Et pis

Mon muse,
mon musée d’idées
une tonne de choses sans valeur
dans tes yeux, rien du tout
mais si tu savais comme j’aime le vide.

Mon orage,
mon or emprunté
aux coffres d’une reine,
aux aveux d’un condamné
à qui on a chatouillé les aiselles
devant sa mère égorgée
jusqu’à temps qu’il avoue t’avoir vu m’aimer

Mon briseur de grève,
toi mon scab
tu me donnes le temps de boire de la bière
depuis que je suis au chômage
J’ai pas soif mais je bois quand même,
j’veux juste que tu le saches

Mon unique,
mont saint-gabriel
mon honneur j’ai rien à déclarer
sauf peut-être oubladi oublada
life goes on… ha!

Chacun sa place

Eille, c’est beau Plattsburgh! La promenade St-Hubert peux-tu aller se rhabiller à ton goût? Ça fait 3 fins de semaine de suite qu’on vient ici pis je me tanne même pas. Mais là, quand j’ai su que WalMart encourage les roulottes à vivre dans leur parking, j’peux tu t’avouer que j’étais triste que WalMart vende pas de roulotte? Y vende des tentes par contre. Pis des bbq. Pis beaucoup de manger en canne. Ça fait que j’ai décidé que c’était la meilleure place pour passer nos vacances, mais surtout parce que faut partir plus de 48h pour pas payer de taxes sur les produits qu’on achète. Je l’ai su parce que je me suis renseignée. Je me renseigne beaucoup, c’est important et gratifiant. Tu savais tu, toi, qu’une TV LCD 26′ coûte 100 piastres, au moins, de moins au USA? Ça c’est rien qu’un exemple, mais ça démontre bien avoir les priorités à bonne place. Ma fille m’a demandé l’autre jour pourquoi je déménagerais pas aux states d’abord. Je lui ai répondu que j’aimais ça faire des voyages aussi, que c’était à chaque fois excitant comme un voyage. Je ramène des souvenirs aux gens que j’aime, je veille tard parce que le WalMart est 24h, les gens parlent même en anglais à l’hotel! Je me sens comme à la télévision, avec des gens qui me ressemblent, avec moi qui ressemble à des gens. J’aime ça moi quand que les vendeuses me demandent si j’ai trouvé tout ce que je voulais, je me sens comme une reine au marché de son royaume. Je lui réponds « oui, merci » pour la remercier personnellement de voir que j’existe. Y savent faire ça, eux, les états uniens, le service à la clientèle! y’ont compris que si les gens comme moi étaient pas là, ben y’en aurait pas de job! Je me sens importante quand je suis à Plattsburgh. Je me sens à ma place, enfin.

Hier et demain

Ma Clémence,
je t’ordonne ton pardon
je te redonne le droit à la voix
celle qui voit tout et qui avait raison

C’est pas donné un petit doigt à tout le monde
à tout le moins, le majeur d’y répondre
Ton instinct c’est un dessert trop sucré
qu’on accepte les yeux et les poings fermés

Je t’écoute pour une fois
J’emballe de papier cadeau mes doutes et mes révolutions de plastique
je te les offre sans cérémonie, sans faire de bruit
mes armes sont au lave vaisselle, c’est la vengeance qui se fait belle

On gardera ça entre nous
entre toi et les lois du non dit
c’est comme quand tu penses que t’as raison
que les épaules se haussent en confirmation

Par fatigue, par paresse
Je donne, je reçois la sainte paix
contre mon ego agrippé aux parce que
un rêve d’union qui s’imagine en prison

La limite de mes poings

Pis là, j’ai vraiment fessé fort. C’est elle qui était dans le tort, moi j’avais payé ce que je devais. Un rapide regard de gauche à droite pour revérifier que y’avait pas de témoins oculaires, ni de ceux qui entendent avec leurs oreilles, pis c’est à coup de pied que j’ai continué. C’est pas vrai que je vais me faire niaiser de même. Pour m’aider à frapper plus fort, je pensais à tout ce qui m’a fait chier cette semaine ; le gars à l’épicerie à la caisse, qui en plus de collectionner les coupons rabais et d’acheter exclusivement du coke, du steak haché, des pogos pis des pop-tart, s’est obstiné pendant dix minutes avec le gérant sur la fraicheur dudit steak, la fille qui mettait du gaz dans son char en avant de moi qui parlait au cellulaire à la place de peser su’a pompe pis qui a fait le tour du dépanneur quatorze fois avant de se choisir une bouteille d’eau sans calories avant de tasser son esti de véhicule que je puisse moi aussi me vider les poches à coup de 1.49$ le litre. C’était de plus en plus légitime que je me défoule, c’est comme passer au suivant. Y’a eu aussi mon frère que j’ai dû aider à déménager, même si lui y lève jamais un poil de chair de poule pour moi. Pis juste parce que j’ai lancé au bout de mes bras sa lampe laitte en forme de chaton après m’être enfargé dans son fil électrique, y’a commencé à me dire que je savais pas me contrôler, que j’avais une personnalité borderline. Une personnalité quoi que j’lui ai demandé, en me retenant d’échapper « sans faire exprès » une boite marqué fragile dessus? Une personnalité limite; limite de toujours vouloir tout casser, limite de pogner les nerfs pour rien, limite que c’est dur d’être mon ami. Ben y’a fini son déménagement tu seul avec une coupe d’assiettes en moins dans son kit. Je suis revenu à mes pensées présentes parce que mes jointures saignaient et que ça commençait à faire mal. Mon truc avait marché, j’avais franchement cogné fort cette fois là, même si ça continuait à rien donner. J’ai sacré en criant en fixant mon sac de chips pogné dans machine et je suis parti avant de mettre le feu.

Anthropomorphisme

banc

Y’a le chef, en avant,
et y’a nous, en arrière.

Il nous crie des ordres
pour que ça fasse beau qu’il dit.

On fait ça pendant des heures,
mais ça change rien au fait d’avoir l’air d’une grosse baleine nerveuse.

J’ai compris que si je me plaçais au milieu du groupe,
le courant créé par les autres fournissait l’effort à ma place.

Des fois, quand je veux, j’ai pas de volonté.

Le Plan

C’est arrivé comme ça, simplement, en quelques jours. Une crise de lucidité mondiale, une prise de conscience commanditée par l’univers. Je sais pas quel genre d’éclair nous a passé dans le cerveau cette semaine là, mais j’ai souvenir de pleurs, de visages déformés par le remord puis de sourires confiants, dans l’ordre, chez tous les adultes que j’ai croisé. J’étais très jeune, 5 ans peut-être, et j’ai aussi été touchée à ma façon, pour ce que je pouvais en comprendre à cette époque. Maintenant je sais, je suis vieille, un peu seule, mais j’ai hâte; je suis la dernière génération.

Le pourquoi du comment demeure un grand mystère, mais pour la suite des choses, voici ce qui s’est passé. Ce fut comme un domino bien calculé, une maladie extrêmement contagieuse qu’on attrapait du regard. Les yeux de ceux qui savaient déjà, lorsqu’ils se posaient sur un autre, lui imposaient doucement la révélation pour qu’il la passe à son tour. Nous sommes plus proches que pas assez puisque l’épidémie devint mondiale en peu de temps. Sept milliards d’individus, peu importe la race, la classe sociale ou l’âge, dans un soupir de soulagement planétaire, infusés d’intelligence et de savoir. Pour la première fois dans son histoire, l’humanité était unanime.

Nous regardions notre passage sur terre, le contrôle sur la nature, l’épuisement de ses richesses, nos inventions anti-organiques toutes plus farfelus les unes que les autres. Des parasites, des parasites en cravate et en voiture, de sacrés bons parasites, c’était évident. Nous avions fait notre temps et notre tort, nul besoin de convaincre personne maintenant. C’est avec un minimum de consultation que les dirigeants mondiaux dévoilèrent le Plan, que tous accueillirent avec passion (il fallait voir la beauté de cette réunion, l’ONU ainsi que chaque président ou premier ministre de tous les pays de la terre, même le Pape, assis ensemble dans la même salle, ayant voté démocratiquement et unanimement la décision). Peu de temps après, les compagnies pharmaceutiques ayant œuvrées en équipe et exclusivement au Plan, distribuèrent le remède en cachet à tous les pays en quantité suffisante pour tous les humains. Avec l’aide des médias, on organisa une petite cérémonie sobre mais planétaire, et on goba la pilule chacun, ensemble, le même jour. C’était magnifique de sentir le savoir de la science en nous, enfin au service de la nature, mais il était temps de passer à l’étape 2 du Plan puisque le compte à rebours débutait. L’humanité se réveilla ce matin complètement stérile. Nous n’avions donc que 2 générations pour préparer la terre à notre extinction, pour effacer nos traces. Le grand ménage!

C’est fou comme les humains sont efficaces lorsqu’ils travaillent dans la même direction, ensemble, et sans penser à copuler constamment. Je suis la dernière génération, et j’ai été témoin privilégié d’actions extrêmes, oui, mais lucides et désintéressés. C’est sûr, j’aurai aimé enfanter, j’y rêve parfois, une petite fille que j’aurai nommé comme ma mère, Marguerite. Mais le constat de notre passage sur terre, de nos responsabilités mal tenues et notre complaisance arrogante face à la nature nourricière l’emporte sur mon petit besoin égoïste de mettre au monde une réplique de moi même, dépendante de moi même. Je suis la dernière génération, il ne reste que quelques centaines d’être humain. Nous vivons en harmonie dans des campements, puisque les villes ont disparu et que nous avons reboisé ces immenses étendues grises. Chaque jour est merveilleux et simple, à regarder la terre se cicatriser tranquillement, reprendre le contrôle sur son œuvre.

Parfois, on aime gager entre nous à savoir qui partira le dernier. C’est drôle, mais personne n’aimerait vraiment gagner ce pari. Mais ce qu’on préfère imaginer et se raconter, c’est Lui, en haut, s’il existe, qui ne doit vraiment pas être content… et on se dit qu’il n’avait qu’à mieux s’occuper de nous!

Berceuse

La fatigue. Celle ressentie de force, calmement, sans choix. Celle d’où coule une flaque de bave bien épaisse et une inconscience aussi épaisse. Dormir à la place de mourir, comme le faire juste un tout petit peu, pour essayer voir si on aime ça. Sauf qu’on a pas peur de dormir, c’est donc pas tout à fait la même chose. Dormir pour arriver plus vite à demain, comme solution. Ne pas avoir le temps de dormir, aimer plus le café que ton lit. Être obligé de dormir, et haïr les obligations. Haïr les preuves trop faciles qu’on est pas vraiment libre. Prendre des pilules pour défier les obligations, pour se sentir au dessus de ça. Se rendre compte qu’on vieillit. S’acheter un lit en douze paiements faciles de 119.99$. Travailler plus pour dormir mieux, pas le contraire. Être fatigué quand même. Et le réveil comme une peine d’amour, la gorge nouée et les yeux enflés. Je me couche toujours avec la peur que le sommeil endormira pas ma conscience.