant elle. Non mais….du boudin!!!!

Baignade

Baignade

 

Il faisait doux lorsque j’ai pénétré les flots. Face contre ciel le courant m’a emporté jusqu’à dépasser de funèbres rochers. Je ne me suis pas méfiée du vent qui s’est levé m’entrainant au large. L’eau sous mon dos s’est refroidie, s’est assombrie, le ciel aussi. Je me ressaisis, je bascule à la verticale et tente de m’orienter vers la terre ferme. L’horizon me déballe des montagnes russes aquatiques. Moment de panique. Je repense à ce chien qui un jour avait glissé du traversier ou nous étions, et à cette petite fille affolée et en larme, accrochée à la passerelle. La bête s’était courageusement débattue dans le bouillon, sa truffe pointant désespérément avant de disparaitre, scellée à tout jamais. J’écoute mon instinct me dicter une direction que je suis en fendant les remous. J’ai l’impression de faire du surplace ou pire, que les vagues m’aspirent vers un diaphragme océanique comme si on avait enlevé le bouchon du fond marin. Mon cœur bat la chamade, je m’essouffle, essais d’économiser mon énergie lorsque soudain j’aperçois le pic d’un rocher, une silhouette obscure sur laquelle m’aiguiller. Je calcule une cinquantaine de mètres et j’axe une brasse furieuse dans cette direction. J’ai presqu’atteint mon but lorsque mon pied heurte confusément une masse mouvante. J’arrête mon geste et repère un duo d’ailerons qui tournoient à quelques mètres à peine. Une angoisse fulgurante me saisit l’estomac et mon sang se glace alors que j’aperçois un des requins foncer droit sur moi. Brusquement un bruit impromptu résonne à mes oreilles, me sors de ma torpeur!  Toc toc toc! Toc toc toc! –Marie! C’est assez! Sors du bain! Ça fait une heure que t’es là!!! Toc toc toc! Mariiiiie! Tu fais chier!!!