Cours!

Je cours, sans but, sans direction. Je laisse mon corps me guider, après tout c’est lui qui semble savoir ce qui est bon pour moi.
J’ai voulu arrêter depuis longtemps, mais mon esprit n’a plus la force de se battre contre mon corps. J’ai mal, en fait à bien y penser j’avais mal, maintenant je ne ressent plus rien. Je cours, je ne fuis pas. Je me précipite vers quelque chose de mieux.  Je cours, c’est pour nettoyer ce qui est mauvais, une grosse remise à zéro. J’y crois, si je cours assez longtemps, assez loin, il n’y aura plus de boucane dans mes poumons, plus de shit dans mes veines. Mon cœur va battre encore, mon esprit sera enfin tranquille et vide. Je cours et quand je vais enfin m’arrêter, je vais vivre. C’est ma dernière chance.

Souvenir

J’ai un rocher, dans sa petite boite en plastique rectangulaire. Il est placé sur la tablette en haut de ma télévision. Toujours dans mon champ de vision, toujours dans mes pensées. C’est le dernier de sa boite, et je n’arrive pas à le manger. Il représente tellement plus qu’un chocolat. C’est le dernier morceau qu’il me reste de lui. Cette boite qu’il m’a donné à la St-Valentin, la dernière fois où on flottait sur des nuages, avant que tout dégringole.

Maintenant il est parti, il a ramassé toutes ces affaires et il est parti, sans se retourner, sans dire un dernier mot. Il ne reste plus aucune trace de lui dans mon appartement sauf ce rocher.

Ce petit morceau de chocolat est pour moi un poids immense, tel un véritable morceau de roc. Je ne peux le déplacer, il est impossible de le soulever, de le passer par la porte. Ce si petit morceau est pour moi un boulet qui me rattache à mon passer, tant qu’il sera ici je n’arriverais pas à avancer, à passer à autre choses.

Si vous venez chez moi, ne vous gênez pas et servez-vous. Vous me libérez d’un poids immense

Le souper

C’était la première fois que je rencontrais ces parents. J’étais assis au bout de la table, « la place d’honneur » que son père avait dit. Jusqu’à présent tout était bien allé, mais venue l’heure du souper, les choses ont mal tournées.

Je me sens mal, j’ai des sueurs froides. Je cherche une porte de sortie, mais rien ne se présente. Je regarde mon assiette et je panique à l’idée de devoir manger ce plat. Du boudin…. n’importe quoi d’autre aurait été passable…. J’ai déjà réussi à avoir un plus petit morceau.
« Je ne mange pas beaucoup pour souper » ai-je dit avec un grand sourire.
Pffff…. en vérité, j’étais affamée.

Tout le monde est assis, tous on déjà entamés avec joie leur repas. Je me demande si je serais capable d’avaler en 3 bouchées mon morceau…. Sans respirer, sans mastiquer, avaler tout rond sans que personne ne s’en rendre compte.
Peut-être que je peux faire comme quand j’étais petite et tout éparpiller dans mon assiette, ça paraîtrait moins que je n’y ait pas goûté…
J’ai l’impression que tout le monde me regarde, j’ai un nœud dans l’estomac, j’ai des frissons.
« Je peux avoir un morceau de pain s’il-vous-plait »
Ouf, je viens de me racheter quelques minutes de grâce. Recracher dans ma serviette de table est hors de question, donner au chien? Si seulement ils en avaient un. Il n’y a plus rien à faire, je dois me lancer. Je prends ma fourchette, mes yeux font un dernier tour de table, des petits sourire polis, j’approche la fourchette de ma bouche, je ferme les yeux et hop.

1,2,3,4

Un….,
Le moment où on aperçoit le lac. On jurerait que les arbres se sont déplacés pour l’encadrer, comme une fenêtre sur le bonheur. Le lac est paisible, aucune embarcation, aucune vague ne vient troubler sa surface. L’eau claire reflète les rayons du soleil de sorte que le lac semble parsemé de petits diamants.

Deux….
Le moment où notre cœur d’enfant prends possession de nos mouvements. Où on s’élance vers le lac sans penser ou rationnaliser. Plus de questionnement, plus de doutes. On est dans le moment présent. On n’a qu’un seul but, s’ élancer du  bout du quai pour plonger dans le lac.

Trois…
Le moment où nos pieds atteignent le quai. Où, comme quand on était jeune, notre seul désir est de sauter le plus loin possible. C’est le dernier stretch, on prends de la vitesse, on ressent le vent dans nos cheveux. Notre peau, caresser par le soleil ne demande que d’être rafraichit. Arrivé au bout on saute.

Quatre….
Le moment où on se retrouve en état d’apesanteur, entre le ciel et l’eau, avec la certitude que cette fois on a sauter le plus loin. Quelques millisecondes d’anticipation euphorique, juste assez long pour faire apparaitre un sourire sur nos lèvres. Et puis….

SPLASH!
Le moment où on entre dans l’eau d’un seul coup. Le choc de l’eau fraiche est suffisante pour

nous couper le souffle. Un choc thermique qui envoie notre cœur en cavale, mais, complètement disparu par le temps où on  atteint la surface. La première bouffée d’air, comme s’il s’agissait de notre première respiration. Où pour la première fois depuis longtemps on semble utiliser à pleine capacité nos poumons.

Ces brèves minutes,  aussi courtes soient telles, représente le bonheur absolu.

Pitou

J’avais décidé de prendre le chemin de la campagne. J’avais besoin d’aller me ressourcer. Destination, un petit bout de terrain pas loin d’un lac. Un endroit où je pourrais planter ma tente, regarder le lac et avoir la paix.

 J’avais besoin de me ressourcer, de sortir de ma vie, même si ce n’était que pour quelques jours. Je ne voulais plus entendre les drama-queen du bureau. Je ne voulais plus entendre ma mère se plaindre, je ne voulais plus voir le voisin d’à coté. Je ne veux plus voir de gris, de voiture, d’enfant en poussette qui cri. Je veux regarder le lac, écouté le vent dans les arbres, avoir la paix. Ne pas parler à personne. Rien.

J’ai donc pris mes cliques et mes claques et je suis partie.

J’ai pris la 117 vers le nord, après avoir passé une heure et demie dans le traffic entre Mirabel et Saint-Jérome, le reste du chemin s’est déroulé à merveille.

 C’est arrivé près de Nominingue que ma vie à changer. Il n’y avait personne sur la route, de loin j’ai remarqué quelques choses de pas trop gros qui grouillait sur le bord de la route. Emprise de curiosité j’ai ralentit. Arriver proche, j’ai constaté qu’il s’agissait d’un chien. Tout seul, la laisse au cou, il était assis ben droit et il attendait. J’ai arrêté, je suis sorti et je me suis vraiment demandé quoi faire. J’appel la SPCA? Je l’amène avec moi? Il est peut-être méchant, est-ce que je m’approche?? Pendant ce temps, le chien à pris la décision pour moi, il s’est approché, ma senti la main et s’est assis carré à côté de la porte arrière de la voiture. Machinalement j’ai ouvert la porte, le chien est grimpé et s’est étendu sur le siège arrière.

 J’ai fermé la porte et j’ai continué mon chemin. C’était vraiment une étrange sensation, je ne me suis pas remise en question, je ne me suis plus questionné. C’est comme si toute ma vie je savais que ce moment allait se produire et que j’étais prête. Ce chien posé sur ma route (littéralement) était maintenant le mien. 

Aujourd’hui ça fait quatre ans que le chien partage ma vie. Il est ma raison de vivre, m’a poussée à prendre des décisions qui ont redonné un sens à ma vie. Sans lui, je serais sûrement encore pris dans une routine de merde. Je dis merci à la vie de m’avoir fait ce cadeau immense.