Annonce #437

Jeune femme aimant la nature et les animaux cherche son crapaud qui deviendra son prince. Aimer les animaux est un impératif et non un atout, car je possède dix moutons, neuf moineaux, huit marmottes, sept lapins, six canards, cinq fourmis, quatre chats et trois poussins, deux belettes et un chien qui s’appelle Poutchi. Bref, l’important, c’est d’aimer les animaux. Et comme dit le renard : « apprivoises-moi », car si le saumon fraie pour se reproduire, moi me reproduire m’effraie. Surtout avec un humain.

26 avril 1986

Une deuxième génération, par miracle, la lignée de mon sang contaminé. J’avais jamais osé en rêver. Mon sort que j’avais accepté, comme l’évidence que ce qui est trop gros fini toujours par pèter. Trop gros et gonflé d’orgueil d’homme en contrôle; le marathon de ceux qui ne savent pas marcher. La maladie a été clémente avec moi, elle a attendue. J’ai eu la chance de voir tout le monde mourir près de moi, d’être aux premières loges de l’erreur humaine. Et puis y’a toi.

Tu me demandes c’est comment la fusion d’un cœur? Je te réponds que ça empoisonne des vies. Si on voyait des formes d’animaux dans les grands nuages blancs? C’est plutôt la fierté d’un empire qui partait en fumée, et les animaux que l’on tuait, parce qu’ils étaient contaminés. Et j’habiterai l’hôpital comme toi si j’écoute trop la radio? Y’a pas de danger, mon amour. Oui mais mon professeur a dit que ça s’attrape, la radioactivité? Tu poses beaucoup de questions pour ton âge…

Pourquoi tu pleures?

J’ai envie de vivre, et j’ai peur que tu meurs.
Depuis que j’tai,
Que je sais que t’existe.

J’avais pas envie d’y retourner, pas même en souvenir. Il faudra pourtant, pour ne pas oublier.

 

La grenouille qui veut se faire aussi grosse qu’une épingle

Il était un foie, dans un pays pas si loin, d’une si rose grenouille tout de violet vêtue, cirrhose en plus. Grasse et grosse elle était, alcoolisés ses organes imbibés en souffraient.

Sur le chemin du détour d’un soir sans lendemain, la tête dans le cul tel un ventriloque sans main, elle se surprit à marmonner ce sage refrain : « Jamais plus d’huile dans ma vodka j’ajouterai, ce mercredi c’est fini, à la tisane un nouveau culte je vouerai, c’est promis. »

Le temps passa, plusieurs fois le soleil se leva. Nouvellement inscrite au cours de macramé du voisin hibou et maîtrisant les infusions d’herbes et de boue, notre grano-grenouille en devenir sentait son rose foie enfin maigrir. Pour sa santé tant d’efforts et de sacrifices, essayant d’oublier tant bien que mal l’attrait du vice. Car si de promesses le futur rayonnait, de son passé moins que parfait la grenouille s’ennuyait. Mais son médecin lui a dit, un foie gras ne fait pas vivre longtemps et c’est tes habitudes de vie qui te tuerons bien avant le printemps.

C’est perdue dans ses pensées qu’elle se sentit soudainement du sol soulevée. Un jeune humain l’air amusé tenait de l’autre main un paquet de du Maurier. C’est sans grande introduction que son dernier plaisir inhalé fut aussi bref que l’explosion.

La morale de cette histoire vaut ce qu’elle vaut et se résume en peu de mots : les changements pour mieux faire ne garantissent pas nécessairement la lumière.

Le goût d’un autre.

À chaque coup au fond de ma gorge, à chaque descente des lèvres qui frictionnent, c’est « aime moi, aime moi » qui résonne dans ma tête. En cadence avec le mouvement de va et vient : « aime moi, aime moi, aime moi… aime moi… » Une bouche anonyme pour ce garçon, une avalée qui suppliera sa mémoire.

Il est pas très joli, tant mieux. Je me suis dit : pourquoi pas lui.

Personne ne voudra de toi laideron! Mais moi, chéris moi comme l’Unique, aime moi avec tout ton manque. Sois inconditionnel et dévoué, comme les garçons si laids savent le faire.

J’en ai besoin.

J’en paye le juste prix, la tête entre tes jambes.

Un soupir contre une gorgée, juste à temps pour le terminus. Avoue que tu m’aimes déjà; c’est pas tous les jours qu’une fille te suce dans l’autobus entre Val d’or et Montréal.

Arrêt complet, de ta part un timide merci. Sans amour ni trompette, la porte de ton taxi se ferme déjà. Vers le metro j’avance à reculons, en regardant en arrière, cul droit devant.

Tu m’as jamais demandé mon nom.